‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 46 sur 89 · I. \ PIN DT N MONDE · texte numérisé non relu

I. \ PIN DT N MONDE

DU

Rameau. — Marmontel est plus avança que moi, qui a mis en vers la Démonstration du principe de l’harmonie, et qui a expliqué, toujours en vers, aux plus ii^norants, comment mon oncXa analysait les sons, de la même façon que Xewton analysait la lumière :

Newton des sons, astre de l’harmonie!

Non, le concours des plus heureux, hasards ■ Ne peut fixer la carrif^re des arts;

Tu nous l’apprends. C’est aux mains du génie

A déchirer le bandeau d’Uranie...

a Comnle c'est ça Marmontel! Comme il s’entend à l’allegro, au presto, à l'andante, et quel grand musicien on pourrait faire avec do pareilles leçons! Je m’y prends autrement, pour expliquer la musique ’à mes élèvçs. Je joue et je chante, et je cherche, en tant, de symplionies, les notes les plus simples, les plus douces et les plus sensibles. Je leur apprends que la musique est une modulation perpétuelle, et je les tiens, tant que je puis, dans le composé, c’est-à-dire entre le simple et le sublime. Savez-vous cependant ma plus grande pejne en tout ceci ?

Diderot. — Je m’en doute un peu. Ce sont les faiseurs do méthodes et les fameux inventeurs qui enseignent la musique avec des cartes Itarmoniques, les des /lamomV/«c.s, et mille autres inventions harmoniques.

Rameau. — Vous avez touché juste. Ajoutez les recueils qui paraissent chaque matin à douze sous la pièce t Aventures de Cythère, Étrennes d’Apollon, Cantatilles, Menuets, Contre- danses. Petits airs, Briinettes, Symphonies et quatuors pour clavecin, deux violons et basse

LA FIN D’UN. MONDE. Jfw

obligés J el deux cors de chasse' üà libitum; Arielles choisies avec accompagnemenl de harpe, de gaitare ou dé vielle. Voilà les dailgers; car ces clioses-lk plaisent aux élèves, à leurs mères, à leurs pères, aux amis de la maison, et quand le maître arrive avec un morceau sérieux, de la vraie musique, à peine on veut l’entendre, el quand on lui remet son cachet en rechignant : « Ma fillé est destinée au plus grand, monde, elle n’a que faire de chanter comme une virtuose, et, s’il vous plaît, vous irez de ce pas chez M"*' Flûte, rue Saint-Honoré, à l’enseigne de la Afusigue moderne, auprès du Trait galant, acheter le Serin perdu, le Rossignol, la .Muselle, l’Heureuse surprise, el -les Sonates. det sieur Chabran. » Voilà comment on nous traite : et rien à répondre. Il faut plaire, il faut charmer, il faut donner dans le tendre et dans le mélancolique. On a peur do la passion, peur de la poésie. Il faut à ces dames les chansonnettes que voici :

Bergère ,

Légère,

Je crains tes appas.

Ton âme .

S’enflamme,

Mais ta u’aimes pas.

« Parlez -moi de l’ariette, on la met à toute sauce. On entre... une ariette! On sort... une ariette ! On assassine..: une ariette 1 A Médée ensanglantée... une ariette I Artaban régicide, une ariette! Un ordre, un conseil, un reproche, une douleur représentent autant d’ariettes , et moins elle dit, cette ariette, et moins elle chante, et plus elle amuse.

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