Ovid., Amor, II
JuvéDal s'est chargé de nous le dessiner en traits immortels : « Dès qu'elle sentait dormir son époux, l'épouse effrontée s'enveloppait d'un obscur vêtement et s'échappait seule avec une confidente ; puis, dérobant sous une perruque blonde sa noire chevelure, elle se glissait, à la faveur d'un déguisement, dans un bouge immonde, où l'attendait une loge vide et qu'elle s'était réservée. Là,... ». Mais le reste est intraduisible *.
Au lieu de légiférer sur l'immoralité des femmes, pourquoi les empereurs ne surveillaient-ils pas mieux leurs propres ménages? Mais ils étaient si occupés à troubler les ménages d'autrui ! « Caligula, dit Suétone, (sans compter le reste), ne respecta aucune femme de distinction. Il les invitait à souper avec leurs maris, les faisaient passer et repasser devant lui, les examinait avec l'attention minutieuse d'un marchand d'esclaves ; et si quelques-unes baissaient pudiquement la tête, il la leur relevait avec la main. Quand l'examen était fait, il passait dans la chambre voisine, et. » je vous laisse à penser le reste. L'exemple d'Auguste serait plus édifiant encore ; mais, du chapitre que Suétone lui consacre, la plume se refuse à transcrire la moindre ligne. Il n'y a pas un des héritiers de César, jusqu'aux Antonins, qu'on n'aurait pu, comme César lui même, surnommer le mari de toutes les femmes ; et le mot de Tacite sur Domitien : « Il ne s'occupait point alors du gouvernement et ne se montrait fils d'empereur que par ses débauches et par ses adultères », résume bien la moralité impé-
1. Suét., Aug. Gi ; Claud., W ; Doin., 3 ; Tac, Ann., VI, 40 ; Juv , VI, 115 el s.
riale. Néron ne faisait, en somme, qu'exagérer les privautés de ses prédécesseurs, lorsque, sur les berges de l'étang d'Agrippa, ou sur les rives de Baies, ou tout le long du Tibre jusqu'à Ostie, il faisait établir des lupanars où les femmes les plus illustres de Rome, empruntant les manières et le langage des prostituées, le sollicitaient d'aborder '...
Et c'est ainsi que les empereurs travaillaient à la (i régénération des mœurs ». Mais l'institution du mariage elle-même, voyez comme ils la respectaient I Auguste avait l'excuse de la jeunesse quand il enlevait, pour Tépouser, Livie à Tibérius Néron ; mais lorsqu'il forçait son fils d'adoption Tibère à répudier Agrippine et l'unissait à la seconde Julie, sa petite flUe, il méconnaissait sciemment, pour un intérêt de famille ou de politique, la sainteté du lien conjugal et préparait les désordres de ses successeurs . . De Caligula, Suétone écrit : « Il contracta plusieurs alliances ; mais on ne saurait dire ce qui fut le plus honteux, ou leur cause, ou le temps de leur durée ou leur rupture ». Un jour, il assiste aux noces d'un de ses amis : il trouve la jeune épouse à son goût ; il l'emmène et fait afficher le lendemain qu'il s'est marié comme Romulus et comme Auguste! Une autre fois, il fait venir, du fond de la province où commandait son mari, l'épouse d'un proconsul, (i parce qu'elle avait été dans sa jeunesse la plus belle femme de Rome »; il l'épouse et ne tarde pas à la renvoyer, en exigeant qu'elle lui reste fidèle!... Domitia, l'amiante de l'histrion Paris, était mariée à un certain
■ 1. Suét., Affg., CO : Claud., S3 : Crt/ , 45 ; tac, Ann.,\l, I ; XV, il; Hist., IV,2.
Elius Lamia, lorsque Domitien la distingua et la fit son épouse; et comme le frère de Domitien, Titus, engageait Lamia à prendre une autre femme, celui-ci lui dit ironiquement : « Vous voulez donc aussi vous marier » ? Quand l'empereur Claude devient l'époux de sa nièce Agrippine, le Sénat publie à haute voix sa discrétion : a II ne prend la feçime de personne! Il veut bien n'épouser qu'une veuve! Il n'a jamais épousé la femme d'autrui ^ ».
Rappelons-nous cette grave remarque de Tacite : a Le désir de plaire et de ressembler au prince est plus fort que la crainte des châtiments et des lois^ )>.
II. — De telles unions, il est aisé de le concevoir, n'étaient point de nature à ralentir beaucoup la dépopulation; et, comme dit Plutarque. on se mariait pour être héritiers, non pour avoir de§ héritiers. Ces Romains qui, pour plaire à la loi, consentaient à dire un « oui » sans conséquence, n'étaient pas si facilement disposés à s'embarrasser pour toute leur vie d'un enfant. Dans le tableau, que l'auteur du Satyriçon fait de Rome sous le règne de Claude, se lisent ces lignes : (c Tous les habitants de cette ville se divisent en deux catégories : les courtisans et les courtisés. Personne n'y élève de famille, car quiconque a des héritiers naturels se voit exclu des festins et des spectacles ; tous les avantages de la société lui sont interdits; il est perdu dans la canaille. Ceux, au contraire, qui ne se sont pas mariés ou qui n'ont pas d'héritiers proches, parviennent aux plus hautes