De pet, cont.t
2. Les inscriptions nous présentent de nombreux exemples de libéralités faites par de riches particuliers à leurs concitoyens. Cf. C. 1, L., IX, 23, 3.160, 4.215, 4.691, 4.697» 4.898, 4 973, 4.976, 5.196, 5.428, 5.429; X, 110, 544, 1880, 5.654, 5.657, 5.849, 6.465; XIV, 2.408, 3.005, 4.057, etc.
seigneur, — étaient quelquefois de Targeat : Tempereur Auguste, pour ne cUer qu'un exemple, distribua en neuf circonstances solennelles une somme de trois mille sesterces (un peu plus de 700 francs), à chacun des citoyens de Rome ; il laissait au peuple par son testament, près de quarante-cinq millionsde sesterces, neuf millions de francs !... C'étaient plus souvent des distributions en nature.
Un usage ancien, — qui se rencontre universellement dans toutes les sociétés grecques et italiennes et remonte à Torigine même de ces sociétés, — voulait qu'on réunit en de solennelles agapes, à des occasions déterminées, une plus ou moins grande partie du peuple. Dans la Rome antique, toutes les cérémonies religieuses, dédicaces de temple, célébration de jeux sacrés, solennités du triomphe, funérailles d'un grand citoyen, étaient accompagnées d'un epulumk laquelle la cité entière s'associait. L'usage persista dans la Rome du septième siècle et des siècles suivants ; mais alors le peuple romain, sans ressource, et sans travail, « ne vit plus, suivant le mot de Fustel de Coulanges, dans les repas publics, qu'un moyen de vivre un jour entier dans l'abondance * ». et il fallut les multiplier pour assouvir sa faim... et sa soif. Ce fut le rôle des ambitieux et des riches.
Dans le municipe le plus misérable, le plus humble des candidats ûe pouvait se dispenser d'offrir quelque chose à ses électeurs. « Ami. dit une inscrip- Kon, demande des gâteaux et du vin ; on t'en donnera jusqu'à la sixième heure. N'accuse que toi, si tu
l. Diet. des antiq.gr. et rom. v» Epulum,
arrives trop tard». Mais il fallait être bien pauvre, ou bien ladre, pour n'aller point jusqu'au repas tout entier. — « Je flaire d'ici, dit un personnage de Pétrone, le festin que va donner Mamméa : s'il fait bien les* choses, il supplantera tout à fait son concurrent Norbanus, et yoguera à pleines voiles dans la faveur publique ». Au besoin, les intéressés savaient forcer la générosité du récalcitrant, et faire naître une occasion de réjouissances. Le peuple se rassemblait au forum et lui votait une statue. Tenait-il à ne pas être déconsidéré ? il devait, suivant la formule, se déclarer si honoré de. la démarche, qu'il prenait à sa charge toute la dépense, honore contentus impensam remisit. Et cette promesse l'engageait, non seulement à faire élever la statue à ses frais, mais encore à offrir le jour de l'érection, un epulum au peuple, « qui trouvait ainsi le moyen à la fois de se montrer reconnaissant et de tirer un honnête profit de sa reconnaissance*».
A Rome, au fort des luttes électorales, on n'eut pas. besoin d'exciter la générosité des candidats. Le manuel de Quintus Gicéron contient l'expresse recommandation de « donner et de faire donner par ses amis, dans tous les quartiers et dans toutes les tribus, des festins ». Et le conseil ne laissait pas d'être suivi, au témoignage de Varron : « Si nombreux sont les repas publics en nos temps de profusions et de bonibances quotidiennes, qu'ils font renchérir les vivres* ». Il est vrai qu'un des nombreux sénatus-con-
l.Petr, Satyr., 45; C. 1. Z., IX, 690, 4.885, 4.970,5.071; X, 451, 544, 3.724,3.909 6.094: XIV, 321, 2 409, 2.804. etc.. Cf. Boissier, VOpp. k. l. Ces. 2. De petit, cons,, 11 ; Varr, R, R, III, 2,
suites, qui eurent pour objet de détruire la brigue,vise spécialement l'interdiction de donner des repas au peuple. Mais l'habileté des avocats n'est pas embarrassée de ruiner la loi. « Qu'est-ce que défend le Sénat? s'écrie Cicéron, plaidant pour Muréna. Ce n'est pas d'inviter des gens à dîner, ad prandium invitare. Qu'est-ce donc? c'est de donner à dîner à tout le monde, universos ». D'ailleurs, ce n'est pas le candidat lui-même qui a offert les repas : c'est son gendre, c'est un ami... Et enfin quelle raison y a-t-il de se montrer sévère pour cet usage : n'est-ce pas l'avantage du peuple que ces présents de candidats ? Commoda tenuiorum, munia candidatorum * . L'importance, — d'ailleurs fort naturelle, — que les citoyens de Rome attachaient aux repas publics, est attestée par l'aventure de Fabius, que plusieurs écrivains ont rapportée. Lorsque Q. Fabius Maximus, neveu de Scipion l'Africain, offrit, pour honorer la mémoire de son oncle, un epulum au peuple romain, il eut la malheureuse idée de charger son cousin germain, Tubéron, de présider aux apprêts du festin. Tubéron, qui se piquait de stoïcisme, fit, — comme s'il avait eu à célébrer les obsèques de Diogène le chien, et non celles d'un héros, — étendre des peaux de bouc sur des lits trop bas et servir les mets dans de la vaisselle d'argile. Cette simplicité stoïcienne fut qualifiée, par les convives, de basse et sordide avarice ; et, lorsque, quelque temps plus tard, Fabius brigua la préture, il échoua sous le ridicule des peaux de bouc *.