Gic, pro Mur.y 12 ; Ulp., XI, I ; Gaius, I
que c'était son propre héritage qu'il gardait. Elle se reposait eu lui, sûre que sa confiance ne serait point trompée. Elle avait compté sans la transformation de la tutelle.
Tant que le tuteur est un agnat, c'est-à-dire un des héritiers présomptifs de la femme, on comprend que la tutelle soit sérieuse ; mais le jour où Ton aura remplacé cet agnat par un étranger, par quelqu'un qui n'a aucun intérêt personnel à empêcher le gaspillage, — Vauctoritas du tuteur ne sera plus qu'une vaine formalité. C'est ce qui est arrivé. Le père qui, souverain dans sa maison, disposant comme il lui plaît du patrimoine domestique, peut priver son fils de toute part héréditaire, peut a fortiori priver le fils de tout droit de contrôle et de surveillance sur la part héréditaire de sa sœur : il peut, par son testament, donner à sa fille un tuteur étranger à la famille, et l'affranchir ainsi de la tutelle de son frère. Un de ces courants généreux, qui soufflent à certaines époques de l'histoire d'un peuple, entraîna de nombreux pères à user de ce droit.
Impuissant à remonter ce courant, le législateur chercha à lui susciter des obstacles. Il songea d'abord à se faire le tuteur de toutes les femmes, en limitant par une loi leurs dépenses.
L'occasion se présenta. En l'année 539, Annibal était au cœur de l'Italie : vainqueur à Cannes, maître de Tarente et de Capoue, il menaçait de marcher sur Rome. On achetait, pour les armer, des esclaves dont le prix ne devait être payé à leurs maîtres qu'après la guerre ; les sénateurs offraient au trésor tout leur argent, les veuves et les orphelins y déposaient leur
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offrande, il est probable que les matrones montrèrent un moindre empressement, car il fallut une loi (portée par le tribun Oppius) pour leur défendre « de garder chez elles plus d'une demi-once d'or, de porter sur elles des vêtements de plusieurs couleurs, de faire usage de voitures ». Lorsque la victoire et la paix eurent ramené la prospérité dans Rome, les femmes réclamèrent l'abrogation de la loi Oppia. Sur les vives instances deCaton, le Sénat essaya de leur résister ; mais elles firent si bien, assiégeant toutes les rues, descendant au Forum, menaçant de se retirer sur le mont Sacré qu'elles eurent gain de cause.
Et, en vérité, c'était une entreprise impossible que de vouloir mesurer les dépenses féminines. « La » parure, les ornements, l'élégance, disait-on, n'est ce » pas le propre de la femme ? n'est-ce point sa seule ») jouissance, toute sa gloire » ? Et encore : « Quel ne » serait pas le dépit de la fière Romaine, et sa colère, » de voir sur le vêtement des provinciales l'étalage » d'or et de pourpre, d'être éclaboussée par les roues ») de leurs voitures?... Les hommes eux-mêmes » voudraient-ils que les housses de leurs chevaux » fussent plus riches que les robes de leurs épouses »? — Mais surtout, il y avait bien mieux à faire. Le meilleur moyen d'arrêter le luxe de la femme, c'était d'en tarir la source.* Pour les empêcher d'acquérir par leurs richesses trop d'influence, il n'y avait qu'à les empêcher d'acquérir trop de richesses : au lieu de limiter leurs dépenses, limiter leur enrichissement. Et comme la voie la plus large par laquelle les patrimoines s'accroissent est le testament, on fit
la loi Voconia, en vertu de laquelle nulle femme ne pouvait être instituée héritière, ni recevoir par legs plus de biens que n'en recueillait l'héritier institué. Cette loi, faite au témoignage de Cicéron dans l'intérêt des hommes, Caton, l'âpre adversaire et le persécuteur infatigable des femmes, avait mis à la défendre, malgré ses soixante-cinq ans, « toutes les ressources d'une voix forte et d'une rare vigueur de poumons * j» .
La mesure était fort habile : par cette combinaison de la tutelle avec la loi Voconia, la femme était toujours prise d'un côté... Pour qu'elle recueille intégralement la fortune de son père, il faut qu'elle soit restée sous sa puissance jusqu'à sa mort, et qu'il n'ait point fait de testament : mais alors, au décès de son père, et puisque celui-ci, n'ayant pas fait de testament, n'a pas pu nommer un tuteur testamentaire, elle se trouvera placée sous la tutelle perpétuelle de ses agnats. Peu importe qu'elle s'enrichisse, puisque tous les biens qu'elle acquiert seront, par l'effet de la tutelle, étroitement surveillés et comme immobilisés entre ses mains . . . Pour qu'elle échappe à cette surveillance des agnats et devienne maîtresse de ses biens, il faut que son père ait nommé un tuteur testamentaire, donc qu'il ait fait un testament : mais par testament, elle ne peut, en vertu de la loi Voconia, recueillir qu'une part très amoindrie, jamais plus de la moitié, de la succession. . Elle ne conserve la plénitude de ses droits que si elle n'a pas la libre disposition de ses biens ; et, si elle