Plutarq., Cicéron ; Caton d'Utique
une certaine Marcia. Eloigné d'elle par ses occupations militaires, il ne cessait de soupirer après le jour où « se dérobant à la gloire, il pourrait mener à la campagne, aux côtés de sa femme, une vie douce et paisible )). Mais dès que le vaisseau qui le portait fut en vue d'Italie, il fit signifier à Marcia sa répudiation : le bruit était venu jusqu'à ses oreilles, — et proba-. blement justifié, — que l'épouse profitait de l'absence de l'époux pour mener une conduite peu édifiante. Il attendit, pour contracter un nouveau et quatrième mariage, que le besoin se fit sentir de quelque alliance politique; et l'occasion ne tarda pas. Caton faisait opposition à je ne sais quel de ses projets : pour désarmer cette opposition, il lui fit demander la main de ses deux petites filles. Tune pour lui, l'autre pour son fils. Mais Caton, l'intègre sénateur , ne voulait pas, dans sa famille, d'un homme qui lui paraissait conspirer contre la République, et refusa net... Refus dont se consola fort aisément Pompée : car il lui permit de jeter ses vues, alors que l'astre de César commençait à poindre, sur la fille même du conquérant des Gaules. Julie était fiancée ; mais ce n'était point un obstacle sérieux pour celui qui avait épouse une femme mariée et CAceinte. Il suffit, pour calmer le fiancé éconduit, que Pompée lui donnât sa propre fille : à l'heure où l'un et l'autre des deux futurs ennemis jouissait d'une égale puissance, la fille de Pompée valait exactement la fille de César... Julie mourut à temps, au moment où l'alliance entre le beau-père et le gendre étaient sur le point de se dissoudre. Elle fut la dernière victime que Pompée sacrifia sur l'autel de la politique.
Gornelia, qu'il épousa après la mort de Julie, fut épousée pour elle-même. Mariage d'amour, auquel cette femme héroïque rapportait toutes les infortunes de Pompée, lorsque, voguant sur l'Adriatique, elle se lamentait : « Hélas 1 cher mari, c'est bien une œuvre de mon sort et non du tien, que je te voie maintenant réduit à un seul pauvre petit navire, là où, devant que tu épousasses la malheureuse Cornelia, tu pouvais cingler avec cinq cents voiles ! Hélas 1 tant j'eusse été plus heureuse, si je fusse morte avant la mort de mon premier mari, Publius Crassus, que les Parthes me tuèrent ! Et tant j'eusse été plus sage, si, comme j'en fus à propos, j'eusse abandonné, incontinent, ma vie après lui, là où je suis demeurée pour porter • malheur au grand Pompée * » !
Il n'y a, dans l'odyssée matrimoniale de Pompée, rien d'exceptionnel. Son maître en politique, le dictateur Sylla, s'était marié cinq fois. Son rival César, qu'on avait surnommé « le mari de toutes les femmes », fut l'époux légitime de quatre matrones. Ses contemporains, Cicéron et Caton, Octave et Antoine, contractèrent chacun trois mariages. Tous les personnages illustres de cette époque ont été plusieurs lois mariés, . . ou sont restés célibataires.
Est-ce le privilège de la célébrité ou de la noblesse? Un obscur citoyen de Larinum, dont l'existence nous est connue toute entière par un plaidoyer de Cicéron, a eu successivemenj six femmes ; et Cicéron, son adversaire, ne lui fait pas le plus léger reproche sur le nombre de ses unions. Il blâme seulement les circons-