‹ La fin d'un peupleChapitre 128 sur 166 · Sen. ad Marc, 49; PI. J., IV, 2; Tac, Hist. I · texte numérisé non relu

Sen. ad Marc, 49; PI. J., IV, 2; Tac, Hist. I

qui trouvent là un moyen commode de profiter, sans y avoir droit, des avantages de Vorbitas... Quittes à se rappeler, avant de mourir, les devoirs de leur paternité, et à frustrer, aux applaudissements de la galerie, « toutes les espérances sordides, par un testament où règne la tendresse paternelle* ».

Mais on ne reculait pas devant des moyens plus violents ; et on allait,— les lois y aidant par leur insuffisance, -- jusqu'à la suppression matérielle de Tobstacle.

J'ai déjà parlé de l'usage barbare de Vexposition, et montré qu'il était employé surtout par les pauvres, par (^ux à qui l'impossibilité de gagner leur vie et l'insuffisance des secours publics ne laissaient pas la faculté d'élever leurs enfants. Mais de nombreux faits prouvent que les misérables n'en avaient pas le monopole... De ces nouveau-nés, dont parle Ovide, qui

Furent jetés, portant la faute de leurs mères,

En pâture, aux oiseaux de proie, aux dents des chiens,

il y en eut de sang impérial ! Auguste défendit de reconnaître et de nourrir l'enfant de sa petite-fille Julie, et Claude fit jeter sa fille Claudia nue devant la porte de son palais, parce qu'il la soupçonnait d'être le fruit d'un commerce criminel. Les citoyens moins illustres usèrent, dans les mêmes circonstances, des mêmes cruautés,... quand les coupables ne prenaient pas la sage précaution de faire d'avance disparaître les traces de leur faute. — Mais il ne fallait pas d'aussi graves motifs pour que les gens aisés supprimassent, par le procédé légal de l'exposition, un enfant qui ne leur

1. Luc, Dial. d. M., VI ; S«ii., ad Mare., 19; PI. J., VIII, 18.

LES PRIVILÈGES DE l' (i ORBITAS » 247

plaisait pas. Daphnis, le héros du célèbre roman de Longus, a été exposé parce que son père, un riche citoyen de Mitylène, avait déjà trois enfants, et estimait que « trois enfants lui seraient suffisante lignée ». Et l'empereur Auguste manqua d'être rejeté, le jour de sa naissance, par l'autorité paternelle. « Ce jour-là, conte Dion, le père du futur imperator, Octavius, rencontra Figulus, l'homme du tem^p qui connaissait le mieux l'astrologie, et lui apprit l'heureux événement. Figulus s'écria : « Tu viens de nous donner un maître « ! Troublé par cette parole, Octavius voulait rejeter l'enfant, mais il en fut dissuadé par l'astrologue »... Si la légende de Dion n'est pas plus vraie que la fiction de Longus, l'une et l'autre prouvent du moins que les mœurs s'accommodaient, aussi bien que les lois, de l'exposition des enfants, même riches. Et il n'est peut-être pas téméraire de penser que ce procédé barbare fut usité, par des pères qui ne voulaient pas l'être, pour se conserver les privilèges de Vorbitas^.

Mais je veux bien qu'il fût rarement employé à cet effet. Les matrones romaines en avaient un autre, plus périlleux mais aussi plus sûr, plus intime et secret dans sa préparation et plus radical dans ses fins, plus aristocratique enfin car il était trop coûteux, si nous en croyons Juvénal, pour pénétrer sous le toit de la plébéienne. L'exposition ne devait être qu'une dernière ressource, si le moyen que je viens

1. Ovid., ffér. XI ; Suét., Aug. 65 ; Claud. 27 ; Long., IV; Dio, XLV, l ; Plaul. et Ter., pass. *

246 CHAPITRE QUATRI&fE

de dire n'avait pas pu être employé, ou s'il n'avait point réussi,

Si Fenfant trop plein de vie.

Résistait aux efforts de Tart! 1

L'avortement, dont il faut bien dire quelques mots, car il eut certainement sa part dans la dépopulation des classes riches à Rome, n'était point à l'époque d'Auguste^ puni par la loi. Cicéron rapporte, comme une chose extraordinaire, que, pendant son séjour en Asie, une femme de Millet qui avait, gagnée par des héritiers collatéraux, détruit à l'aide de potions meurtrières le fruit qu'elle portait dans son sein, fut poursuivie et condamnée à une peine sévère^. Quant aux mœurs, elles ne paraissent pas bien précises. Il y a un cas où elles ne désapprouvent pas, — c'est lorsque la mère a déjà une nombreuse famille, et qu'un enfant de plus l'encombrerait. Pline l'Ancien, décrivant un procédé abortif , dit : « C'est le seul que je recommande aux femmes qui. surchargées d'enfants par leur fécondité, ont besoin de se faire avorter ». Si elles blâment dans les autres cas, c'est plutôt pour les dangers qu'entraîne l'avortement, que pour l'avortement lui-même , et l'on trouve, ce me semble, la mesure exacte des idées dominantes de l'époque dans une page curieuse des Amours d'Ovide. Corinne, cette charmante Corinne que le poète idolâtrait, et sur laquelle le mystère a toujours plané, même chez les contemporains, était devenue féconde : le poète n'y était point d'ailleurs étranger,

ex me conceperat, — aut ego credo î

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