Saét., Auguste, AO
tuait le droit de vote, aux plus beaux jours de la République romaine, pour l'électeur sans scrupules 1
Les moyens de vivre : les libéralités, — Les repas publics. — L'importance que les Romains y attachent. — César amphitryon. — Un festin o£fert au peuple par Domitien. — Le lendemain des fêtes. — Les mitsilia. — Le nombre des Journées de jeux.
Le triomphe de César qui neutralisa la brigue en s'attribuant le choix de la moitié des candidats, l'omnipotence d'Auguste dont l'influence devint vite prépondérante dans les élections, firent disparaître des comices la corruption électorale, et les ressources qu'elle procurait aux électeurs. On en retrouve, sous l'empire, le souvenir dans ces petits municipes de l'Italie et de la province qui mettent toute leur gloire à copier Rome. La période électorale y soulève encore des orages, « des tempêtes dans un verre d'eau », suivant le motdeCicéron * ; et, pour obtenir le droit déporter à Fundi le laticlave, pour devenir « l'édile déguenillé de la triste cité d'Ululés », ou duumvir dans la riante Pompéi, la lutte n'est pas moins acharnée que jadis à Rome pour emporter le consulat. . . Mais le silence et le calme planent sur le Champ-de-Mars. « Les consuls ne mettent plus à l'enchère un vain fantôme d'honneur, depuis que, dieu tutélaire, le prince gouverne lui-même les peuples », chante le poète Calpurnius ^.
1. Fluctus in simpulo. Cic, de Leg., III, 16. 2 Calp., Egl. I.
LES UBERALITÉS 169
Comment expliquer que les Romains se soient laissé enlever leur salaire ; que, loin de résister à la dictature, ils s'y soient, suivant le mot de Tacite, précipités têtes baissées ; que loin de se plaindre et de gémir.
Ils adorent la main qui les tient enchaînés ?
L'explicatiori est assez facile.
Le manuel du parfait candidat de Quintus Cicéron, que j'ai déjà cité, contient ces lignes : « Je n'ai jamais vu d'élection,- si déshonorée qu'elle soit par la corruption, où quelques centuries au moins ne se prononcent avec désintéressement (gratis), en faveur du candidat pour lequel elles ont le plus d'affection ^ ». 11 n'y a qu'un mot de trop dans cette phrase, c'est le gratis. Les suffrages qui émanaient de ces centuries en apparence désintéressées, le candidat ne les avait point achetées d'un coup pour une somme de..., il se les était acquises par des libéralités de tous les jours, et qui lui revenaient beaucoup plus cher. De telles munificences grevaient lourdement le budget des hommes politiques, et il fallait bien les fortunes immenses de cette fin de république pour y suffire. Elles étaient l'un des moyens par lesquels les Crassus, les Pompée, les César, et plus tard la longue série des empereurs se firent pardonner leurs richesses ^.
Les libéralités, — c'est le nom générique que le langage des Romains donne à ces largesses de grand