‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 34 sur 89 · I.A FIN D'UN MONDK · texte numérisé non relu

I.A FIN D'UN MONDK

meilleurs chapitres, quand mon aimable enfant, bien repu, était bien attentif à mes enseignehients : « Muses, chantons les héros de la ferme générale! » Alors je lui parlais du fameux Bouret ou Boureltej'I’Âlcide et l’Ajax de ce siècle, un fils de laquaiâ, mais un laquais dont l’àme était plus haute que l’àme d’Alexandre le Grand. Il n’avait pas vingt ans, ce Bouret, qu’il était déjà directeur des aides à La Rochelle. « Moi, Bouret, disait-il à ses camarades ébahis, dans vingt ans d’ici j’aurai vingt millions, ou je serai pendu. » A vingt et un ans, ce brave enfant avait déjà affamé toute une province. Il avait accaparé tous les blés à prix d’argent, pour les revendre au poids de l’or.

« On ne l’appelait de toutes parts que le grand Bouret; tout se portait à la Bouret : habits, chapeau, carcan de pierreries à la Bouret! Il était assez jolf homme; il plaisait aux femmes de M'"' dé Pompadour, il prêtait de l’argent à la. marquise, il plaçait ses laquais dans les gabelles; mieux que cela, Bouret, il^ achetait des bons mets tout faits, qu’il prêtait pour rien à M. de Machault; c’est pourquoi tout lui fut permis, et qu’il eut son entrée et sa part royale au Pacte de famine ! AJi ! Bouret ! o II a mangé, disais-je à mon fils , à lui tout seul , sans donner un petit écu à un pauvre, oui, mon cher enfant, comprends-moi bien, trente- six beaux millions, et si complètement il les a mangés, qu’il est mort, non pas d’une indigestion, comme le poète Barthe, mais tout simplement à l’hôpital. Bouret, qui fit bâtir un pavillon dans la forêt de Sénart et qui dépensa trois millions pour le plaisir de voir Sa Majesté le roi manger chez lui une seule pêche; lui qui nourrissait une vache avec des petits pois

à cent cinquante livres le litron, pour envoyer un verre de lait à M“' de Pompadour au mois de décembre, il est mort, et aussi son frère Bouret de Valroche. Un De proftauiis, mon fils, pour Bourette ou pour Bouret, car luimème il n’a jamais bien su l’orthographe de son nom.

« Et l’enfant, joignant l’une à l’autre ses petites mains, faisait semblant de marmotter une prière , à la façon du donneur d’eau bénite à Saint-Roch.

a Une autre fois , je lui apportais en grand triomphe et comme une merveille inestimable le billet d’enterrement de M"*' de Beaujon, afin de bien montrer que l’argent mène à tout, même aux honneurs :

« Vous êtes priés d’assister aux convoi, transport et en- « terrement de très-haute et très-puissante dame Éliza- « beth Bontems, femme de très-haut et très-puissant sei- <1 gneur Nicolas Beaujon, conseiller d’État, secrétaire du « roi, maison et couronne de France et de ses finances, «.receveur général des finances de La Rochelle. »

«En même temps, je le menais dans les jardins de M. de Beaujon, lui faisant admirer toutes les violences que l'argent peut faire à la nature : les bassins, les ruisseaux, les jeux de l’eau, obéissante aux caprices du maître; les statues de marbre et de bronze, les floUrs, les gazons, les cabinets, les collections, la chapelle avec son chapelain, la bibliothèque avec son bibliothécaire, car M. de Beaujon possède un bibliothécaire appelé Meunier de Querlon. Et de même qu’il a ses poètes, il a ses flatteurs; il a même sa favorite et ses gardes du corps. Sa favorite a nom la Gabelle; il a, pour l’entourer, pour la défendre et la protéger, une maison militaire qui vaut

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mieux, certes, que la maison militaire du roi : les aides, les impôts sur la viande, l’impôt sur les cuirs, le monopole du tabac, les droits sur l’huile et les suifs, les impôts sur le poisson, les légumes, le beurre et le fromage, et sur la toile et les étoffes de laine. Le soir venu , à l’heure où les pauvres diables tels que toi, tels que moi, mon Gis, ont à peine dîné, et, lassés de vivre, aspirent au sommeil, se disant tout bas : « Qui dort dîne, » et quand je frémis à la seule idée, ô misère! d’étendre, en criant de faim, mes membres nus sur la paille, et do dormir tout crûment entre deux draps glacés , sous une couverture en lambeaux , songeant aux matelas du jèuno et beau de Laborde , à qui son père donne un matelas neuf tous les soirs, M. de Beaujon, digne héritier du grand Samuel Bernard, du fameux Péris de Montmartel, do Magnan de La Baluo et de tous les tyrans de l’Artois, de la Bourgogne, du Languedoc, du Béarn , de la Bretagne et de la Provence (ô sangsues gorgées de sang! qui' tiennent à notre peau jusqu’à la mort) ; M. de Beaujon, après son dîner, se relire en ses alcôves que Martin a vernies et que lesGobelins ont tendues. Il a près de lui messieurs ses quatre valets de chambre, qui le frisent comme un page et qui l’étendent doucement dans un lit de brocart, brodé par les fées. Trois oreillers relèvent cette tête bouclée et souriante. On entend dans le lointain de vagues harmonies ; des flûtes, des rebecs, des violons, parfois l'ai*chet de Rameau , quand M. de Beaujon accorde une aumône à Rameau; puis les valets ouvrent discrètement les portes dorées de* cette chambre aux suaves parfums; en même temps vous verriez entrér sur la pointe du pied ,

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retenant leur haleine, le- froufrou do leur robe et le craq,uement de leur soulier de satin, les berceuses de M. de Beaujon.

« Six berceuses des plus belles et des plus jolies. L’une a vingt ans, l’autre un an de plus; l’une est blonde et l’autre est brune; celle-ci est comtesse. .. il .est vrai de dire que celle-là n’était qu’une bourgepise, mais le grand £eaujon n’a pas voulu de bourgeoise parmi ses berceuses, et il a fait de sa bourgeoise une baronne de Cangé, en lui achetant la terre de Cangé; puis il l’a royalement mariée à Fenouillot do Falbatre, l’illustre auteur de V Honnête criminel. Et quand ces belles endormeuses ont pris place autour de ce lit du Parc-aux-Cerfs , où le sommeil et le • rêve ont posé leur plus doux tabernacle , les berceuses , d’une voix douce et dolente, élégante et tendre, avec des murmures gracieux , de petits rires ingénus , de provoquants silences, des chansonnettes composées tout exprès pour Cpésus', le bercent doucement, paslBnt d'un conte à l’autre, et de l’ogre à la fée. On n’aurait garde, en ce Décameron du dieu Piutus , en ces heures recueillies, de lire à ce brave homme une seule page do l’Essai sur les mœurs, de l’ode do Chamfort sur la Grandeur de l’homme, de l'Éloge de Marc-Aurèle, ou du Discours sur l’inégalité des ‘^conditions... Non , non ; dormez , Sire, et dormez en paix, au bruit des louanges et des plus doux murmures , dormez 1 Et quand U est bien endormi , quand sa pensée a quitte cette terre sur laquelle il doit retrouver, le lendemain, à son réveil, toutes ces misères d’où lui viennent toutes ces délices, les berceuses s’en vont souper, pareilles aux songes qui. entrent et qui

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sortent par la porte d’ivoire, dans le palais du spmmeil. » ■

. « Telles étaient mes grandes leçons! Dieu sait si mon digne enfant m’écoutait, bouche béante! Et quand il avgit bien savouré la pèche lie Bouret dans ce jardin planté sur le penchant du coteau., dans ce palais de marbre et d’or... quand il avait, déjà! soulevé, dans ses concupiscences naissantes, les' dentelles et le linon de/ berceuses de M. de Beaujon,.je lui racontais que le financier Palerne avait marié sa propre fille au propre fils de ftf. le duc de Gontaut, et, des Gontaut et des Beaujon, en' suivant Renard, qui allait.au pas,- dans son carrosse attelé.de quatre" chevaux gris-pommelé, avec des harnais en soie cramoisie brodés d’argent, nous allions aux jardins de Tivoli, chez le protecteur do M“' Renard, le fermier général Boutin, un autre faiseur de' merveilles, qui a jeté sii cent mille livres de rente sur deux arpentS de boue et de sable. « EUsi, par hasard , M. Boutin se rend à sa maison des champs pour y demeurer huit joürs, sais-tu biëti, mon fils, mon cher âdotateur du veau d’or, ce qu’il emporte, accompagné, suivi, précédé de tous ses gens?...

« On dirait 1e train du rot. M. Boutin marche à trente chevaux, six carrosses, un fourgon, neuf grands panjërs d’osier, douze malles, couvertes' de -cdir et de peaux dé sanglier, un portemanteau, quinze écuyers en habit bleu galonné d’argent, et quatre piqueurs. Le peuple le voyant passer, et croyant, pour le moins, que c’est un prince, se jette à genoux dans la poussière du chemin, et porte ses mains tremblantes à sa bouche affamée, en s’écriant : « Du pain, monseigneur! » — Le financier éèoute avec un

souriiie ces malheureux dont il est la faim et la soif. . .

« Il est sourd 1 II n’a entendu que ces deux mots : Vive Monseigneur! Et s’il a compris leur geste: « Ah! dit-il, sont-ils heureux d’avoir bon appétit! » Et si tu savais, mon fils, que le fils de M. Delahaye, un simple commis, a perdu, pas plus lard qu’hier, huit cent mille livres sur une seule cartel... As-tu vù passer ce matin, dans son carrosse, avec M™* de Belleveaux la chanoinesse, M. Gauthier de Montd’orge, trésorier de la qhambre aux 'deniers? Quelle fleur! quelle santé! quelle opulence!... 11 allait rendre sa visite à M. Houdry de Souci, qui a fait avant-hier cette magnifique banqueroute... Oh ! les braves gens, ces enrichis, ces Plutu^l Qu’ils ont d’esprit, quand, ils s’en mêlent ! Encore un coup d’œil, s’il te plaît, à Boutin; le Boutin, qui a placé. sur la tête du médecin Bquvart douze mille livres de rente ; lesquelles douze mille livres de rente s’éteignent avec lui; Boutin, un gaillard qui repose, en vrai Jupiter, ses membres fatigués dans une corbeille en bois de rose, entre Flore et Pomone !

. « Et que dirais-tu de M. Beaudard de Saint-James, trésorier des dépenses du département de la marine, qui s’en va chercher dans la feêêt .de Fontainebleau un rocher, et qui transporte, en moins d’un an, tout ce rocher dans le bois.de Boulogne, à la grande admiration des passants ? Voilà des fortunes! Voilà comme on est riche! Et.M. de Brunoy, qui dépensait dans une seule procession deux cent mille livres, et qui mangea, comme on avale'un œuf à la coque, vingt- quatre millions, si, bien jnangés que, dans l’église qu’il a bâtie, il est chassé du bgnc seigneurial, et qu’il n’est plus question de lui vivant, dans les

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prières de la chapelle ^u'iF a dédiée à saint Pantaléon, son patron. • . ,

« Mon fils, ayez sans cesse devant les' yeux les titres qu’un roturier tel que vous peut acquérir avec cinq ou six petits millioqs seulement ;’» et je lui mettais sous les <

yeux la carte de JM. de Boulogne que j’avais empruntée à la servante de M“* Liancourt , de l’Opéra « Mâ mignonne , je suis venu pour vous voir , mais vous étiez au salut ; -acceptez le mien, je reviendrai ce -soir; n Signé : de Boulogne , chevalier, comte de Nogent-sur- Seine, baron de Marigny-le-Châtel, seigneur de Montereau-faut-Yonné, La Chapelle, Godefroi, Murnai,- Mâcon,

Saint-Fleury, Prunay, Echemioes, Saint-Loup, Otei, •

Faulx , Bassou , Saint- Germain -Laval et autres lieux, conseiller d’État et aux conseils royau)i des finances et du- commerce , commissaire du roi de la Compagnie des Indes, etc. »

« Mais le plus fameux exemple , et le plus utile à mes projets, le vrai héros de cette éducation surnaturelle, c’était son Altesse SérénisSime le maréchal prince de Guéméné, de la maison de Rohan, un riche entre tous les riches, allié à la maison de Condé. « Mon fils,' mon cher fils, fils d’un père à qfli tout manque : habits, pain, souliers, linge, honneur, logis; mon fils, enfant d’une marquise et d’un vagabond, né entre le trône et la borne... à votre bel aise admirez., contemplez le prince de Guéméné, jusqu’à ce qu'enfin vous soyez tout rempli de ce gr?nd spectacle! O ciell celui-là, le prince de Guéméné, il a fait Une banqueroute de deux millions soixante dix-huit mille livres de rente! Il a volé tout le monde; il a volé les *

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grands et les petits, les princes et les chanteurs, les reines et les. comédiennes; il a volé les filles de joie; il a voté même des musiciensl J1 aVajt plus de dettes ii lui seul ,

' ce grand prince,, grand chambellan de France, que les rojs de Suède et de Sardaigne, de Pologne et de Danemark réunis! » . .

« Et j’achetais à mon fils , .à bon marché , c‘est vrai , le portrait du prince de Guéraéné, quo.j’attaohais au cKovet de son lit ! Puis je le menais à la vente de ses meubles, de Ses tableaux, de ses plaques, de ses cordons. Si bien que cette ruine, étalée au.\ yeux du jeune homme, l’e-xcitait k bien faire, Et tjuand je l’avais bien teinté par la contemplation de ces fortunés viriles , je lui faisais toucher du doigt' la fortune jumêllo. do5 femmes perdues. Je lui montraÎB la Guimard étincelante d’or et de diamants, qui avait payé huit cents livres sa table.de cuisine ; la Deschamps , dont la chaise percée était ornée d’une dentelle de six mille livres; Agnès Laforèt, à qui le pripce de Laraballp , à peine marié , donnait le collier de sa propre femme, une sainte I. Adeline , une fil|e étique,.allant à Longekamps dans un carrosse ,de vingt mille livrés ; Beauvoisin vendqnt aux duchesses ses quatrevingt-dix. robes et ses trois- jqpons; Grandi, danseur en double de l’Opéra , voyant arriver à sa porto un char traîné par trois chevaux, , et contenant, deux ceiit trente mille livres dans .un coffre en vieux laque! M"'Félemé en déesse., avec tous; les attributs delà Fortune, et semant do sa corne d’abondance, un tas de bracelets et de carcans de j)ierréries. Je . lui racontais Jos dîners de Ml** Arnould, les soupers de M*** Duthé, les entre-sols de

la princesse d’Hénin , les dettes do M"' Sainval, et le temple de M**’’ Guimard. . >

« Toùt l’Opéra, je- le savais par cœur : Ribbé la blonde», Villettc la brunCj Lari ^a, chouette, Dorange la pelote, et Vernier le squelette. 11 n’y avait pas de secrets pour moi, • sitôt qu’il s’âgissaitdo mon fils. Je lui disais les mystères dod’Opéra, et les. mystères de l’écutie et du chenil. JJavais les confidences do WH' Beaumesnil et de W"' Hingel, de M“' Darcÿ, et de M”' Duplan qui appartenait en chef, mais non . pas sans partage, à l’ambassadeur de Venise. On savait aussi avec quel argent Testar avait acheté sa maison, M"' Beauvoisin son.dormdne, et de quel or M"' Des Orages avait rendu à Hf. de Gangier douze cents louis qu’il lui avait prêtés le fnatin même. Ah! lesJjelles histoires du Remjiart, des petites ma Lspns, des logis suspects, des coùfisses .fameuses , .des comédiennes qui se déguisent ! li"' Panier joue .un rôle d’officier. « Vôulczvous pariçr, disait-elle à Dazincourt son camarade; que la moitié du public m’a prise popr un homme?— Ah I ma chère, lyr répondit celui-ci, ne vous inquiétez pas, l’autre moitié est parfaitement assurée du contraire. »

Diderot. — Je vqus écouté et je vous admire; à votre compte, il n’y aurait de possible ici -bas qu’un vil troupeau d’êtres heureux; tous les hommes vivraient ivres, et mourraient enragés^.. Mais çst-ce bien po.ssible que you^ racontiez toutes ces cho.sos îi monsieur votre fils?

RjVMeaù. — r Pourquoi pas? Comme je voulais en faire un coquin sans reproche ét sans peur, je ne lui cachais rien de ce qui pouvait contribuer perfection morale. A cet âge heureux, où l’àmè est docile à toutes les impressions ,

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et surtout uux mauvaises, il était très-gentil et très-bien fait, je le présentais à toutes ces dames à leur toilette, et * je l’habituais à ramasser leur mouchoir, à leur présenter leur rouge et leurs mouches, à épeler la devise de leur jarretière, à leur baiser la main bien doucement.

«En fait' d’honneur, je lui choisissais les meilleurs honneurs , les plus dignes d’envie f je lui démontrais comnient le sommelier du corps, én Espagne, répond au grand chambellan de France, avec cette différence qui est tout à l’avantage de l’Espagne : ici, chez nous, le premier chambellan donne le bassin au roi, et le retire sans essuyer son nialtre; au contraire, en Espagne, il a le tHple privilège de donner le bassin , de l’èter et d’^essuyer Sa Majesté. Même un joOr le comte de Béncvent, sommelier du corps, le roi étant à sa garde-robe, en son cabinet particulier, se plaignit qué Sa Majesté. le privait, lui Pimintel, comte de Bénévent , de l’étendue de son service , et par conséquent lui diminuait sés honneurs. « Comprends- tu cela, mon fils?» et je le fdrçais à contempler ce grand vieillard couvert de lauriers et chargé d’années, qui se prosternait aux pieds de, son maître, en lui disant, les mains jointes : « Q mon maître, ayez pitié d’un vieillard, défenseur de votre couronne , et lui rendez aux yeux de'tous les honneurs dont ses ennemis l’ont privé I »

«Voilà, mon cher monsieur Diderot, comment on élève un garçon destiné à faire son chemin dans le monde. On ne va pas chercher, pour l’instruire , un philosophe, un Diderot, un d’Alembert, un Jean-Jacques Rousseau : on s’adresse à Gardel pour les belles grâces , à Dauberval pour la danse, à l’abbé, Robbé pour les bonnes mœurs, à

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Marin pour la justice , à la Beaupré pour la vertu , àr M*'* Verrière pour l’innooence ; on écrit '^ur là muraille horrible et nue une inscription pareille à celle-ci :

« Souviens-toi :

De dé^rer.

Croire , ' Affirmer, Et faire enfin

I tout ce qu'

Te plaft , T’arrange, Te sert.

Et t’enrichit.

« Ces sortes de tableaux synoptiques sont très-favora-^ blés à la moralité d’un jeune homme.. Et quand enfin, car il faut tout prévoir, on vient à songer que ce petit drôle aura quelque jour une affaire d’honneur, comme on dit, pour quelque soufflet qu’il aura reçu en public, et si publiquement qa’il ne pourrait le nier,. je sais un maître d’armes admirable , et c!est lui , disons-mieux, c’est elie que -j’irais chercher pour lui confier la vie et {’honneur de l’héritier de mon nom. »

Ici il fit semblant de porter la main à son épée absente-, il tira ceUe épée imaginaire, et la fit siffler dans les airs avec beaucoup de grâce et He méthode. Une! deux! tierce! quarte! il pare, il blesse, il se relève, il remet l’épée au fourreau. « Ce coup-là ^ me dit-il, me fut enseigné par M“* de Maupin. Ah! le charmant maître, et que cette jolie fomme-là eût fait un joli homme 1 Elle avait cinq pieds à. peine, elle était faite à ravir. Un front couvert de cheveux châtain-blond, de grands yeux clairs, brillants, menaçants; Iç regard et le nez de l’aigle, et des dents ! et si blanches 1 Elle tenait l’épée aussi bien que ' M“* Salé tient l’éventail. J’étais son.maître à chanter, elle

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fut mon maître en tout le reste. Elle" a joué PaHas à l’Opéra, dans la tragédie de Cadmus, et, très-apptaudie, elle ôta son casque avec un beaq salut, auquel hommes et jeinmes applaudirent. De son épée, elle a souffleté Dumesnil, elle a bétonné Thévenard, elle a tué deux chevaliers de Malte. Une fois en ^arde, et pour peu que l'on ne fût pas sur ses gardés, elle avait une certaine façon de vous regarder qui vous .qntrait dans la vue et dans le cœur. Voilà ce que j’aurais voulu qy’elle enseignât à mon fils; c’était ce regard demi-loucjie et, demi-vrai, qui vous troublaît, qui vous brûlait. Ah I, quelle pointe et quels grands yeuxl . . .

« Et. quand j’eus bien appris à oet enfant de ma prédilection l’enthousiasme et l’adoration des hommes d’argent et des filles de plaisir annoncés dans le saint livre : Populum meum exaelores spoliaverunt ; quand je lui eus bien démontré que là seulement était la richesse avec le crédit et l’honneur bien entendu, je lui enseignai, dans le plus profond de son âme, à pâlir, à trembler, à se prosterner devant les puissances d*ici-bas. Il parlait à" peine que déjà il bégayait les noms terribles de La Reynie et de d’Argehson I A quatre ans, il distinguait parfaitement un commissaire d’un exempt, un çxqmptd’un commis. Il connaissait Pdissantj-Boussaton et de Vadcncourt, les chefs de la policé. Il tirait la langue.. ..et, sitôt qu’ils pouvaient le voir, son petit chapeau à M. Spire, à M. Basselin. Je lui montrais..., avec un geste d’admiratipn , 31. Rigoléy d’Ogny, ce petit hommeà l’air bon enfant. «C’est ce monsieur-là , mon fils , qui décachète , avant tout le monde , les lettres que nous nous écrivons les uns les autres.

in

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