Mart., III, 7, 30, 38; IV, 26; VI
labores qui non prosunt * ; — et cet argent, la plus avilissante des aunoônes.
Quel utile labeur avait fourni le pauvre, quel profit utile avait recueilli le maître, après cette salutation du matin dont les satiriques et les moralistes nous ont tracé le tableau fidèle?.... Le client s'arrache au sommeil, de très bon matin, quand la lueur du jour est encore incertaine, parfois au milieu de la nuit. L'estomac vide, il court, « sans même prendre le temps de nouer les lacets de sa chaussure », de peur qu'il ne soit prévenu par ses rivaux au lever du patron; rien ne l'arrête : ni le vent, ni la pluie, ni la boue qui emplit les rues. Le voict devant la maison du patron, se heurtant à la mauvaise humeur du portier, ostiarii difficultatem. A moins qu'il ne consente à se morfondre sur la voie publique, il doit « adoucir un gardien brutal en lui jetant de la monnaie comme à un chien hargneux, et, songeant qu'il y a des ponts où on paye le droit de passage, payer son entrée »... Entré dans l'atrium, il attend patiemment que le patron daigne le recevoir, « n'osant point s'adresser aux valets, qui ne daigneraient pas répondre », — timidité très explicable, si nous tenons pour vraies les doléances de Juvénal : « Les maisons riches sont pleines d'esclaves insolents qui rougiraient d'obéir au plus ancien des clients,... qui s'indigneraient même qu'il eût l'audace de les interroger » ! Et l'attente est vaine, trop souvent. « Combien de patrons dont le sommeil, la débauche, la dureté, les éconduisentl Combien qui, après leur avoir fait subir les
i. Mart., X, 83.
tourments d'une longue attente, lui échappent sous le prétexte d'une affaire pressée » ? Combien, écoutant le conseil d'Horace :
Atrium servantem postico falle clientem,
éviteront de sortir par leur vestibule encombré de clients, et s'enfuiront par quelque porte de derrière? Combien encore feindront la maladie, s'attirant l'épigramme de Martial : « Si PauUus est malade, ce n'est pas lui, mais ses convives, qu'il met à la diète. Son mal n'est qu'une feinte ; ma sportule est morte et enterrée^ »!
Mais je suppose que « la toge du client n'ait pas été inutilement mouillée de ses sueurs )),et qu'il soit reçu. L'humiliation continue. Vis-à-vis de son roi, l'emploi du mot Vomine est de rigueur, et les irrévérences se paient cher. « Un matin, dit Martial, j'ai, par. distraction, salué Cœcilianus de son nom, et omis de dire : « Seigneur ». Une liberté si grande me coûte cent quadrants, ma sportule». — Et le patron? « Alourdi des excès de la veille, à demi endormi encore, il entrouvre à peine ses lèvres pour balbutier, avec un dédaigneux bâillement, le nom mille fois annoncé de ces misérables qui ont hâté son réveil pour atteindre celui d'un autre ^ » !.
C'est par toute ces tribulations et ces hontes que le client doit passer, avant de recevoir son humble salaire, — opération honteuse encore. « Un nomendateur appellera l'un après l'autre les salutateurs, tous ces fiers descendants d'Enée. On prendra soin
1. Juv. V, 19, 64; ÏII, 484: Staoe IV. 9 ; Colum., I, prœf.; Sénèq., ad Ser., XIV, I de Brev. vit., XIV, 4; Mart. V, 22; X, 82; IX, 86; Horace, Epit. I, v.