Cic, Parad., V
Pourquoi on se marie encore. — Mariages de convenances. — Mariages de famille : Hortensius etCaton. — Mariages politiques : les unions de Pompée. — Mariages intéressés : un mari modèle. — Le divorce . facile et fréquent. — L'infortune de TuUia, fille de Cicéron. — La théorie romaine du divorce. — La femme unwira.
Ruinée de toutes parts, Tinstitution du mariage ne se soutenait plus que par la force de l'habitude.
L'habitude s'était conservée de chercher, pour le jeune homme de dix-huit ans, le parti le plus avantageux ; et, dans ces unions contractées sous la pression du père ou de la mère, l'amour n'était pas souvent consulté. « T..., jeune homme honnête et rangé, écrit Cicéron dans une de ses lettres, épousera prochainement Cornificia, laquelle est bien vieille assurément et a été mariée nombre de fois. Mais peut-il être difficile? Sa fortune ne dépasse pas huit cent mille sesterces»! Des qualités intérieures on n'avait cure, et ce que Sénèque dit du mari est également vrai de la femme (ou de leurs parents à tous les deux) : « Un cheval, un bœuf, un âne, des aliments, des vêtements, les objets les plus vils, sont examinés avant d'être achetés : il n'y a que l'acquisition d'une épouse qui se fasse à l'aveuglette. On aurait peur, en vous la montrant, qu'elle ne vous déplaise. Si elle est rageuse, ou orgueilleuse, ou grincheuse, ou tout ce qu'on voudra, c'est après le mariage seulement que vous vous en inquiéterjez, et que vous en serez informés » I II est vrai que, par le divorce, le contrat de mariage était beaucoup plus facilement résoluble que les autres; et qu e l'acheteur ne rencontrait pas, pour se défaire
d'une femme désagréable, les mêmes difficultés de procédure que pour refuser un cheval vicieux. Si, comme il nous le conte dans ses Tristes, Ovide eut le malheur « d'être uni, tout enfant, à une femme indigne de lui et inhabile à ses devoirs d'épouse, nec digna, nec utilis », — il eut la joie, après quelques semaines ou quelques mois d'expérience, de se libérer en divorçant d'une chaîne pénible *
Mais c'est de l'histoire que nous connaissons bien, et qui n'a rien de particulier à Rome, que celle de ces unions de convenances... qui conviennent mieux aux parents qu'aux enfants. Les mariages contractés volontairement, et sans préparation paternelle ou maternelle, par les époux, — je ne dis point : mariages d'amour, car l'amour n'y entrait pour rien, — sont plus curieux à observer et plus significatifs.
A quelles préoccupations ils étaient dus, ou à quelles nécessités ils répondaient, — cela prouve combien une institution, qui doit être, dans une société civilisée, fondamentale, apparaissait à Rome tout accessoire . . . Cicéron, après avoir répudié Te^rentia, donne à sa fille une jeune belle-mère, Publilia, « parce que, dit son historien, cette jeune femme était fort riche et qu'il avait beaucoup de dettes ». Mais les besoins d'argent sont quelquefois si impérieux qu'ils expliquent bien des vilenies. Voici un exemple moins vulgaire et plus surprenant : c'est l'histoire d'Hortensius et de Caton, racontée gravement par Plutarque. Hortensius, l'orateur célèbre, le rival en éloquence de Cicéron, désirait beaucoup
1. Cic, adAtt. XIÏI, 29 ; Sén., de matrim., (Haase, III, 429); Ovid. Trist.
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s'allier avec Caton; il lui demanda la main de sa fille Porcia. — « Comment voulez-vous que je vous la donne ? je ne puis pas sans motif la reprendre à son époux Bibulus ! — Je serais pourtant si heureux de... — Mais encore ». On finit par trouver un moyen de tourner la difficulté. L'ingénieux Caton, ne pouvant pas, ou ne voulant pas, disposer de Porcia contre le gré du mari Bibulus, offrit à l'avocat... sa propre femme, Marcia, dont il était le seul maître et seigneur. Et Hortensius épousa Marcia, qui, avec une inaltérable bonne volonté, se prêta aux desseins des deux grands hommes, — et revint même sans rancune, après la mort de son nouvel époux, prendre sa place au foyer de l'ancien*.
Si bizarre et à la fois caractéristique que soit l'histoire d'Hortensius, elle est surpassée en intérêt par le récit des mariages nombreux de Pompée. Pompée venait d'épouser la fille d'un sénateur, Antistia, lorsque Sylla, qui dictait alors ses lois à l'Italie, le distingua, le jugea propre à donner un appui utile à son autorité, et voulut se l'attacher en le mariant à sa petite-fille Emilia. Il y avait bien à ce projet une double difficulté : Pompée était l'époux d' Antistia ; Emilia était unie à un certain Scaurus et sur le point de devenir mère. Mais la difficulté n'était pas insurmontable. Pompée répudia Antistia ; Emilia donna congé à Scaurus; et le mariage se fit,...' brusquement dénoué, quelques semaines après, par la mort de la jeune femme. Libre de toute préoccupation politique. Pompée se choisit une nouvelle épouse,