‹ La fin d'un peupleChapitre 129 sur 166 · Cic, pro Clucntio · texte numérisé non relu

Cic, pro Clucntio

LES PRIVILÈGES DE t! (( ORBITAS )) ' 249

Cette fécondité ne lui plaisait guère ; et, « craignant, si elle laissait les choses suivre leur cours, que ses flancs ne devinssent sillonnés de quelques rides », elle voulut se débarrasser du fardeau qu'elle portait dans son .sein. Ovide l'apprend et se fâche; il lui conseille, après une telle épreuve', de se bien garder d'en tenter une nouvelle... Mais la raison de sa colère, c'est que souvent la mère, en voulant étouffer sa postérité, périt elle-même, ipsa péril ; c'est que Corinne a mis ses jours en péril :

In dubio vitœ lassa Corinna jacet.

Il n'eût rien dit, si l'amante dénaturée avait usé du procédé très inoffensif recommandé, quelques années plus tard, par Pline l'Ancien. « Dans une espèce d'araignée-phalange velue et à tête très grosse, se trouvent deux petits vers, lesquels ont pendant une année la propriété, si on les met sur le sein d'une femme dans de la peau de cerf avant le lever du soleil, de la faire avorter * »...

Permis ou défendu, blâmé ou toléré, l'avortement fut, on n'en preut point douter, dans la société corrompue de Rome, d'un fréquent usage. D'après l'histoire ou d'après la légende,, il y avait eu une époque reculée, où les matrones, pour se venger de leurs époux en les privant de leur postérité, s'étaient mises d'accord pour le rendre universel ; et, en vérité, il semble que les dames de l'empire, pour un but autre et sans s'être concertées à l'avance, exécutaient à nouveau l'horrible projet. Si nous ne pou-

1 Ovid., Amours, II, 13 et 14. PI. l'A., XXIX, 27.

i vons pas ajouter une confiance illimitée aux affirma-

j lions de Juvénal. s'il y a quelque exagération dans le

, vigoureux tableau qu'il nous trace :

Oh ! non ! Des femmes qui souffrent Tenfantement, Sur la pourpre^ sur Tor du riche, on n*en voit guères,

iSi puissant est le fer ou le médicament Qui fait mourir les fils dans le sein de leurs mères.

nous ne pouvons récuser le témoignage de Sénèque, — de Sénèque qui félicite une mère, sa propre mère, (( de s'être distinguée de la foule des femmes, en n'étouffant jamais dans ses entrailles les espérances déjà conçues de sa postérité^ » !

Mais le moyen le plus assuré, — pour celui qui voulait jouir en toute tranquillité des avantages de la situation d'orbus, — de n'être point exposéà rencontrer Tobstacle d'un fils ou d'une fille, ce fut encore de ne pas s'exposer à le créer. Il suffit de prévenir le mal pour n'avoir pas à le supprimer. J'estime que ce fut là une des considérations qui poussèrent les Romains à ne plus contracter de mariages. Dans les mariages contractés, elle conduisit à cette stérilité voulue, que notre époque connaît bien, et que Rome connut avant nous. (( Il ne faut pas qu'une femme soit à charge à son mari, ni l'appauvrisse en lui donnant plus d'enfants qu'il n'en veut avoir »>, disait Hortensius àCaton, posant un principe dont l'application dut s'étendre, à mesure que s'accroissaient les privilèges de Vorbitas. Le limite, dès qu'elle fut admise, ne tarda pas sans

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