Liv. II, 33; III, 55; Diod. de Sic. XII
14 CHAPrntE PREMIER
Seconde revendication de la plèbe : la question des terres publiques, — Les conquêtes et Vdger publicus. — Assignation et occapation. -— Le consul Spurius Cassius. — Ajournement de la solution.
Voici donc que la petite propriété a brisé la première entrave, l'usure, et s'est dégagée de l'atmosphère de dettes où elle se mourait. Elle songe maintenant à se développer. Sûr de conserver l'humble portion de terres arrosée de sçs sueurs, le paysan romain veut en acquérir d'autres, non point pour lui, mais pour sa postérité Car les deux ou trois jugera (un jugerum est le quart d'un hectare), qui suffisent à nourrir avec le père et la mère les huit ou dix enfants qui les entourent, lorsque cette jeunesse aura grandi et fondé de nouvelles familles, lorsque se seront décuplées les paires de bras solides et les bouches affamées, ne seront-ils pas trop étroits? C'est aux terres de Vagcr publicm, c'est-à-dire aux terres prises sur l'ennemi que la plèbe va demander ce supplément de jugera que le développement de ses familles rend nécessaire.
Toutes les fois que Rome fait une conquête, il y a acquisition de territoire plus ou moins considérable, suivant les circonstances de la guerre et les conditions de la paix, pour son domaine public. De ces terres, il y en a une part qui reste à la disposition de tous, comme nos communaux : les prairies où chacun peut mener paitre ses bestiaux, les forêts où chacun peut glaner sa provision de combustible. ..
On mettait le reste entre les mains des particuliers, mais par deux modes très distincts.
Par le premier de ces deux modes, par Vassignartion^ l'Etat découpait ses terres en lots de petite dimension et permettait à chaque citoyen, ou à tel ou tel citoyen déterminé, de s'approprier l'un de ces lots. C'était la naissance de petits propriétaires. Elle avait été pratiquée fréquemment sous les rois. « Tullus permit qu'on fît le partage d'une fertile campagne que ses prédécesseurs s'étaient réservée, entre ceux qui n'avaient point de fonds ». a Servius Tullius, au début de son règne, fit une assignation de terre aux pauvres citoyens qui n'avaient point de fonds propres à cultiver » . . Depuis l'aristocratique révolution qui renversa Tarquin, elle n'est plus usitée, ou elle ne l'est que dans des circonstances très exceptionnelles, à titre de récompense nationale. Horatius Coclès, le héros fameux de la guerre étrusque, reçoit autant de terres « q'ue ce qu'une charrue peut en un jour enfermer dans le cercle de son sillon ». Cadeau de même importance est fait à son rival en gloire Mucius Scœvola. Deux latins, pour avoir dévoilé le secret d'une conspiration, reçoivent chacun vingt jugera de l'ager^. Et voilà tout ce que les historiens nous disent de l'assignation, à une époque où Rome ne cesse d'agrandir son domaine, où Volsques, Veiens, Etrusques, ont été tour à tour vaincus et forcés de céder partie de leur territoire.
C'est que l'autre mode d'exploitation privée. Toccupation, est en faveur. L'occupation diffère de l'as-