‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 22 sur 89 · A flN D’L’H^ MONDE · texte numérisé non relu

A flN D’L’H^ MONDE

dans son droit. Je, voya» sa paille, ii voyait ma poutre 1 Il riait, mais son visage était triste. Tout à coup, ce visage entouré d’ombre apparut content et radieux. Ces yeu'x cyniques brillèreqt d'un éclat inaccoutumé ; Un doux sourire epvahit cette lèvre acerbe, et toute cette personne, humble jusqu’à la basseese, arrogante jusqu’à l'insulte, en ce moment se détendit et devint simple et naturelle. Ce- |)endant arrivait, de l'extrémité de la rue où nous étions, un jeune homme aux traits durs, aux regards -féroces, et qui poussait-un beau cheval, et l’homme et le chpval passèrent comme l’éclair. Rameau envoyant au cavalier son plus beéu' salut, son plus cdiarmant sourire. Â toutes ces grâces , le jeune homme répondit à Rameau par un coup de cravache en plein visàge et, suivant son chemin, disparut dans le lointain.

Certes j’étais révolté de cette cruauté sans, excuse, et j'aurais donné tout au monde pour châtie-r ce misérable... Eh bien t Rameau, essuyant le sang de son front avec sa main droite, se servait de cette main- ensanglantée poXir suivre, en le saluant, d’aussi loin que-son, regard le per- 'mgttait, ce brutal cavalier.

« Ce n’est rienT, me dit -il, ce n’est rien. Le jeune homme est un peu vjf ; je le connais, i| nlaura pas voulu frapper si fort. Prètez-moi votre mouchoir, Diderot, , j’ai oublié le mien, chez mqi , avec ma bourse, à côté de mon violon. O jeune homme! reprit-il, le cherchant dans l’espace k.. On n’a pas les yeux plus vifs, le regard plus perdant, le nez mieux fait, la bouche plus vermeille... Il serait trop petit s’il avait deUx pouces de moins,' mais que sa taille est droite, et que sa jambe est -belle ! . *

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a Âhl: la fière démarche I Et si vous saviez tout ce qu’il est encore? •*- Un esprit délié, utie âme double, une ambition sans mesure , un mépris décidé pour la vertu I 11 se plaît au désordre; il voit clair dans les ténèbres; il sait pécher dans l’eau trouble. 11 est habile à se plier aux circonstances, à en tirer tout le parti possible. Àhl le câlin, et le dangereux drôle avec son extérieur modeste et son air de candeur! Il a, tant qu’on en veut, des idées et des paroles. Il flatte en maître; il obéit en esclave; il. est galant pour toutes les femmes, et surtout pour les vieilles.

« Son. maître, ici-bas, c’est l’argent I L’argent est sa maîtresse! il est ^n Dieu ! Je ne sais pas un libertin, un fils de courtisane plus gai, plus amusant, plus vif, plus facile à jurer, à se parjurer, à trahir, à mentir,, à promettre, à mendier... ün fourbe admirable: fourbe par état, par réflexion, par habitude et par nécessité; ingrat comme un roi, ignorant comme un prince, et vaniteux comme un danseur. 11 commande à la honte , aux préjugés, au vice. Où va-t-il, à cette heure? à quelle intrigue? à quelles amours? à quelle roulette? chez quel fermier général? AhI si j’étais seulement son domestique!. . . Hélas! il ne voudrait pas de moi pour son dernier valet 1 » ,

Ces derniers mots furent dits si tendrement , ce visage déchiré ajoutait une si grande éloquence à c^ tristes plaintes, que je me sentis touché jusqu’aux larmes. Mais qui donc oserait prendre au sérieux les douleurs et les adorations de Rameau? C’est un si grand comédien; il excelle, au degré suprême, à se moquer des bonnes gens; son rire est presque toujours une méchanceté, et son baiser une morsure.

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a Au fait, dit-il quand il se fut bien essuyé, et qu’il eut mis mon mouchoir dans sa poche, nous voilà aussi sots, vous et moi, que si nous sortions de voir représenter le Fils naturel ou le Père de famille. O mes enfants ! mes chers enfants I O Germeuil I bon Germeuil ! O Lisimond ^ Dbrval, Rosalie, André, Justine et Clairville, et Constance ! Et comme c'est gai à voir, Dorval commandant dés chevaux de poste; Dorval, triste, accablé, et disant; « Rosalie, ah! Rosalie! Je ne la verrai point?... Non. L’amour et l’amitié n’imposent point ici les mêmes devoirs. » -

A ces mots, qu’il disait avec la voix de Molé, il promenait çà et là des yeux égarés et distraits. L’instant d'après-, il- faisait semblant de lire une lettre qu’il tenait d’une main tremblante : • Je vous aime, et je fuis... hélas, beaucoup trop tard I Je suis l’ami de Clairville. . . Xes devoirs de l’amitié, les lois sacrées de l’hospitalité... — Ami, disaitil encore en me prenant la main et se moquant des paroles de mon propre drame, je ne suis point étranger, croyez-le bien, à cette pente si générale et si douce qui entraîne tous les êtres , et qui les porte à éterniser leur espèce... »

Puis changeant de voix, ot reprenant sa voix naturelle :

« N’qst-ce pas que je ressemble à Dorval ?... « 11 est sombre, rêveur, triste; il a de la vertu', mais elle est austère; des mœurs, mais sauvages. Il est comme un fou, il va, il vient, il s’arrête, il s'appuie, les coüdes sur le dos d'un fauteuil, la tête sur ses mains, et les poings dans les yeux... Il se mord la lèvre et se frappe la poitrine... D’un ton ému... avec un étonnement mêlé de reproches... il se renverse dans un fauteuil; il jette ces mots par inter-

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vallest etc., etc. » Et songer, monsi^r Diderot, que ces belles, choses se passent k Saint -Germain -en-Laye... k . deux lienes d’ici! »

En ce moment je- n’avais pas de quoi rire. U sç moquait agréablement, c’est vrai; mais enfin c’était une moquerie, gt je comprenais que le .drôle gvait raison. U m’avait entraîné dans- une allée déserte du Luxembourg.; peu de gens y pas-saient k cette heure. Il était k peine midi; .c’est l’heure où l’on dine sur ces hauteurs, et comme il. vit que Ji’avais sur le coeur uion Fils iialurel, déchiré sans pitié par ce maître insolent : « Pardieu! ditil, vous voilk bien. Vous .autres les faiseurs do tragédies, vous a êtes contents de rien, vous critiquez tout le monde, et vous, ne voulez pas qu’on vous critique! Étiez- vous hier k l’Opéra , par. hasard ? Avez- vous entendu mademoiselle Fel, beuglant le rôle d’ Aride, et regardant le baron de Grimm«n coulisse.? . , .

, Oubliez-vous qu’on nous sépare?

Quel temple redoutable, et quelafTreux lien!').

Quand il eut chanté, de sa voix tonnante, ces tendres paroles : « Êtes-vous descendu aux enfers, me dit-il, avec Thésée? AVez-vous vu Pluton'et les trois juges? Éh bien, si vous avez entendu toutes ces beugleries de la gamme k mon ôncle , si vous avez vu tous ces braves gens rire et pleurer, et' si yous êtes encore loùt pénétré de ce joli rondeau de l’abbé Pellegrin ':

Mes yeux; vous n’étes plus ouverts- ,

Que pour verser des larmes;.

LA FIN DT N MONDB

dites-inoi si Proserpinc et Pluton, Minos, Æaque et Rhadamanté ne>sont pas plus dignes de notre intérêt, de notre pitié, de notre curiosité, que le Père de famille ou le File naturel. El songer que j'en aurais pu faire autant, si mon cher oncle avait voulut Mais il n’a pas voulu, le bandit; sitôt qu’il a vU qpe je commençais à comprendre, et qu’avant peu je deviendrais un grand artiste, il m’a pris en haine , il m’a chassé, il m’a fermé sa porte. Il ne s’est pas souvenu que j’étais le fils de son frère , et que je cirais ses bottes chaque matin I Ah ! pèresans entrailles ! père sans gages I Mais aussi que je l’ai .ennuyé! que je l’ennuie encore! et que j’ai cassé de vitres à sou intention!

• DiDEnoT. — Eh quoi. Rameau, il y a tantôt six semaines, cette sérénade à cette ombre invisible?...

Rameau. — Elle était donnée à mon oncle Rameau, par moi le vrai Rameau, le neveu de Rameau !

Diderot. — Et ces gros sous jetés à sa vitre...

Rameau. — Ils ont cassé les vitres, et soyez sûr qu’il a ramassé mes gros sous avec une certaine satisfaction.

Diderot; — Et pourquoi jouer des airs de Luili à votre oncle ?

Rameau. — Afui de lui rappeler que Luili était le musicien de Louis XIV, le compositeur et surintendant de sa musique de chambre ; qu'il avait épousé la fille de Lambert 'avec vingt mille écusde dot; qu’il était l’ami de Molière; qu’il obtint, eri 167S, le privilège do l’Académie royale de musique. Chaque grincement de mon archet, sur une note de Luili, fait grincer les dents de mon oncle. Oui, monsieur mon oncle, ce Luili était un homme de génie, il était chef

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d'orchestre et maître de chant; il était chorégraphe et déclamatear; il commandait à l’orchestre, à la danse, aux choristes, aux* costumiers. Il a découvert Quinault, le poëte; il a lassé le vieux Corneille, il a fatigué La Fon,taine. II était si riche! Il vendait si hien ses ouvrages! Il avait tant de pensions, d’argenterie et de bijoux ! Il possédait, à Paris seulement, quatre maisons des plus belles! L'Opéra lui appartenait tout entier. Quand il est mort, on a trouvé chez lui , dans son coffre, une somme de deux cent cinquantë mille livres, argent, comptant , et tout cela, gagné avec des violons, des violes, des basses 'de violes, des doubles basses de violes, des flûtes à quatre becs; hautbois, bassons, trompettes, trombes, une paire de. timbalés, plus un clavecin dans lequel il s’est précipité, un jour qu'il jouait Iç Bourgeois gentilhomme, et qu’il pensa faire crever de rire lé roi Louis XIV, qui fit de ce bouffon... un conseiller du Roi !». >> . >

Ici, selon son habitude, il rentra daiis le silenee; on eût dit que certains ressorts cachés le faisaient taire et le faisaient parler. Sa joie et sa science obéissaient au même hasard. D’où venait son rire et d’où venaient scs larmes ? Je ne saurais vous le dire. Je lui disais souvent : a Ram^u, tu n-’es pas un homme, hi es, tout au plus, un automate de Vaucansoh; Rameau, tn es le cousin germain du flûteur et du canard qui digère! » Il riait, il ne disait pas que j’avais loft, seulement il soutenait qu’il -était un chefd’oéûvre d’automate,' et qu’il n’y avait pas son pareil.

Certes, disait-il -en frappant sa poitrine, j’ai là des fessorts, des poulies, des rouages, des machines qui se montent et qui se démontent à volonté. Quand, devapt

M . . 1 ' I>’tjN MON U R.

moi, los autres automates de mon espèce parient, céluici de son ânte, ceiui-là de son cœur, ça me fait 'rire. Au contraire, un ressort qui se monte et se détend, er> de- ' hors -de ma volonté, voilà une façon très-modeste d’expliquer commènt on pense, et pourquoi? D’où vient ma colère, et d’où vient ma- tendresse? Aujourd’hui 'je suis bien monté, je suis g^, je suis content, je souris à la telre, au soleil, aux belles femmes, aux bon» enfants, aux beaiix-arts. Pitoyable et rempli de bienveillance, il n’y a. tien de phis abandonné que moi an vent qui soufHe , • au tèmps qu’il fait, au mouvement de la rue, au murmure incessant de. tout ce qui passe et s’agite auloùr de ma sensation. J’étouffe, en ce moment, de sympathie etdétendrestSe.'.. Attendez à demain, aitendez uné heure : crac, un cran do moins au rouage ! et vous reverrez le b'ouSbn, le boarsbullé, le-butor, le coquin! Àüjoufd’hùi je suis triste et tendre, et je ne salirais vous amuser : bonsoir.

— Croyez-vous done, Rameau, que vous soyez une machine? et si vous étés uné machine en effet, penSez-vouS être une perfection,’ parmi toutes les machines d’ ici-bas?

— Non, certes, dit-il-; je n'âi' pàs entendu fl ù ter le flûteur de Vaucanson : il devait être un as^z triste exécutanb Je n’ai pas vu digérer le'canard... Titijerer, ditèsvoùs, ce qui est la plus difficile et la plus essentielle ope-' ration de l’être vivant. Mais j’ai vu uh petit bonhomme de ttois pieds, assis sur un tabouret, devant une table ; îl écrivait des vers qui valent bien les vers do Flinà des Oliviers, ou du marquis do Pezay. Son aspiration était calme et'reposée; il vous avait nh faux aie do Bret, de • Cxolzetières, ou du’dievhlier deCubiêres, qui faisait plai-

sir à voir. Évidetnment travaillait pour le Mercure ou pour \' Almanach des Grâces, et sa petite main trempait si bien sa petite plume en son petit encriert.*.. L'instant d’après, ce même enfant dessinait, au crayon, le portrait de sa propre image qu’il regardait dans fa gface; et si le crayon laissait sur sa trace un brin de poussière, il l’enr levait d’un soulHe. Enfin, chose encere plus étrange, il ouvrait la table qu’il avait devant lui ; soudain, cette table devenait un clavecin, et de ses deux mains bien ajustées, son pied, battant la mesure, il jouait : O ma tendre musette! avec une grâce, un goât, une aptitude, à désespérer l’abbé Pellegrin. Or, dites-moi, Diderot, ce joli automate, liabile à la musique, au dessin, à la poésie, à tout ce que vous ne savez pas, vous les encydopédistés, n’est-îl pas supérieur à la statue de Condillac, la statue-âme, la statue-esprit? Elle m’a souvent inquiété,, cette statue de Condillac, et si vous vouliez me l’expliquer en deux mots, vous me feriez grand' plaisir.

— Ma foi, lui dis-je, à vous parler vrai, je n’ai pas'làdessus des idées "plus claires que les vôtres. Je crois cependant que voici la chose : Une statue étant donnée, uné statue en marbre, organisée à l’intérieur comme nous le sommes, nousautrés, les statues vivantes, on lui présente une rose; aussitôt son odorat s’éveille, et \o\W,l’ attention l La rose exhale une odeur-suave, et voilà le plaisir! Éloignez la fleur, ce marbre animé se souvient dé cette heureuse sensation, voilà ta mémoire! Approchez do cette narine entr’ouverte un jiavot, un Paliésot ou toute autre odeur nauséabpnde, elle détourne la tète, et voilà la compon raison! .

LA FIN D’CN MONDE

« Si donc (suivez mon raisonnement) il y a comparaison, il y a jugement, et, grâce au jugement, la statue a des idées générales. Et l’une après l’autre, une idée appelant ' une autre idée , la statue ainsi passera aux idées particulières, et de celles-ci aux idées générales. Bref, la statue, avertie uniquement par l’odorat , est attentive , se souvient, compare, juge, discerne, imagine, forme des désirs, a des passions,, aime, bait, veut, espère, craint, s’étonne; en un mot, la statue a des sensations. Or, vous le savez, sentir embrasse les opérations de l’âme, en tant qu’elle est attentive, en tant qu’elle désire ; sentir dit tout.

« Telle est mon-expHcâtion ; la comprenez -vous. Rameau ?

. — C’est tout au plus si je la comprends « reprit-il, et je plains la statue avec son unique odorat. Comment ferat-elle pour compter? Comment fera-t-elle pour agir? Comment fera-t-elle pour apprendre, avec une rose et un coquelicot, tant do choses qu’il faut savoir : la théologie et la métaphysique, la médecine et les jnaathématiques, la physique et l’histoire? El comment feront Lekain et la. petite' Luzy, par exemple, qui sont camus et camuse , pour jouer, celqi-ci Orosmane, et celle-là Zaïre? Ainsi, faute d’un cartilage , et pour un os qui tourpe un -peu court, votre statue est aussi béte que' le grand Rotrou, châtié par Marmontel. »

C’e^t ainsi <]u’il se moquait tout haut de mes explications philosophiques, jouant de Condillàc, s’amusant de Diderot; détruisant les rêves du premier, renversant les commentaires du second. Sa bouffonnerie était la logique

Du ' ' Goo"[e

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même. Esprit retors , logicien perfide, on no sait jamais avec cet être-là ni qui vit, ni qui meurt. Rien de moins sûr aussi qüé ses gaietés.

« Cependant, lui dis-je, s’il est vrai que vous soyez tombé dans le tendre et dans le sérieux , pourquoi donc ne me raconteriez-vous pas, à cette heure, et dans ce coin solitaire, l’histoire de vos jeunes années? D’où venezvous? Qu’avez-vous fait? Pa'rlez, je vous écoute I »

A ces motë, il prit sa tête à deux- mains; ses mains tremblaient; et de droite, et de gauche, on pouvait voir la rougeur de chaque joue aller et venir au gré d’une émotion mal contenue. A la fin il releva la tète, et d’une voix solennelle : , .

« Çà, me dit-il, avez-vous donc pensé que j'étais né déshonoré, perdu, plein de honte, une franche canaille, en un mot? Statue. ou non, rose ou chardon, croyez-vous que dè» le berceau je mordais la main qui m’était tendue, et que je déchirais le sein qui m’allaitait? Étais- je un ivrogne à six ans? étais- je. un satirique, un pamphlétaire, un mi^ràble insulté et souffleté par tous les lâches, un parasite envieux de toute renomihée? Héla», noni J’étais un doux enfant; jlétais un rêveur timide, ingénieux, et tout rempli des admirations naturelles. Je sourjaisau soleil, à l’étoile, à la fleur. J’étais plein de génie, et, content, j’obéissaiss sans le savoir, aux sentiments poétiques, à la muse, à l’inspiration, aux chastes sœurs.J’étais né pour être un poëto , un musicien; mon front contenait sans peine et sans efifort toutes les joies et toutes les douleurs de l’humanité. N’allez pas rirel En ce temps -là, j’admirais les objets immortels, parce que j’avais une âme

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immortelle en ce lempiMà ; ime âme, et non pas qn res^ sort. • : ‘ '

« Enfant, j’étais déjà un honnête homme, un bon Dis.

' A dix ans, j’étais un artiste; à quinze ans, j’étais amoureux du plus chaste et du plus tendre amour. Si peu me follàit pour viVre! En ce tempë-là, la prière était sur nies lèvrês, et non pas le blasphème. Mais quand on vient de si bas que je suis venu, quand on naquit dans l’abtme. au fond de l’ablme, entre la'polenceet la sébile, il n’y a pas d’étoile, il n’y a pas de soleil , il n’y a pas de clarté, tout au plus des ombres, des fantèrines , Ih nuit et le néant I Souvent je me suis demandé ^ Pourquoi donc tant de nobles, ici-bas, tant de comtes, vicomtes, marquis et barons, ducs et pairs de France? A quoi bon tant de cordons bleus, cordons rouges, cordons' noirs, tant de GoulTier, d’Escars, de Durfort, de Gontaut, d’Aurof , de Maulevrier, de La Baume, de Pracontaf, dé Chabannes, de La Rochefoucauld, de Boulainvilliers, 'de Sully,' de La Trémoille, d’Harcourl, d’Oran.go, de la "Tour-d’ Auvergne; tant de couronnes,. de mortiers, d’unilbrmes, de. manteaux, de capitaines, de princes, de rois, de seigneurs, gouverneurs de provinces, maréchaux de France, lieUtenamts généraux des armées du roi, maréchaux de camp, brigadiers de cavalerie et d’infanterie, inspecteurs généraux des régiments, colonels, officiers, commissairès des guerres; tant de grandeurs, de majestés, de toutes puissance, et tout le tremblement des tcemblements ? » Ici, Rameau, comme emporté par l’enthousiasme lyrique, et pris d’une fureur de rimer, se diit à déclaièer' Ips pins grands noms do la Franco militaire. On.eét dit, h le

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