‹ La fin d'un peupleChapitre 104 sur 166 · Vop. AuréL · texte numérisé non relu

Vop. AuréL

i. Petr., -iT) ; St.ic, lor. rit. ; Hist. Aug., Prob., i9 ; Gard., 'A.

I rêve de notre bon roi Henri IV... N'y eut-il pas mieux

pourtant ? du gibier, du gibier rare ! des centaines de cerfs, d'élans, de sangliers, de chamois, de daims, de chevaux sauvages, amenés à Rome à grands frais, et livrés au pillage du peuple.

Combien d'autres distributions encore, et toujours à l'occasion des jeux ! Agrippa, le gendre d'Auguste, ' fit un jour déposer au milieu du cirque quantité de toges, et permit aux spectateurs de s'en emparer. De voir la foule se ruant dans l'amphithéâtre, ce lui parut un spectacle plaisant et digne d'être renouvelé; mais comme ses cadeaux avaient beaucoup souffert de la lutte, il imagina de jeter, au lieu des objets euxmêmes, des bons qui les représentaient. La distribulion, pendant les jeux, de missilia devint dès lors d'un usage fréquent ; et ce ne fut pas seulement des vêlements, mais toutes sortes d'objets utiles et de luxe qu'on y inscrivit. Suétone cite avec grand éloge la di Ui ibution que fit Néron, dans une fête qui dura plus curs jours, de bDns de blé, de viande, de vêteme.its, d'or, de pierres précieuses, de perles^ de tableaux, d'esclaves, d'animaux domestiques, de tigres ou de lions apprivoisés, même de navires, de maisons et de champs ! Et Titus, pendant les cent jours de réjouissances qui célébrèrent la déâicace du Colysée, jeta sur le théâtre, au ^témoignage de Dion Cassius, « de petites boules de bois qui donnaient droit à quelque comestible, ou à un vêtement, ou à un vase d'argent ou d'or, ou à des chevaux, ou à des troupeaux, ou à des esclaves » . . Tous n'éprouvaient point pour les missilia le mépris qu'exprime Sénèque à Lucilius : « Ils sont l'occasion de mille déceptions.

Telle personne est volée par ceux avec qui elle s'était associée pour le partage des bénéfices. Celui-ci obtient précisément ce qu'il ne désire pas. Celui-là, trop ardent et trop avide, ayant voulu prendre trop de choses, a tout laissé échapper. De tous ceux qui ont profité de ce pillage, il n'y en a pas un seul qui s'en soit réjoui longtemps. Aussi les gens avisés s'empressent de quitter le théâtre, dès qu'ils voient apporter ces sortes de présents, sachant bien que ce qui ne vaut guère coûte quelquefois beaucoup : on n'en vient pas aux mains avec celui qui se retire ; on ne frappe point celui qui s'en va ; on ne se bat qu'autour du butin ^ ». Si le riche Senèque n'avait que faire d'un peu d'or, d'un esclave, et même d'une maison, le moindre comestible ou la plus humble toge faisait très bien l'affaire du citoyen sans ressources.

On peut dire sans exagération que, dans les journées consacrées aux jeux, le Romain devenait Vhôte de l'empereur, ou du riche personnage qui prenait à sa charge leur célébration^. Et ce n'était pas un médiocre avantage, car dans la ville des Césars, le nombre de ces jours de fête ne laissait pas d'être considérable : il était de soixante-six par an à la fin de la République, de soixante-dix- neuf à la mort d'Auguste, de quatre-vingt-sept à l'avènement de Caligula , de cent trente-cinq sous Marc Aurèle, — sans compter les réjouissances extraordinaires, telle

1. Dio., XLIX, 43; LXVI, 25; Suét., Néron, II; Sén., Ep., 74. Cf. Pauly, Realencyclopédie, V» Missilia. Les particuliers imitent l'exemple des empereurs : C. I. L., IX, 1655.

2. Agrippa faisait faire la barbe au peuple h ses frais, afin que, (suivant ses propres expressions), personne n'eût rien à dépenser pour la fête! (Dio., XLIX, 43).

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la fête donnée par Titus pour l'inauguration de Tamphithéâtre Flavien et qui dura cent jours, tels les jeux qui célébrèrent sous f rajan, cent vingt-trois jours durant, le second triomphe de Dacie. . .

Les moyens de vivre : la clientèle. — Raison d'être de cette institution. — Son caractère : elle n'a rien de charitable. — La rémunération des clients : la sportule, — Les tribulations des clients.

Malgré cette abondance de fêtes, il y avait encore bien des <( journées maigres » ! L'institution de la clientèle eut pour effet d'assurer la subsistance quotidienne, à ceux que ne nourrissait point l'annoue.

C'est encore un produit de la politique que cette institution, dans la forme où elle se présente à l'époque d'Auguste. « 11 est indispensable, disait Quintus Cicéron à son frère le candidat, que vous réunissiez chaque jour près de vous une multitude d'hommes de toutes les classes, de tous les âges et de tous les ordres. Trois sortes de personnes la composent : les gens qui vont vous saluer chez vous, ceux qui vous conduisent au forum, et ceux qui vous suivent partout : c'est cette troisième catégorie qui est la plus importante... A ceux qui volontairement se sont rangés dans votre escorte, témoignez qu'un si éminent service vous inspire une éternelle reconnaissance.Exigez de ceux qui vous doivent cet office, qu'ils ne vous quittent pas d'une semelle, si c'est possible, et en cas d'empêchement qu'ils se fassent remplacer par un ami. Pour votre succès, il est de la plus haute im-

portance que vous paraissiez toujours au milieu d'une fouie nombreuse^ ». . La fonction de ces clients ne fut point de pur apparat, à Tipoque où, suivant PIutarque, « ce n'était pas seulement par ces moyens honteux passés dans les mœurs publiques, à savoir les distributions d'argent et la corruption des suffrages, mais aussi par la force des armes et la violence des meurtres, qu'on enlevait une élection^ ». Ils étaient, pour le candidat, une arme offensive et défensive. Ils le protégeaient contre ses ennemis, et ils attaquaient son concurrent. Cicéron les qualifiait d'entrepreneurs de trou-blés, quand ils étaient à ses adversaires ; il disait : « mes gardiens très fidèles », lorsqu'ils figuraient dans son escorte'^ : à la vérité, ils étaient, suivant le cas, l'un et l'autre. . .

Quand le Champ-de-Mars redevint muet, l'institution de la clientèle perdit la meilleure de ses raisons d'être, pour les patrons ; à l'égard des clients qui en vivaient, elle restait nécessaire. Elle se maintint par la force des choses: ce qui avaït été un besoin devint une mode ; il fallut aux riches une cour de parasites, comme il avait fallu à l'homme politique un entourage d'hommes résolus, — parce que cela faisait vivre la moitié de la population. Il ne fut plus permis de voir une litière sans escorte, un atrium vide de clients; et, tous les matins, « les palais superbes durent rejeter par leurs mille portiques le flot tumultueux des salutateurs* ». On mesura votre fortune, même votre talent, au nombre de vos comités.

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