Cic., pro Murena
2, Cic, pro Murena» 36.
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Ah ! César comprenait d'autre façon ses devoirs d'amphitryon ; et Ton ne sait ce qu'il faut admirer le plus, le nombre de ses festins ou leur magnificence? A la mort de sa fille, il convie à un festin le peuple romain ; et après avoir, selon l'usage, traité pour le service avec un entrepreneur de cuisine, avec le Chevé de l'époque, il se ravise, et fait préparer les mets chez lui par* ses propres esclaves, voulant que l'empressement de la populace soit plus grand à goûter de la cuisine d'un grand homme !... Nommé dictateur, il remercie le peuple romain par un repas dans lequel figuraient six mille murènes : chaque convive reçoit une amphore de Falerne et un baril de vin de Chio. Consul pour la troisième fois, il donne un nouveau festin, où le Lesbos et le Mamertin s'ajoutent à ces deux crus fameux : on n'avait jamais vu jusque-là, si nous en croyons Pline l'ancien, servir quatre sortes de vin dans un même repas. Il invite encore le peuple à sa tal)le pour célébrer l'heureuse issue de la guerre d'Espagne, et comme le dîner lui paraît mal servi et indigne de sa libéralité, il recommence cinq jours après^ . En vérité, si le vers du poète s'applique, mieux encore que dans le nôtre, à ce siècle de corruption générale et universelle :
C'est par de bons dîners qu'on gouverne les hommes,
qui pourrait s'étonner du triomphe de César ?
Ses héritiers ne firent pas moins bien les choses. Stace nous a laissé la description par le menu d'un jour de fête où Domitien recevait le peuple de
1, Dion, XLIII, «1 ; PI. l'A., XIV, 15; Suétone, César, 2«, et 38,
Rome; et, si ses vers n'avaient toute la précision d'un programme ;, on serait tenté de douter de leur exactitude. « Dès l'aube, dit-il, à peine l'aurore annonçait l'arrivée du soleil, pleuvent de friands gâteaux: rosée nouvelle que répand à son lever la déesse du matin. Fruits renommés qui tombent des noyers du Pont, prunes que la pieuse Damas voit croître dans ses vergers, figues que mûrit Ebosie, poires d'Amérie que le soleil n'a point desséchées, dattes énormes sous lesquelles disparaît la branche qui les porte: tout cela s'abat sur le peuple assemblé dans le théâtre de Rome, et l'accable d'une grêle innocente ». Voilà un premier déjeuner qui ne manque pas de saveur. Et le dîner n'est pas moins réussi : « Au milieu de la journée, on voit apparaître soudain un peuple d'esclaves impériaux, tous jeunes et si beaux qu'on les prendrait pour des Ganymèdes, vêtus d'une riche livrée: les uns portent des corbeilles de pain; d'autres dressent de blanches nappes ; d'autres encore servent des mets exquis ; d'autres enfin versent les flots d'un vin alangui par les années. La table a réuni toutes les classes, femmes, enfants, plébéiens, chevaliers, sénateurs ! Tout Romain, riche ou pauvre, peut se dire, avec orgueil, qu'il s'est assis à la table du prince '» !
Et remarquez le progrès : de telles magnificences, si extraordinaires qu'elles paraissent, ne sont plus, sous l'empire, exceptionnelles. 11 n'y a plus sous l'empire' de jeux qui ne soient accompagnés, sinon d'un repas, — car donner un repas, même sommaire, .
1 Silr., I, G. .
à tant de monde, est chose incommode, — tout au moins d'une distribution de victuailles. Comment en serait-il autrement ? Les jeux commencent à l'aube ; on les interrompt, vers le milieu de la journée, pour donner aux spectateurs le temps de se restaurer : quoi de plus naturel que de leur fournir ^ussi le dîner ? « Rien n'est plus folâtre que le peuple de Rome.... quand il a bien mangé », dira un empereur du troisième siècle *.
Si gueux qu'il soit, le Romain est un homme pratique : il ne veut pas de fête sans lendemain ; iliui déplairait, comme au Normand de Racine, de « rentrer au logis les mains nettes». Aussi bien faisait-on souvent, le soir venu, au peuple assemblé dans l'amphithéâtre, une distribution de viandes crues, — à emporter. Décrivant les jeux qui vont se célébrer dans son modeste municipe, un personnage du Satyricon dit : « La viande à distribuer est au milieu du cirque, afin que les spectateurs la voient ; et il y en a - ! !» Le peuple de Rome eut mieux, souvent, que de vulgaires bêtes de boucherie. La description de Stace, dont j'ai cité plus haut les premières lignes, se termine ainsi : « A la fin de la journée (la nuit approche avec ses ombres), tombent, d'un vol imprévu, des nuées d'oiseaux qui nous cachent les astres : canards qui viennent des bords sacrés du Nil sauvage, et poules que doit le Numide au souffle pluvieux de TAuster. La foule ne p3ut suffire à tout saisir. Chargé de son butin, chacun s'applaudit de l'augmenter encore*). La poule au pot sur la table de tous I L^