‹ La fin d'un peupleChapitre 105 sur 166 · Virg, Georg., n,i · texte numérisé non relu

Virg, Georg., n,i

Et le plus beau titre de gloire fut, pour le riche, d'être, comme dit Juvénal, « précédé dans ses promenades par une longue théorie de citoyens en robe blanche, que la sportula jetée au fond de leur bourse a fait vos amis^ ».

Il n'y avait pas, dans le début, de rémunération fixe pour le client. Le patron lui faisait parfois l'honneur de l'inviter à sa table, et c'était tout. Fructm amicitiœ inagnœ cibm Mais ce n'était pas très agréable, pour le riche Romain, d'ouvrir à ces hôtes de passage les portes de ses salles à manger, et il s'en vengeait de reste, en les reléguant au bout de la table, en leur faisant subir les plus durs affronts* ; et ce n'était pas non plus très avantageux pour le convive, qui préférait manger moins de beaux repas et manger tous les jours. . . On remplaça les invitations à dîner par une distribution quotidienne de vivres, qui s'appela sportula, du nom de la corbeille où chacun venait quêter sa maigre pitance. « Vois, dit Juvénal, comme on se presse à la porte de ce riche et quelle épaisse fumée s'élève dans les airs : c'est la sportule qu'on distribue. Cent convives. Chacun traîne après soi sa batterie de cuisine »... Aux vivres venait s'adjoindre parfois, pour les clients préférés, quelque aubaine extraordinaire : une toge « qui n'a été lavée que deux ou trois fois », ou une courte casaque de laine, un boisseau de fève ou un panier d'olives du Picénum, même un logement dans les combles^ . . .

Bientôt, comme les rapports de patron à client

1. Juv., VII, 441 ; Sén., Ep. 22 ; Juv, X, 42 ; Lucien, le Parasite, 58.

2. Juv., Sat. V ; Bfart., p<z$sim ; PI. J., II, 6 ; Sen., Ép. 47.

3. Juv., III, 249 ; Mart., X, H ; XI, 18 ; Digeste VII, 8, «, § 1.

prenaient de plus en plus le caractère d'un entretien, la sportule devint une distribution d'argent. Chaque jour, le pauvre alla toucher chez le riche une somme qui lui suffisait, à la rigueur, pour se vêtir, se chauffer, se nourrir et s'éclairer,

. . .toga, calceus, hlnc est.

et panis, fumusque domi i.

C'était bien peu de chose encore pour chacun de ceux qui recevaient : Martial pouvait dire amèrement que (( la clientèle en fait vivre trois ou quatre, et que le reste meurt de faim ». C'était beaucoup pour ceux qui donnaient, et ils essayèrent de revenir à l'usage ancien. Mais la mesure souleva de si vives protestations, — « Pauvre client, écrit Martial, on a supprimé la sportule en argent, et tu ne peux plus que dîner gratis. Où te procureras-tu ta toge? et le moyen de payer le loyer de ton bouge enfumé ? Qui te donnera un quadrant pour le bain? Avec quoi payeras-tu les faveurs de Chioné? » — qu'on dut la rapporter -. Et une partie du peuple romain continua de vivre, par la clientèle, aux crochets de l'autre partie.

Ce n'était pas du tout, — la remarque doit être faite, — un lien charitable, qui reliait le patron et le client. Celui-ci avait la prétention de gagner, par les services rendus, l'argent qu'il touchait; et celui-là tenait ferme à recevoir les services, avant de verser l'argent. A la vérité, ces services étaient de ceux qui, suivant le mot d'un client même, ne servent pas.

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