‹ La fin d'un peupleChapitre 123 sur 166 · Plut., de am. prol. ; Fust de Coul., la cité antique · texte numérisé non relu

Plut., de am. prol. ; Fust de Coul., la cité antique

LES PRIVILÈGES DE l' (( ORBITAS )) 237

tous se laisser réciproquement les uns aux autreë le soin de conserver Rome aux temps futurs.

11 n'y avait donc plus d'autre stimulant à la paternité et à la maternité que le désir individuel, — et ce besoin intime de se reproduire, de se prolonger dans la vie d'un enfant, de se créer à soi-même un objet d'affection pure et désintéressée, que Dieu a mis dans le cœur de l'homme... Mais ce désir s'est lui-même très affaibli, dans ce milieu de démorali-sation générale, et sous l'influence pernicieuse des mœurs publiques, qui font de la situation de célibataire, veuf ou époux sans enfants, une situation privilégiée.

Déjà ces privilèges de ïorbitas , l'existence agréable de Vorbus et de ïorba, se trouvent indiqués dans les comédies de Plante et notamment dans son Soldat fanfaron. A un ami qui lui disait : « C'est pourtant une tâche honorable, quand on est bien né, d'élever des enfants qui soutiennent notre nom et celui de nos ancêtres», - le héros. de la comédie réplique: « Quand j'ai tant de parents, qu'ai-je besoin d'enfants? Je vis heureux et tranquille, à ma façon, et maître absolu. Mes parents ont soin de moi, s'intéressent à toutes mes actions, préviennent mes désirs. Ils sont là, avant le jour, pour me demander si j'ai bien dormi la nuit. Ils m'envoient des cadeaux. S'ils font un sacrifice, ils me réservent la meilleure part de leurs prières et m'invitent à manger les entrailles de la victime. Ils me paient à dîner et à souper chez eux; ils dînent et soupent avec moi quand j'ai besoin de compagnie.

238 CHAPITRE QUATHIEME

Celui qui me doooe le moins est désespéré. Ils luttent de libéralité^ ».

Le prix de cette lutte, — les mœurs n'ont pas tellement changé qu'il soit nécessaire de le nonmier : c'est un héritage. Mais ce que nous ne soupçonnerions point sans la lecture des textes, ce que nous aurions peine à croire si les témoignages n'étaient si nombreux^et si formels, c'est l'ardeur avec laquelle cette course aux héritages était poursuivie. C'est le nombre des coureurs qui se lançaient dans la carrière : non pas seulement les parents du futur decujus, mais une foule d'étrangers et d'inconnus ; non pas seulement des coureurs d'occasion, mais des coureurs de profession. C'est enfin (et, à ce point de vue surtout, elle est intéressante pour nous), la multiplicité et l'importance des avantages qu'en retiraient les personnes même dont la succession était recherchée.

Combien lorbtis était choyé : de quels petits soins il était entouré, de quelle tendre sollicitude sa vie était l'objet, - les écrivains de l'époque nous en fournissent de curieuses marques. C'est à qui, parmi la multitude de ses amis, le suppliera de soigner sa petite santé, pelliculam (littéralement « sa petite peau ») ; de se. protéger contre les intempéries ; de bien couvrir sa tète précieuse, carum ca^put. Que si, dans une promenade où il daigne accepter leur humble compagnie, la foule devient encombrante, ils lui feront un rempart de leur corps et le tireront de la presse. Tombe-t-il malade ? Tandis qu'en secret ils soupirent après la venue de la Parque, ils prodigueront les

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