I.A l'IN D'UN MONDE
parce que Rameau esl ua homme, entaché de tous les vices, tout ce qu’il y a de plus lâche et de plus inconséquent. Je crois à la conversion de M"' Gauthier, parce qu’elle était une femme, une jeunesse, une comédienne d’un jugeiïient borné et d’une sensibilité profonde , et |>arce que, tout de suite, elle fut lassée à satiété des orgies sans excuse et sans rémission, dans lesquelles votre cynique et glorieux maréchal de Saxe allait chaque nuit se vautrant sans cesse, en se disant qu’il n’y avait pas assez de vices pour anéantir la bataille do Fontenay.
« Il aimait la mauvaise compagnie, et cela lui plaisait . un cercle do. complaisants, de procurcuses, de danseuses^ de coquines, de coquins, de vils flatteurs; il devait aimer le neveu de Rameau, ce maréchal de Saxe. Il préférait les charretiers aux poètes, les portefaix aux philosophes , et , fils de courtisane , il mettait bien avant les^ honnêtes femmes les femmes perdues. L’humble et triste M"' Gautliier prit bien vite en dégoût cet homme et ses complices, et, quand elle voulut chercher autre part un galant homme qu’elle pût aimer, le malheur voqlut qu’elle ne rencontrât que des espèces t des roués , des talons bleus, des talons rouges, des marquis de l’Académie ou de rOKil-de-Bœuf, la vermine des ruelles, dos coulisses *et de l’antichambre des Margots. Alors la pauvre femme , épouvantée, honteuse, honnête après tout, a quitté soudain cet océan de délices, «t, touchée au fond de l’ànie , elle s’eo fut répandre aux pieds des autels ses larmes , SOS prières, ses remords, scs beaux cheveux dont la Comédie était fière et jalouse. — Elle pleurait, elle se désolait, elle se lamentait. Elle frappait, sans qu’on la vit, sa forte
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et su|wrl)o poitrine, en disant le meâ ciilpû de toutes ses fautes! Elle eut pourtant celto consolation suprême, de ne pas mourir dans les habits de la comédienne ; elle eut cette joie inespérée, d’avoir joublié tous ses rôles! Pas un vers de Laharpe, et pas un bémistidie de M. Dorât! Le Marivaux môme, et le Dancourt, elle ]^es avait oubliés. Son bel esprit s’était puriQé de ces gaietés malsaines, de ces sales équivoques, et de ces crimes plats comme on en voit dans des tragédies de Marinontel! Telle fut sa première récompense ici-bas!
« Et vous, monsieur Rameau, vous osez vous comparer à cette infortunée ! Et vous vous figurez que vous aurez sa, persévérance et son courage! Elle a vécu dix ans de ce supplice et de ce repentir. Elle a, froissé sous le cilice un Iwuquet de lis et de rôses, comme on n’en voit pas à Lu- ^ciennes; à son cou charmant, où resplendissaient les diamants et les perles, elle attachait chaque soir une cordo en crin dont les pointes acérées pénétraient dans cette peau de nymphe des bosquets do Trianon, que M. Dorât et Gentil - Bernard ont célébrée en leurs vers, pleins de mmUi/rp et de dHiré.
« Or çà, M*!’' Gauthier, la forte et la chrétienne 1 il faut la plaindre et la respecter! Courbons-nous devant elle; admirons ce courajte héroïq.ue, et surtout prenons garde" à ne pas comparer nos petites aédours aux violences généreuses d’une. si grande et si courtvgeuso passion! »