‹ La fin d'un peupleChapitre 122 sur 166 · Plutarque, Vie de Paul-Émile · texte numérisé non relu

Plutarque, Vie de Paul-Émile

LES PRIVILÈGES DE l' H ORBITAS » 235

on lui fera un titre d'honneur (et des plus insignes) d'être restée univira *.

De l'époque où l'on se mariait tant de fois, à l'époque où l'on ne se maria plus du tout, la transition fut naturelle et le passage rapide. Puisque la chaîne était si lourde à porter, qu'on aspirait à s'en défaire aussitôt qu'on se l'était attachée, pourquoi ne pas s'en affranchir tout de bon, et une fois pour toutes ? — On en était encore à la première étape au temps de Cicéron. Quelques années plus tard, au temps où se lamentait Auguste, le pas était franchi.

I. Les prœmia orbilatis. — .Leur cause. — Combien Vorbua est choyé t — Petits soins et cadeaux multiples. — Il a Foreille des jugesf. — Et les faveurs de Tempereur. — Comment il entretient les espérances. — Unfaisiceau de témoignages.

II. Conséquences. — Le bonheva* de perdre son fils ! — Suppression morale : haine simulée. — Suppression matérielle. — L'exposition et les classes riches. — L'avortement. — Vimprudente Corinne. — La stérilité voulue.

I. La dernière considération qui aurait pu retenir les Romains dans la voie du mariage, c'était la pensée des enfants à venir. On va voir qu'au contraire elle contribua à les en éloigner.

Pour les vieux citoyens de Rome, la perpétuité de la famille était un article de foi. La nécessité de laisser après soi un fils, qui continuât le culte du foyer, s'imposait à tous les esprits, parce que c'était la condition même du bonheur futur. « Il n'est pas

1. Suét., Ces. 74; Plut., Sylla; Cicéron; Cic, ad Att. XIII, 2».

un homme, disait un vieil écrivain, qui, sachant qu'il doit mourir, ait assez peu de souci de soimême pour laisser sa famille sans descendants : car il n'y aurait alors personne pour lui rendre le culte qui est dû aux morts ». Mais ce sentiment, qui avait aux premiers temps de Rome la force d'un dogme, n'était même plus compris au siècle d'Auguste. « S'imagine-t-on, écrit Plutarque, que les parents élèvent des enfants par la crainte de manquer d'héritiers ? La mauvaise plaisanterie ! Comme s'il ne se trouvait pas assez de gens pour recueillir une succession étrangère * » ?

A cette idée antique du devoir religieux, les marieurs essayèrent bien de substituer l'idée plus moderne du devoir civique. Le censeur Quintus Metellus disait, dans une curieuse harangue qu'Aulu- Gelle nous a conservée : « Romains, si nous pouvions nous passer d'épouses, assurément, il n'y a personne parmi nous qui voudrait s'embarrasser d'une telle charge. Mais puisque la nature a ainsi arrangé les choses qu'on ne peut, ni vivre heureux avec elles, ni subsister sans elles, nous devons préférer le souci de la conservation de Rome à la réalisation de notre félicité passagère » ! Argument dont les prémisses furent très applaudies, mais dont la conclusion fut peu goûtée. Les oreilles romaines étaient hermétiquement fermées à toute exhortation morale ; et d'ailleurs, dans la théorie nouvelle , chaque citoyen pouvait en définitive se rabattre sur le voisin, et

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