LOTERIE
D.E LA UAISON DE GCIUARD
Située à Ventrée Je la rue et chaussée (TAntin , dont le tirage se fera publiquemeul' le' l'' mai, dans une des salles de l’hôtel des Menus , rüe Bergère, en présence d'un Officier public. - ' -
L’accueil favorable que le public a fait à cette loterie, dont la distribution des billets est déjà Irès-avaacée, engage M“* Guimard à le satisfaire sur les objets qu’il a paru désirer.
Le point le plus essentiel était la iixatien des droits seigneuriaux. ,
51“' Guimard, qui, lors de son prospectus, n’avait pas encore pu traiter avec les soigneurs dans la censive desquels est située sa maison, vient de faire avec eux un ar^ ' rangement, d’après lequel l’acquéreur n’aura à payer pour lods et ventes que la somme de 12,000 livres et ne sera point géné pour les payer dans les vingt jours qui font le délai que les seigneurs fixent ordinairement, . ,
On a demandé de quelle manière se fera le tirage de cette loterie. 11 y aura deux roues, dans l’une desquelles seront 2,500 billets roulés, numérotés depuis 1 jusques et y compris 2,500;' et dans l’autre, 2,500 billets aussi roulés, dont 2,499 blancs; les. 2,500 billets de chaque roue seront tous tirés les uns après les autres, quand même le billet gagnant sortirait un des premiers, afin de prouver au public que les 2,600 billets étaient dans la roue.
LA. FIN D’UN MONDE
et que c’est vraiment la déesse Fortune qui aura désigné le billet gagnant.
Plusieurs personnes ont craint que cette maison lie fût à bail emphytéotique, ainsi que la plupart de celles de la chaussée d’Antin. Cette maison est en pleine propriété; il n’y a ni bail emphytéotique, ni bail à rente : le terrain n’a pas été acquis de gens de mainmorte; enfin elle n’est chargée que du cens ordinaire.
Les billets de cette loterie sont de 120 livres, et se distribuent chez M* Chavet , notaire , me Saint-Martin , visà-vis Saint-Julien-des-Ménétriers; les fonds lui restent en dépôt, non-seulement jusqu’au premier mai, pour la sûreté des mises, mais encore jusqu’après le sceau " sans opposition des lettres de ratification, que le propriétaire du billet gagnant obtiendra dans le délai de quatre mois, sur le contrat de vente que M'** Guimard lui passera de cette maison et des meubles qui doivent y rester, ainsi qu’elle s’y est soumise par acte passé devant M* Chavet, notaire, le 1 2 février.
Le propriétaire du billet gagnant sera tenu de se faire connaître à M" Chavet, notaire, dans les trois mois qui suivront le tirage de la loterie, de lui représenter le billet et de le lui déposer par acte authentique, après qu’il en aura été fait la vérification; et, faute parle propriétaire du billet gagnant de se faire connaître dans ce délai, M"' Guimard pourra se faire remettre' les fonds de la loterie.
Les personnes qui souhaiteront voir cette maison pourront s’y présenter les mardi et vendredi de chaque semaine, depuis onze heures du matin jusqu’à cinq heures du soir.
LA FIN D‘UN MONDE
Raheav. — V N’esi-ce pas, Diderot, que C’est do l'or en barre, et que Ce tirage est beaucoup plus sûr que le tirage de la Loterie royale do Franco, pour le mois passé?
Un quille est sorti, un quine, oiseau rare, un poisson qui n’est pas le p&isson de tout le monde... Il fallait payer trois millions aux malheureux pontes : le ministre a peroÿs qu’on leur donnât cent mille livres I Guimard est bien plus honnête que la Loterie royale de France. Comme elle explique agréablement sa loterie! Et voyez quels présages heureux! On prend les billets dans la rue des Ménétriers^ et la loterie sera tirée à l'hôtel des Menus-Plaisirs, dans la môme salle où, si souvent, nous avons fait de la musique avec le grand Viotti, ' avec le baron de Rages, avec Jarnowick, avec La Motte, premier violon do l’Empereur, avec Le Brun, premier hautbois de l’électeur palatin , avec Simon , premier clavecin de la famille royale, avec ce pauvre Guillemin, premier violon du rm. Il avait une pension non payée, il était mon voisin... il s’est pendu bravement pour échap- , per à la misère... et voilà comment il se fait que j’ai dans ma poche un brin do la corde du pendu. Comptez cependant que, devenu riche, ami Diderot, si je suis insolent et superbe avec tout le monde... avec vous et pour vous. Rameau le riche, au milieu des lâclies, des flatteurs et des porte-manteaux qui vont se prosterner à ses pieds..., sera toujours un ami.
Diderot. — Un homme, un jour, voulut imiter Prométhée, c’est-à-dire faire naître du feu où il n’y en avait pas; il frotte hardiment l’un contre l’autre deux morceaux do bois très-combukible; son but était de n’en
allumer qu’un; le feu prit malgré lui à tous les deux. — Que fit-il du tison trop prompt à s’allumer? demanda vivement Zeuxis. — Il le laissa brûler, reprit Socrate; et ce tison, né combustible, obéit à sa nature qui était de brûler. Sur quoi l’homme en question fut assez sage pour sentir que si les deux tisons brûlaient, ce n’était pas leur faute, et que lui seul avait fait une sottise.
Rameau. — Il y a, comme on dit, fagots et fagots. Ce tison donne à peine un brin de fumée, et cet autre est brûlé dans un clin d’œil. Le tison Guimard peut brûler, le tison Rameau est à l’épreuve du feu. Mais où donc eh voulez-vous venir avec \otre apologue? Avant de mourir, jjmc (Je Pompadour avait fait un apologue en chanson. C’était triste et touchant! C’était toute une histoire, et fair en était si doux, que les enfants en ont fait une ronde 1 O les cruels! vous leur chantez un De profundis : ils se mettent à danser! »
Il s’éloigna en chantant cette complainte d’un siècle agonisant :
.Nous n’irons plus aux bois,
Les lauriers sont coupés... ' ;