‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 79 sur 89 · I..V FIN* D'ITN MONDK · texte numérisé non relu

I..V FIN* D'ITN MONDK

leur, un buste éblouissant, des bras divins, des couleurs naturelles, une dignité tempérée par la douceur, la peau blanche, animée, et les cheveux châtains, kl voilà toute I Elle tenait dans sa belle main un cahier do musique qu’elle déposa, tout déployé, sur le pupitre, où les musiciens pouvaient le lire. Aux premières notes de l’accompagnement que ces tristes symphonistes essayèrent d’une main mal assurée et nonchalante. Rameau Irès-étonné reconnut la grande scène du quatrième acte de l’opéra A'AnniJe : V'oici la charmante retraite! et comme il vit que la belle chanteuse s’inquiétait do cette espèce d’accompagnement... d’un geste absolu, il imposa silence à cet orchestre inhabile et, de ses mains légères, attaquant la note sur un clavecin d’Hartman , il attendit. . . Alors cette beauté chanta comme une Muse du mont Olympe sur les bords de l’IIélicon :

Voici la charmante retraite De la félicité parfaite;

Voici riicurCiix séjour Des jeux et de l’amour.

Jamais dans ces beaux lieux votre attente n’est vaine;

Le bien que vous cherchez se vient offrir à vous ;

Kt pour l’avoir trouvé sans peine,

Devez-vous le trouver moins doux?

Elle chanta cela d'une voix charmante et superbe, et dans le stylo merveilleux de son maître. Or, ce maître était Rameau lui-même. A la prémièro note, aux premiers accents de cette voix do Polymnie, il avait retrouvé son élève égarée, et, dans une profonde extase, il écoutait ces fiers enchantements qui se faisaient sentir à ces âmes

LA PIN D’UN MONDE. ail

vulgaires, à ces soldats do parade, à cos abbés d’antichambre, à ces poupées habillées do gaze, chargées do broderies, et puantes de parfums. Triomphe uniquel Et quand elle eut chanté sans reconnaître, ô l’ingrate! la vie et l’enthousiasme et l’ardeur de son maître [ il est Vrai que le clavecin avait remplacé le violon sous la main de Rameau), Rameau, poussé par l'inspiration, oublieux de toute chose, et surtout de ceux qui l’écoutent, passait de \'Armide à VAlceslCj et frappait sur l’instrument dompté ces grands airs, ces grands chœurs, ces touchantes passions.

Il jouait, il chantait tout ensemble, entremêlant, sans les confondre, ces beaux passages.de Gluck, encore inconnus au vulgaire : Ah! malgré moi, mon faible cœur... Caron l’appelle. .. Ah! divinités implacables. . . Divinités du Stijx... puis la marche et le grand cri : Toui m’annonce du dieu la présence suprême! Il se montra vraiment, en tout ceci, un grand artiste. Et des pleurs silencieux, des cris, des silences, des mots inarticulés, des regards tournés vers le ciel, des lèvres tremblantes, un torrent de douleuri A la fin, comme s’il se fût réveillé d’un songe, et voyant son élève inquiète, étonnée et qui cherchait à le comprendre, il lui dit, les mains jointes, en la suppliant comme une immortelle : a Ah! que vous êtes belle et que vous savez bien chanter! que vous ôtes admirable et touchante! .\hl digne fille du grand maître! Ah! quelle grandeur, quelle émotion, quelle fidélité! quelle expression dans la voix et dans le geste! Accablement, pitié, terreur, incomparable tendresse, angoisse, terreur et délire! O merveille! ô divinités du Styx! u’ètes-

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