Cod. Théod., XI
OISIVETÉ ET CORPUPTION 191
assurait le bonheur futur des morts . . Elever un fils était donc un devoir formel et un avantage certain ; élever plusieurs fils pouvait encore passer pour une assurance contre les malheurs possibles, un placement susceptible de profit. Élever une fille, au contraire, est toujours un luxe coûteux, un sacrifice que rien ne compense . . Et dans la société grecque, où le travail qui accroît les patrimoines fut généralement inconnu, où le développement de la famille n'avait d'autre conséquence que la diminution des revenus de chacun, la règle suivie par les parents était souvent celle qu'indique Posidippe : « Un fils, on l'élève toujours, même si l'on est pauvre ; une fille, on l'expose toujours, même si l'on est riche * ». Il en fut de même dans la Rome oisive, — et d'autant plus que l'idée religieuse n'était point seule à démontrer l'infériorité de la fille sur le lils : quels pouvaient être, à l'âge de l'indépendance, les moyens de vivre d'un sexe sur lequel né s'arrêtaient guère les faveurs de l'État, ni des candidats, ni des patrons ?... L'historien Dion l'atteste, et nous apprend qu'au temps d'Auguste il y avait à Rome beaucoup ylus d'hommes que de femmes ^. 'Inégalité néfaste qui ralentit la reproduction physique, en même temps qu'elle accélérait la dépravation morale ! et de laquelle il nous est permis de conclure que la corruption des classes riches, attestée par tant d'écrivains, dut être égalée, sinon dépassée, par l'immoralité des classes pauvres. ...
1. Dict. desant. gr. et rom., (Saglio). VoExposilio. i. Dion, LIV, 6.
LA POPULATION URBAINE DE l'iTALIE AU SIÈCLE D* AUGUSTE. LES CLASSES RICHES.
La société romaine au temps d'Auguste. — La religion officielle discréditée. ^ La Providence niée. — Le dogme de la vie future méconnu. — La morale d*Epicure. — Les épicuriens de Rome. — Aversion pour le mariage.
Aucune société ne fut plus étrangère à la « vie religieuse », que ce monde élégant et raffiné qui vécut dans les derniers jours de la République. L'incrédulité à la religion officielle y était générale. Dès le temps de Scipion, Lucilius accablait de sa verve railleuse les pratiquants naïfs du culte national : <• Ils ressemblent aux petjts enfants, pour lesquels toutes les statues de bronze sont vivantes : ils voient des réalités dans toutes ces fictions et supposent une âme cachée sous ces formes d'airain. Exposition de peintres, mensonges et chimères que tout cela »> ! Et plusieurs ouvrages de Cicéron ne sont qu'une amusante paraphrase du mot de Caton : deux augures ne peuvent pas se regarder sans rire ! ... Ce ne sont pas sans doute des vérités à dire « devant le peuple assemblé «. Il importe que le culte extérieur soit conservé, « par condescendance pour les opinions du vulgaire, et à
cause des services qu'il peut rendre à l'Etat ». On s'en passerait volontiers, comme le remarque l'historien Polybe, « si la cité ne se composait que de sages ; mais comme la multitude est inconstante de son naturel, pleine d'emportements déréglés et de colères folles, il est nécessaire d'avoir recours, pour la dominer, à ces terreurs de l'inconnu et à tout cet attirail de fictions effrayantes ». Mensonge d'ailleurs inutile, car la foi populaire est elle-même profondément ébranlée. « La religion périt, non par l'attaque de quelque ennemi, mais par la négligence des fidèles », affirme Varron. Et Properce déplore « que de ses réseaux, l'araignée couvre les autels, et que l'herbe envahisse les dieux abandonnés * ».
La croyance à la divinité survit sans doute, dans la plupart des esprits, à l'incrédulité religieuse ; et les athées ne sont qu'une minorité infime. Mais le « dieu inconnu », que les sages entrevoient, est si loin du monde, qu'il n'y exerce aucune influence et dédaigne de s'en occuper. « Je crois qu'il y a des dieux dans je ciel, écrit Cicéron après Ennius, et je le soutiendrai toujours ; mais j'affirme qu'ils ne se soucient pas du monde. S'ils en avaient cure, les bons seraient heureux, les méchants malheureux : et c'est le contraire qui se produit ». Il n'y a pas de Providence : il n'y a qu'une Fatalité, — que, par une étrange contradiction, et bien humaine, les plus incroyants divinisent. « Entre l'incrédulité absolue des uns et l'ignoble crédulité des autres, dit Pline l'Ancien, nous avons imaginé un moyen terme. Nous avons
1. Lucil., XV, 2 ; Cic. de nat.Deor. I, 22; de div. II, 33; Polyb. VI, 56 ; S. Aug. de Civ. dei, VI, 2 ; Prop. II, 6 ; Boissier, la relig. rom.
créé un dieu nouveau, qu'en tout l'univers, à toute heure, toutes les voix invoquent ; et ce dieu s'appelle Hasard » ! Lucain, qui nie l'intervention providen tielle : Mortalia nulli sunt curata Veo ! Lucain croit à la magie, et se demande « pourquoi les infâmes incantations d'une vieille Thessalienne touchent les dieux, sourds aux prières de tout un peuple » ? César, qui professe publiquement l'athéisme, entretient un astrologue « ipour tromper les prédictions et conjurer le mauvais sort », et ne monte jamais sur un char sans prononcer des paroles magiques, qui doivent le préserver de tout accident Auguste profane dans l'intimité les divinités les plus augustes ; il se garderait bien de chausser son pied gauche avant son pied droit 1 Tibère méprise les dieux, « car il est persuadé que le destin conduit toutes choses » ; mais il consulte tous les oracles, il attend porr se faire raser la nouvelle lune, il porte un laurier pour se garantir de la foudre !
Indifférente aux choses du monde, la Divinité n'a aucun souci des actions de l'homme ; et Juvénal écrit plaisamment : « Il est très facile et très simple de braver le regard des dieux, pourvu qu'aucun mortel n'en sache rien ». Aussi bien la mort est-elle (les avis diffèrent) un anéantissement ou un recommencement, — jamais une continuation. Cicéron, lorsqu'il pleure sa fille, ne va chercher, dans l'idée religieuse et dans les perspectives d'une vie future, aucun adoucissement à sa douleur. Cette doctrine désolante n'est pas, hélas ! le privilège des gens « éclai-
1. Lucain, VII ; PI. l'A., XVI, 80 ; XXVIII, «; Suét., Aug. 90-97 ; Tib. 69.
rés ». — « Quel mal la mort peut-elle faire à un criminel, dit Cicéron dans un de ses plaidoyers? Le précipiter dans l'affreux séjour des tourments ? Mais ce sont là des fables puériles, des chimères, tout le monde le sait ; et la mort n'a rien pu lui enlever, si ce n'est le sentiment de la douleur ». Puérilités vaines ! paroles en l'air ! fictions de poètes ! contes de nourrice ! rêves de l'orgueil humain! telles sont les expressions qui viennent à la plume d'Horace, d'Ovide, de Perse, de Pline, de Plutarque. Personne n'y croit plus. « Il n'y a plus personne, dit Sénèque, qui soit assez enfant pour croire à la roue d'Ixion, à la pierre de Sysiphe, au vautour de Prométhée, pour craindre les ténèbres et les fantômes aux os décharnés » ; et c'est encore l'exclamation de Juvénal : « Qu'il y ait des Mânes, un empire souterrain, un aviron et de noirs reptiles dans le gouffre de Styx ; que les ombres par milliers traversent l'onde dans une seule barque : c'est ce que ne croient même plus les enfants, hormis ceux qui ne paient rien encore aux bains * » !
Quelques-uns souffrent de leur incrédulité : avida nunquam desinere mortalitas. Ils admirent les peuples qui professent le dogme de la vie future. « Les Juifs croient l'âme immortelle, écrit Tacite avec une pointe 'd'envie : de là leur désir de transmettre la vie, et le mépris avec lequel ils bravent la mort ». Et Lucain s'adressant aux Gaulois, dit : « Vous croyez, peuples du Nord, à l'existence d'un autre monde ; vous croyez que la mort n'est que le milieu d'une longue vie. Peuples du Nord, heureux de ce mensonge, la plus
1. Gic. pro ClaenU, 61 ; Sen. Ep. 24 ; Jiiv. II, I5î ; Hor. Od. I, 4 ; Pers. V, 15«; Ov. Met. XV, 154; PI. l'A. VII, ôo.
grande des craintes, celle de la mort, ne vous tourmente pas » I Ils s'ingénient même à concevoir une existence future selon leurs désirs, un séjour de bienheureux où seront recueillies les âmes d'élite : rêves charmants, comme ils en conviennent, plutôt que certitudes acquises, somnia optantis, non docentis. Mais c'est là plaisir de sages, placita sapientium. Le reste se préoccupe assez peu de l'au-delà, et n'a qu'un souci : a mettre à profit chaque jour que le destin lui accorde ». Le précepte d'Horace est très à la mode : Carpe diem ^
(( Il faut du ciel à la morale comme de Tair à un tableau », a dit un penseur. Dans cette* atmosphère irréligieuse, froide aux idées nobles, desséchante, le bien ne pouvait pas germer, si belle que fût tombée la semence. Il fallut, pour porter le mal à son comble, que la morale elle-même se fit complice de toutes les immoralités; qu'une doctrine séduisante, l'épicurisme, vînt s'offrir aux Romains et donner à leurs dérèglements un semblant de justification. Son principe était : (( Le plaisir est la fin de tous les biens ». Ses dogmes : « Toute jouissance est bonne ; et, par jouissance, il faut entendre le plaisir sensible, plaisir du goût, plaisir de l'ouïe, plaisir de la vue, plaisir de Vénus, — plaisir du ventre, surtout, le principe et la racine du bien. Toute souffrance est mauvaise; et, pour arriver au terme du bonheur, pour posséder la volupté souveraine, il faut conserver la santé du corps et l'ataraxie de l'àme ». Sa règle, enfin : « L'honnête, la vertu, et les autres choses du même genre doivent
1. PI. l'A. VII, 55 ; Tac., Ann., V, 5; XVI 19; Lucain, I ; Cic. Aead., II, 38; Hor., Orf., I, H.
être prisées, si elles procurent le plaisir; si elles n'en procuraient pas, il faudrait leur dire adieu ^ ».
Aux yeux d'Épicure, la Volupté n'avait pas de meilleures servantes que les Vertus : la logique des élèves fut assez difltérente. « Un philosophe grec, conte Cicéron, s'étant pris d'amitié pour le jeune Pison, commença de lui exposer la théorie épicurienne. Notre jeune étalon eut à peine ouï l'éloge de la volupté, qu'il ne prétendit plus rien entendre. Hennissant au discours du Grec, il crut avoir trouvé dans ce philosophe, non un précepteur de vertu, mais un maître de débauche. L'autre voulait distinguer, expliquer le véritable sens de la doctrine. « Mais, » c'est parfait, interrompt Pison, prenant (comme » on dit) la balle au bond, j'y souscris de tous » points, j'adhère, je signe. Il parle à merveille, » votre Épicure! »... Voilà les épicuriens de Rome, disciples de l'étable et non de l'école, — ex hara, producte, non ex scola, — peut être, mais disciples tout de même ! Ils autorisaient Sénèque à lancer contre le chef de l'épicurisme ces véhéments reproches : « Non, Épicure, ne confondez pas la vertu et la volupté : la vertu est quelque chose d'élevé, de royal, d'infatigable, d'invaincu ; la volupté est basse, servile, fragile, périssable. La vertu est au temple, au forum, à la curie, devant le rempart ; elle se montre couverte de poussière, le visage hâlé, les mains calleuses. La volupté demeure dans les tavernes et dans les lieux de débauche ; elle rôde autour des bains et des étuves ;
1. Guyau, la Morale d' Épicure . Martha, le Poème de Lucrèce,
elle est efféminée, sans nerfs, toute détrempée de parfum et de vin, pâle de ses excès, couverte de fard, plâtrée de couleurs étrangères * » !
Quelle place y avait-il, dans ces âmes sensuelles et voluptueuses, pour le sentiment pur, calme, durable, de l'amour. Ces débauchés pouvaient-ils accommoder le mariage avec leur vie déréglée?... Aussi bien n'y songeaient-ils guère. Ils songeaient, avec le poète, que le mot cœlebs, qui veut dire célibataire, dérive en droite ligne de cœlum, ciel; que le célibat, si facile, si complaisant, si commode, est véritablement le (( Paradis sur terre » !... Le tableau séduisant que, pour les exhorter à prendre femme, l'empereur Auguste faisait du mariage : « N'est-ce pas le meilleur des biens qu'une épouse sage, dirigeant la maison et élevant ses enfants, faisant notre joie quand nous sommes bien portants, nous prodiguant ses soins quand nous sommes malades, prenant sa part de notre bonheur et nous consolant dans l'adversité, retenant les violences du jeune homme et tempérant l'austérité du vieillard épuisé ? )) — ce tableau riant n'était pas fait pour les séduire. Il lui manquait d'ailleurs une qualité, et non des moindres : la vérité. Le portrait ne ressemblait guère au modèle.
l. Cic, in Pis., 16 et l'S ; Hor., J'Jpht. 1,4; Sen. r/c 17/. /tcaf. 7.
La femme romaine. — u Elle fuit son sexe ». — Les femmes et la politique, — La femme nouvelliste. — Les femmes savantes : comment elles comprennent Fétude? ^ La femme et les exercices du corps. — La femme et les orgies masculines. — Le dérèglement des mœurs. — Trois grandes dames : Fausta, Sempronia, Clodia. — Témoignages divers.
Comment la femme romaine eût -elle été fidèle à ses obligations d'épouse et de mère ? Elle n'était même plus capable de remplir ses devoirs de femme, ensuivant le mot du satirique, elle fuyait son sexe, fugit a sexu, pour prendre ce qu'il y a de plus désagréable dans l'autre'.
Suivez-la dans la province, où elle accompagne le proconsul son mari. Cruelle, ambitieuse, avide de pouvoir, elle exige une escorte, elle se fait un prétoire. Les affaires sont par elle évoquées, examinées, résolues ; et ses ordres sont toujours les plus violents et les plus tyranniques. « Femme aux serres crochues », suivant l'expression de Juvénal, elle court les villes et les assemblées provinciales, prête à piller les écus. Tous les hommes perdus, tous les intrigants de la province, s'accrochent à elle ; et lorsqu'un préteur est accusé de concussion, c'est toujours sur son épouse que retombent les plus lourdes charges. Sous le règne de Tibère, le Sénat se voit forcé de décréter « que les magistrats, même innocents, même s'ils ont ignoré les fautes, répondront, comme s'ils étaient personnellement coupables, des accusations portées par les provinces contre leurs
t Juv., VI, r>i; Cf. VI, 285.
femmes ». Et Ton pouvait citer comme une rare exception la tante de Sénèque qui, « pendant seize ans qu'elle habita la province d'Egypte, dont son mari était gouverneur, ne se montra jamais en public, n'admit jamais chez elle un habitant de la province, ne sollicita de son époux aucune faveur, ne permit pas qu'on fît passer par ses mains aucune demande ». Oublieuses de la réserve qui convient à leur sexe, d'autres se mêlent aux soldats, commandent aux centurions, passent la revue des cohortes, font manœuvrer les légions, haranguent les troupes ; et l'on voit, ce qui semblerait de nos jours fort extraordinaire, les officiers et les soldats se réunir pour élever une statue à la femme de leur général. . Un sénateur, Severus Cecina, se plaint amèrement de tous ces abus, et veut qu'on en revienne aux anciens usages : qu'il soit défendu aux magistrats, qui se rendent dans les provinces, de se faire accompagner de leurs épouses. Sans nier la vérité de ses accusations, on lui oppose un argument de première force : « Il ne faut pas, pour éviter les désordres dans la province, favoriser les dérèglements à Rome. C'est à peine si les mariages restent purs sous les yeux du mari. Que serait-ce donc si, pendant plusieurs années, une sorte de divorce séparait l'épouse de l'époux^
A Rome, les femmes sont plus réservées ; elles ne sont pas moins actives. Tacite nous parle d'un certain Fuflus, personnage consulaire, dont le talent consistait à s'attirer leur faveur, aptus alliciendis feminarum animis; et Senèque dut d'être nommé questeur aux
l,Tac., Ann.,lll, 33 et 34; IV, 20 ; Juv., VIII, 127. Cf. Boissier, la rel., rom., t. II.
intrigues de sa tante maternelle. « Ni sa vie retirée, ni sa réserve habituelle qui contraste si fort avec l'effronterie ordinaire des femmes, ni la timidité de sa nature, ni le calme de ses mœurs paisibles et solitaires, n'avaient pu Tempêcher d'intriguer pour son neveu ». Au témoignage d'un moraliste, les mères ne craignaient pas de suppléer à leur capricieuse impuissance de femme par la puissance de leurs fils, de puiser dans leur patrimoine et de fatiguer leur éloquence au service d'autrui »! . , Dans les élections, les femmes ont leur rôle. Elles ne votent pas, mais elles recommandent les candidats. Plusieurs des réclames électorales, qu'on a retrouvées sur les murailles de Pompéî, sont signées d'un nom féminin : Fortunata désire Marcellus. Sema et ses enfants portent Julius. Stratia et Petronia font des vœux pour Casellius et Albucius. . . Elles construisent des temples, des bains, des portiques; elles donnent des jeux ; elles font des distributions de vivres et d'argent ; on leur décerne des remerciements publics et des récompenses honorifiques . . Elles forment des associations. L'une d'elles avait pour objet « la conservation de la pudeur », sodalitas pudicitiœ servandœ : combien ses statuts seraient curieux à connaître ! A Lanuvium, il y en avait une qu'on appelait le a sénat des femmes » ; et ce nom rappelle une institution fort curieuse de Rome, l'assemblée des matrones, conventus matronarum, dont nous ignorons tout, malheureusement, si ce n'est qu'on s'y disputait fort aigrement et même qu'on s'y battait quelquefois. De s'associer à conspirer, il n'y a pas loin ; et l'on vit.
en effet, les femmes jouer dans la conjuration de Catilina un rôle important ^
Ainsi, la Romaine du siècle d'Auguste se mêle aux luttes politiques. Elle prend un intérêt égal aux luttes judiciaires. « Il n'y a pas un procès, dit Juvénal, où ne figure une femme. Manilia accuse ou est accusée. Elles composent et dressent elles-mêmes leurs dossiers, prêtes à dicter aux avocats un exorde, et à leur fournir des moyens » .On la voit aussi faire concurrence ajux nouvellistes masculins, « courir effrontée par toute la ville, se mêler aux groupes des hommes, accoster à la face de son mari les guerriers, la tête haute et la gorge saillante. Elle sait tout ce qui se passe dans l'univers entier, chez les Indiens comme chez les Thraces. Elle a le secret de la belle-mère et du beauflls ; elle vous dira quel est l'amant aimé, quel autre on se dispute, de qui cette veuve est enceinte et depuis quel mois. La première, elle voit la comète qui menace le roi des Parthes et le souverain d'Arménie. Elle court aux portes de la ville recueillir les bruits à leur arrivée. Elle en forge elle-même quelques autres : c'est un fleuve qui a submergé des peuples, c'est une ville qui chancelle, c'est une contrée qui s'affaisse. Et tout cela, elle va le débitant dans tous les carrefours et à qui veut l'entendre^». Journaliste nous l'aurions vue, si le journal eût existé!
Comme ses occupations, ses prétentions sont masculines. Elle veut être savante, et ne réussit qu'à être pédante. «Il n'y a pas beaucoup de Romaines
1. Tac, Ann., V, i> ; Sén., ad Heli., ti et 19 ; Siiét., Galh., 5 ; Snll., Càtil., 23 et '2i. Cf. Boissier, op. cit., et Friedlœnder, t. I.