‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 23 sur 89 · TT · texte numérisé non relu

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voir réciter cette liste héroïque, un véritable énergumène, emporté prPindarej au milieu de l’ode éclatante,, et dont la .tête se ‘perd dans les cieu.\ :

■ C'est vous que je salue, ô tcrrjbîcs seigneurs !

Et c'est vous que j'invoque, ô superbes vainqueurs !

Û'Eù, Penthièvre; d'Harcourt, Galterande, Tonnerre,

De Pons, Dannois, Thomopd, Bavière, d'Aubeterre,' Bérenger, Ldwendahl, Chabannes, Langeron,

Chabrillan, du Cayla, Dapcber, Crcissy, Biron...

« Hét vous tous de l'Almanach royal, et do la maison du Toi, seigneurs, les nobles, voudriez -vous do moi, voudriez de Rameau pour être un valet de votre écurie? O princes et seigneurs! tout couverts des glorieuses poussières, ûls de la guerre et des siècles d’autrefois , auriezvous un coup d’œil pour cet humble Rameau , le triste enfant de la ptisère et du déshonneur? Sommes-nous du même sang? Avons- nous vraiment la même âme et le même Dieu ? Sommes -nous attendus, comme on le dit, dans le même enfec?

« Je n’en sais rien; mais ce que je sais bien, monsieur Diderot, c’est que' mon père, un pauvre homme, un soldat, fut pendu, — que dis-je? il fut pendu deux fois, car nous autres, les pauvres gens, nous ne sommes pas attachés aux mêmes cordes que les autres. Un gibet de rebut, un cordon trop long ou trop court , c'est toujours assez bon pour des gens de notre espèce. Et puis, savez-vous que Injustice est impitoyable envers les malheureux ? De la haute et moyenne et basse justice, nous ne connaissons que la bas.se justice, et les plaids misérable.s, plaids de

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route et de moulins, plaids de forêts, plaids de moutures.

«Ahl Dieu, tant de prévôts et de justiciers, tant de seigneürs, de sergents, qui nous pillent, qui nous chassent, qui nous tuent ! Amendes, coups de fouet, mutilations, toitures, morts viles après humilité et dévotions! lA mort, pourquoi ? La mort pour tout, la mort pour rien ; attachés à la glèbe, attachés aux galères, c’est même chose. A chaque pas une sénéchaussée, un parlement, iin donjon, une bastille, un gibet, une chaîne, un billot, un poteau, un pilier, une grève, un pilori! A tout propos, la confiscation perpétuelle, arrachant à l’enfant le lange et le berceau, et ce mot-là écrit partout, sur tous les rocs, sur la poussière des chemins, sur l’eau des fleuves : Respecte le droit royal! Ainsi pourquoi s’étonner que nos pères aient été pendus? Comment donc auraient-ils échappé au droit du glaive, au bourreau dont ils étaient la proie? Et ne savez-vous donc pas, monsieur le philosophe, qu’il y a cent quinze motifs pour qu’on nous attache aux potences, et qu’on nous traîne aux gémonies ?

« ün pain volé, un écu dont l’ef&gie est douteuse, un brin de contrebande, un lapin tué dans certaines conditions,- vous êtes un homme mort. Puis les tortures, les questions, la roue et le bûcher, et, quand tout est brûlé, la cendre au vent jetée, et la maison rasée, uniquement pour nous avoir abrité une heure ou deux. Allons , malheureux, courbe la tête qu’on t’a laissée, obéis et résigne-toi I »

Après un instant de silence, il reprit la parole en ces termes :

a Mon père était soldat. II fit obscurément une de ces

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guerres misérab(es sans causé et sbns motif : peu de coups, peu dé gloire. Il fut blessé, guéri, maltraité; 11 eut ses jours de pillage et de bombance. On dit que c’çst triste à voir, la guerre, et je le croirais assez. C’est un vrai désordre , et malheur aux ‘faibles), et Vive la raison du plus fort I Un jour, comme il allait à la maraude , et que iftonsieur le grand prévôt était de mauvaise humeur pour avoir perdu je ne sais quelle proie, il fit saisif mon père, 'Bt , sans autre arrêt que sort caprice, il le fit suspendre, liant et court, à quelque arbre du chemin. Le voilà pendu, le voilà dépouillé. Comme' sa chemise et ses soulieiB étaient eu lambeaux, celui qui le pendit lui laissa chemise et soaliers'. Déjà il entrait dans l’agonie; encoréun coup de vént il était mort, lorsque d’autres soldats, passant et plaisantant," donnèrent un coup de Sabre à' la corde, et le pendu toitiba. Heureusement la terre était humide et le vent frais ; le nœud coulant, noué sans' grâce etsaDS,art,‘8'étdt arrêté au nœud de la gorge, et le pendu... ‘ >

« Ma fbi I le pendu ressuscite^ et le voilà, par la pluiè et le'froid, sur une terre en friche..., haletant et traînant Sa peine et 'sa corde. Il était de ma taille ; on voyait qu’il avait été bel homme avant 'les guerres^ Au .coin d*un village appauvri par les soldats, par les maraudeurs, par les maltôtiers, par là grêle, par la dlme et par fa corvée, il voit un cabaret misérable; il frappe, il entre; il. était, comme je vous l’ai dit, dans le plus piètre costume. Heureusement la cabaretîère était seule; et puis éllo avait déjà vu tant de misères f celle-là no l’étonna pas. Elle ne dit que cela : Âhl pajivre homme I pauvre hommël'Elle le fit asseoir sur un banc, auprès d’ira feu de tourbe, un feu

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sans chaleur, sans flaiDine et sans vie', ,un feu de vieillard, un feu de veuve. El mon père, à. son tour, eut pitié de cette abandonAéc. «Oh! flt-il, j’arrive à temps; vous u’avez plus de quoi vivre. Ils ont, volé jusqu'au bouchon qui vous, sert d'ensei^fne.. Aidons-nous, ma mie, et d'abord auriez-vous, par ha.sard, de l'encre, une plume, une fouille de papier ?...i> Chose lieureuse, elle avait tout eela, mais elle n'avait que cela. Ld dernier huissier, en CO lieu de piaisanco, avait oublié, son corpet. Aussitôt, mon péro(il avait la main belle, il savait écrire en bâtarde, en coulée, en lettres rondæ) composa sur ce papier son afliehe: « On fait à savoir à Messieurs et Mesdames les habitants de cette ville (il disait ville pour les flattèi^ que le fameui; espagnol don Vérasino, maître en fait d'armes, et. maître chanteur italien, donnera,. ce soir, un opéra, à gifuid spectacle., On entendra des merveilles. Entrez, Messieurs; entrez. Mesdames. Les premières places à si^ sous, les Secondes à deux sous. » Il entoura ce beau placard d’une suke d’arabesques repré^ntant Arlequin et Colombine : Arlequin t^it sa bptte, et Colombine', une rose au sein, prô>'oquait le sourit» et le regard. Nous, sommes comme .ct4a, dans la famille des Bameau, un las de propres à nen, maià.faisanttrès-hien toutes sortes de choses inutiles et de pur agrément. .

• (cCepr^ndaot, à peine afilcliés) il felUit ^nger à la comédie, eu théâtre, à la danse, aux actéurs, à la musique, au ballët... Maisuul ne savait, mieux que tpon père, ajuster son vers à. sa Hôte; il avait le masque de tous ses emplois et (te tous ses rôles. En fait de comédie et d'opéra, il en savait plus long , à fui tout seul, que l'abbé. Pic, l'auteur

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