‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 47 sur 89 · A Kl N D'UN MONDE · texte numérisé non relu

A Kl N D'UN MONDE

fWi

et plus elle éblouit. Elle est toujours au delà ou en deçà de lu nature et de la vérité. Et jamais rien de simple et do grand ; pas une do ces beautés louchantes qui, s'unissant entre elles, se marient avec le récitatif. Et loin do nous les maîtres chanteurs; loin de nous bergeries, féeries, marches guerrières, sacriCces divins, oracles, diœurs enchantés : Tout trcmbls devant le Seigneur, i . Brillant soleil... Ébranlons la terre... L’Amour triomphe... Eit de même que la comédie italienne n’oserait pas se montrer sans Colombine et sans .\rlequin, les rois et les empereurs do la tragédie lyrique se croiraient déshonorés, s’il ne rendaient pas leuràme dans une ariette.

Diuerot. — Je vous arrête ici, Kameau, vous voilà tout à fait dans le domaine de votre oncle; vous voilà dans Castor et l’ollux, et dans le récitatif; Éclatez , mes justes regrets! Vous voilà dans la scène de Dardanus au second acte :

Arrachez de mon cœur le trait qui me déchire !

R.\meau. — Quelle étrange chose que les gens veuillent toujours parler de ce qu’ils ne savent pas! Éclatez, mes Justes regrets! est du pur récitatif, du récitatif endormi, déclamatoire et sans caractère. Arrachez de mon cœur! est un contre-sens, chanté si lentement par une femme au désespoir. Que dites-vous aussi du chœur : Que tout gémisse! en crescendo? Quant au duo, mon oncle lui-mème est convenu qu’il n’avÿit jamais fait un bon duo.

Diderot. — V ous conviendrez, écpendant, que le chœur: Brisons tous nos fers! est d’un effet...

IUmeau. — Absurde, avec sa marche diatonique, et soyez sûr que les Euménides d'Eschyle chantaient autre-

Page 1