‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 87 sur 89 · I..\ FIN D'UN MONDE · texte numérisé non relu

I..\ FIN D'UN MONDE

Paraissez, râbles « la roi/ale, boudins d’écrevisses à la Richelieu, coulis, jambons, caupes h la Chambord , à la Fontenay, tanches au vin de Champagne, à la Chantilly, bouchées à lu reine, truites aux truffes entières à la Pompadour, faisans à la rocambole , poulardes à l’Urlubie , dindons à la Villeroy, canetons, ramereaux, pigeons à la duchesse , petits poussins au beurre de Vanves, perdreaux, tourtereaux, cailles au laurier, gigotots d’agneaux, pâtés, crépinettes à l’archevêque , filets-sauce à l’extrèmo bonté, bouchettes, attereaux, semelles de faisans à l’espagnole, orillons au Ivasilic, matelotes, pâtés dojamlxm, pâtés de poularde à la gelée, faisandeaux, cailles bardées, coqs-vierges, faons de daim, marcassins, perdreaux blancs, becligues, écrevisses, gâteaux, mille-feuilles, ballons de dindons gras, poires de rousselet, pommes à la surprise, pèches au vin rouge, rognons, ragoûts en tortue, cailles à l’estouffade, boudins, filets, ris, ailerons, ballottines, profiteroles, champignons, licigncts de blanc-manger, gelées, gimblettcs, cardes, huîtres, asperges, abaisses de massepain, œufs pochés au café, cardes à la moelle de faisans, beignets, nougats, babas, gelées, charlottes souillées, fondues, croquemboches, croquettes, croquantes et croquants. Cuisiniers! marmitons! rôtisseurs par la grâce de Dieu! donnez à toutes ces mangeailles le nom do nos victoires et de vos catins! C’est le droit de vos lournebroches et de vos marmites!... Nous vivons sous un roi cuisinier !

Tous les fromages, tous les fruits,' tous les cafés, toutes les liqueurs, tous les vins, tout Bordeaux, toute la Côted’Or, tout le vin d’Ai! — Tout boire et tout manger.

tout grignoter, tout souiller, aux hennissements de tous ces cœurs lascifs! Maisfluoi! vous seul vous le savez, dieu des ténèbres, des vendanges et de l’imprévu, dieu des bons vins, des jupes brodées, des caves remplies et des licences inassouvies; vous savez si l’orgie atteignit sa plus extrême hauteur, et comment furent célébréesl es injustes noces do ces deux bâtards : le fils do Rameau et la fille de Thérèse Levasseur I Cette fille émancipée avait bien senti quelques remords dans sa joie On s’amusa beaucoup de ses

remords , on la trouva toute plaisante en son extase. On reconnut généralement que le sieur Rameau avait bien joué son rôle. Une comtesse d’Opy, échappée au bailliage du palais, fit la charge, en riant, de ce cri sublime :

ün traître, environné d'une foule cruelle,

Portera sur ma fille une main criminelle.

Déchirera son soin, et d’un cnil curieux , Dans son cœur palpitant consultera les dieux !

Le poëte-roi , chevalier de Saint-Michel, improvisa une complainte sur un air du marquis de Chabanon : les Funérailles de Rameau. Ces dames riaient, ces messieurs buvaient; le fils de Rameau, entre sa mère et sa maîtresse, était sentblable au berger do l’Ida :

Minerve m’offrit la sapesse; Vénus les grâces, la beauté; Ili'bé la fraîcheur, la jeunesse; Mars ses lauriers et sa fierté.

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LA FIN D’UN MONDE. 3.31

Bacclius dit : bois! Apollon ; chante!

Et prends ce Luth , s'il t’a charmé ;

Tiens! ditPlutus, si l’or te tente;

Amour me dit : aime! et j’aimai.

Et pendant que la fùte de cette petite maison tournait à l’orgie, et que ces dames en Iphigcnies, en baifjtumses, et ces messieurs on caraco, dansaient la hource et le pislolel, la mariée et les sautriols, je ramenais Rameau le moribond dans le taudis qu’il habitait sous les toits, en quelqu’une de ces rues abominables qui se cachent, tortueuses et malsaines, à l’ombre inachevée du palais de nos rois.

C’était une rue immonde, et parmi ces immondices se perdait, dans la nue, une abominable maison, moitié lx)u~ chcrie et moitié bouge!... Une fosse, un égout.

Quelle misère au sortir de cesjoiesl quel charnier 1 Le rez-de-chaussée, ensanglanté par les tueries, retentissait du beuglement des bœufs et des génisses que l’on mène à l’abattoir, pendant qu’au premier étage une éternelle chanson de débauche et do vin faisait entendre incessamment son refrain monotone. Ah! misère! Hélas! quel dénùment! Un trou percé dans les tuiles laissait tomber à regret une lumière horrible! Uno ou deux chaises de paille, une malle en pleine confusion, une ficelle en un coin tendue, et sur cette ficelle un tas do haillons : l’habit do soldat, l’habit de marquis! une lampe en fer-blanc où suintait une huile avare!... Il n’y avait rien de plus triste à voir et de plus immonde à sentir. Bientôt quelle pitié quand ce pauvre homme eut

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