Suét., Tibère, 49 ; PI. l'A., XX
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rappelle la dignité de son rang ». Voilà la donnée, et voici le décor : « Conformément à cette leçon, nous recommandons à Eumolpe de tousser fréquemment, de se plaindre sans cesse d'un estomac délabré, de ne s'accommoder devant le monde d'aucune espèce de mets. Qu'on le voie toujours assis devant ses registres. Qu'à chaque nouveau-venu il retouche son testament' »... Ce n'est là qu'une charge, je l'accorde, mais qui nous permet, comme toutes les charges, de saisir les traits principaux, les grandes lignes, de la vérité.
... De cette vie privilégiée de Vorbus, qu'à l'aide de petits traits ou de menus faits empruntés à ce qui nous reste des œuvres littéraires de l'époque, nous avons essayé de reconstituer, le témoignage pareil des historiens et des moralistes les plus divers nous offre comme une éclatante synthèse. Tacite, écrivain grave entre tous, revient à plusieurs reprises sur ce qu'il appelle « le prix de Vorbitas », orbitatis pretia ou prœmia, fait quelque part cette remarque (très intéressante parce qu'elle nous montre combien le mal était profond) : « Être riche et n'avoir pas d'enfants, c'est dans les bons comme dans les mauvais jours, une situation avantageuse ». La même observation vient sur la plume de Pline l'ancien, dans cette compilation qui s'appelle l'Histoire naturelle, incidemment et comme en passant : « Vorbitas est une puissance »> 1 Commentant, dans un de ses traités de morale, le vers d'Euripide que
l'or procure aux mortels, puissance, amis et gloire, 1. Mart., Il, 26; XI, 67 ; XII, 73 ; Sen.r Brev. vit., 7, 3; Petr. Satyr. 117.
Plutarque fait soigneusement cette restriction : « Cela n'est pas généraléhient vrai : cela n'est vrai que pour les hommes qui n'ont point d'enfants». Un autre moraliste, qui devait être très bien informé, mais qui aurait pu se taire, s'il est vrai (comme le prétendaient ses contemporains) qu'il fu.t un coureur d'héritages et sut prendre dans ses filets plus d'un riche orbus^ Sénèque, nous parle aussi de « l'empire que donne une vieillesse sans enfant», regfnum orbœ senectutis. Et, pour ternainer cette série de témoignages par celui de l'écrivain le moins défavorable à son époque, de l'homme qui voit la société où il vit sous des couleurs d'ordinaire aimables, — Pline le Jeune nous décrit avec une force singulière l'étendue du mal, lorsqu'il déclare que « faire un cadeau à une personne riche et sans enfant est une action malhonnête » ; lorsqu'il appelle un homme rare, « celui qui, parmi les obligations d'un bon citoyen, compte celle de donner plusieurs sujets à l'état, dans un siècle où il est si avantageux de n'avoir pas d'enfants^ que Ion ne veut pas même un fils unique^ )).
II. — S'il est si avantageux de n'avoir pas même un fils unique (je reprends le mot de Pline), lorsque . vous ave^ le malheur d'en avoir un, ce qui peut vous arriver de meilleur, n'est-ce pas de le perdre? Oui. Et voilà précisément ce que dit Sénèque, et non pas dans une de ses amplifications philosophiques,^ mais dans une de ses consolations. Il s'adresse à une mère; il essaye d'adoucir la douleur que cause à cette mère
1. Tac., Ann., I, 73 ; XIII, 42 ; PI. l'A., XIV, 1 ; Plut., de am. proL, 4 ; Sen., Const. sap., 5 ; Ep. 19, 68, 95 ; PI. J., IV, 15.
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la mort de son fils ; il ne trouve rien de plus fort que ceci : « Console-toi, car dans notre cité on gagne à voir mourir ses enfants plus d'avantages que Ton n'en perd ». Et pour nous paraître fort mal à sa place, l'observation n'en est pas -moins vraie. Tandis qu'au témoignage d'un historien du second siècle, (( beaucoup de gens, qui se voyaient entourés d'une foule d'amis et de courtisans, ont perdu par la naissance d'un seul enfant leurs amis et leur crédit », la perte d'un fils unique amenait des revirements inverses d'opinion. « Régulus, écrit Pline dans une de ses lettres, vient de perdre son fils. On se rencontre en sa demeure de tous les endroits.de la ville. Chacun le déteste, chacun le hait, — et chacun de courir chez lui, de lui faire la cour, bien qu'il soit logé au bout du monde, au-delà du Tibre, et bien que nous jouissions en ce moment d'un temps de chien » ! C'est exactement le même revirement que produit l'acquisition d'une grande fortune, et que nous marque Tacite, parlant d'une femme « qui fut toute puissante après avoir été honnie de tous, parce qu'elle devint riche grâce à un heureux mariage, et qu'elle resta sans héritier^ ».
Poursuivons. Les gens qui n'ont point la « bonne fortune » de perdre leurs enfants, peuvent aider le sort et les supprimer moralement : ils n'ont qu'à feindre de les haïr et d'avoir effacé leurs noms sur leur testament. Et c'est en effet le calcul que Sénèque, dans sa Consolation à Marcia, et Lucien, dans un de ses Dialogues, nous montrent chez quelques pères,