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Pline, \, 2 ; Murt., II

Conclusion

LA FIN d'un PEU!» ce

c Home, vide de ses enfants, et remplie de la boue du monde » ! — LMmmigration étrangère. — L'invasion grecque décrite par Ju vénal. — Les Juifs à Rome. — Le Sénat et TEmpire. monopole des provinciaux. — Les affranchis. — L'orgueil déplacé de « ceax qui ont respire dans leur enfance Tair de TAventin ». — Les affranchis dans la populace mendiante de Home. — L'ascension par le travail des esclaves commerçants, artisans, boutiquiers. — Richesse et puissance des affranchis. — Leur grand nombre comparé à celui des ingénus. — Combien d'ingénus sont eux-mêmes fils on petils-fils d'escla%'es. — L'Italie a cessé d'enfanter et n'est plus qu'une marâtre, noverca. — Preuve tirée de l'histoire littéraire de Rome. — Tous les écrivains postérieurs à Auguste, à part deux ou trois exceptions, sont (Jaulois, Africams, Espagnols. — Finis llatiœ !

« Il semble que la reproduction de Tespèçe humaine s'opère aux champs, et sa consommation dans les villes », a dit un penseur. Le peuple italien, en désertant les campagnes pour s'entasser à Rome et dans les municipes, s'était condamné à disparaître. Mais l'oisiveté et la corruption, ces influences si puissantes que nous avons analysées, contre lesquelles vainement l'empereur Auguste s'efforça de réagir^ hâtaient sa 'fin ; et Rome, dès le premier siècle de notre ère, ne serait plus qu'un désert, si chaque jour elle ne se remplissait, suivant l'énergique expression de Lucain, de la (( boue du monde » :

nulloque frequentem Cive suc Romam, sed mundi fœce repletam * .

1 Luc, Pharsale, VII.

Déjà Sénèque remarque, dans sa Consolatio ad Helviam, que « le plus grand nombre des citadins qui emplissent les vastes maisons de la ville, sont, à Rome, loin de leur patrie. Ils y sont venus, de tous les coins de l'univers, poussés par l'ambition, la débauche, le désir d'étudier, l'amour des spectacles, le besoin d'agir, la nécessité. Si on les appelait par leur nom, demandant à chacun de quelle famille il sort, on verrait que la plupart ont délaissé le lieu de leur naissance pour venir dans la cité romaine, la plus grande et la plus belle de toutes les, cités, mais qui n'est point la leur * ».

Combien de Grecs ! C'est presque à la lettre qu'il faut prendre le mot du poète : Grœcia capta femm victorem cepit ! et Juvénal, qui va jusqu'à nommer Rome « ville grecque »,

Non possuiu ferre, Quiriles, Grœcam urbera,

Juvénal nous fait de cette pacifique invasion une description pittoresque : « Les voyez-vous partir, l'un de la haute Sycione, l'autre d'Amidon, celuici d'Andros, celui-là de Samos, cet autre de Traites ou d'Alabandes. Le vent, qui porte à Rome les pruneaux et la figue, les pousse vers le rivage italien. Ils débarquent. Ils s'acheminent vers les Esquilles ou vers le mont Viminal, tout prêts à pénétrer au sein des maisons puissantes dont ils méditent la conquête. Ils ont un génie ardent, une audace effrénée, le débit plus prompt et plus rapide que celui d'Isée... Comment pourrions-nous rivaliser

1 Sen., ad ffelv., 6.

avec eux ? Nous ne sommes pas de force. Non mmm ergo pares. Le Grec est un homme universel : il est grammairien, rhéteur, géomètre, peintre, baigneur, augure, médecin, magicien, flatteur, comédien. 11 sait tout, il peut tout, il veut tout. Tu Tordonnes ? il montera au ciel, s'il a faim :

Grœculus esuriens in cœluin, jusscris, ibit • ».

Très peu de ces envahisseurs, à la vérité, étaient originaires de la Grèce même; et, sous le nom générique de Grecs, il faut englober tous les peuples de langue et de civilisation hellénique, les habitants de rAsiè mineure et de la Syrie. . . Dans la masse confuse de rémigration orientale, les Juifs seuls se distinguaient ; et les renseignements qui nous sont parvenus sur leur compte, particulièrement précis et précieux, attestent rimportance de rimmigration étrangère dans Rome. Trois années après la naissance du Christ, « lorsque le faux Alexandre vint à Rome, tous les Juifs, dit rhistorienJosèphe, sortirent delà ville pour le recevoir : innombrable multitude qui remplissait les rues par où il devait passer,et lui fit une réception digue d'un roi ». Et cinq ans plus tard, au témoignage du riième historien, lorsque cinquante députés vinrent de Judée pour se plaindre du roi Hérode, — huit mille Juifs habitant Rome se joignirent à eux et se présentèrent devant Auguste pour appuyer leurs plainies. Enfin lorsque Tibère, voulant « purger Tltalie des superstitions judaïques », décide que les Juifs en éiud de porter les armes seront incorporés dans les légions de Sardaigne ou envoyés dans d'autres garoi-

I. Vîiir., Epit., H. 1, l.")(); Jiiv.. Srft. III. :\\) e! ss.

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sons insalubres, — « et s'ils succombaient à l'insalubrité du climat, ajoute Tacite, la perte ne serait pas grande, vile damniim )), — il en trouve à Rome quatre mille II y avait donc à cette époque, dans la capitale de l'empire romain, une population de quinze à vingt mille Israélites, à cette époque où la dispersion des Juifs n'était pas encore un fait accompli. Logés dans un quartier séparé de la ville, au-delà du Tibre, ils exerçaient pour la plupart de très viles occupations : vivant d'aumônes, — Martial qualifie le Juif par les mots a maire dodus rogare, — ou disant la bonne aventure : — « Tremblante, écrit Juvénaï, la juive mendie mystérieusement à l'oreille : c'est l'interprète des lois de Solyme, la messagère fidèle des célestes décrets. Elle aussi, on la paye, mais moins cber que les autres. Les Juifs vendent à bon marché autant de songes que vous en voulez,

œre minuto Qualiacuiuque voles, Judœi soiîinia venduul ».

Mais leur cohésion faisait d'eux une puissance redoutée. Et déjà Cicéron pouvait dire, dans un de ses plaidoyers : « Vous savez quel est leur nombre, leur union, leur pouvoir dans nos assemblées . Je dis ces mots tout bas, pour que les. juges seuls m'entendent * ».

Plus encore que l'Orient, l'Occident envahit Rome. Mais tandis que l'Oriental, Grec ou Juif, conserve dans la ville des Césars ses mœurs et même sa langue, rOccidental, l'Africain, l'Espagnol, ou le Gaulois, de civilisation plus jeune, perd sa personnalité, s'identifie

1. Jos., A. ./.. XVll, 11, 1 : IV. Ann. H, So; Sl.ic, I, 72: Mut., I. t3 ; Juv., VI, 543; Gic, pro Flarro.

avefc ritalien et, grâce à cette souplesse, devient chevalier, entre au Sénat, occupe les places. César, quelques années après la conquête des Gaules, introduit plusieurs de ses vaincus dans la curie. Vers la même époque, l'Espagnol Balbus, de Cadix, qui s'était poussé pendant les guerres civiles en tirant habilement parti des circonstances et de ses richesses, arrive au consulat. Un siècle plus tard, il se trouve au Sénat un assez grand nombre de Narbonnais, pour qu'un décret vienne permettre, par mesure générale, (( aux sénateurs originaires de cette province, d'y aller visiter leurs terres sans avoir pour cela besoin de se munir d'un congé ». Sous Vespasien, , le Sénat, de nouveau décimé par les guerres civiles, reçut le renfort d'un contingent plus considérable des provinces; et l'amélioration qui se produisit dans les mœurs privées des classes riches, à l'époque des Antonins, est due pour une très grande part au renouvellement, par l'élément provincial, des familles sénatoriales. Trajan, un Espagnol, monte sur le trône impérial; et l'empire devient désormais, comme le Sénat, le monopole des provinciaux. Adrien, qui succède à Trajan, est- le fils' d'un magistrat d'Italica et d'une grande dame de Cadix. La famille d'Antonin-le- Pieux est nîmoise. Marc-Aurèle descend d'aïeux espagnols. Septime-Sévère est Africain, né à Leptis. Héliogabale, Alexandre-Sévère sont Syriens. Maximin est Thrace^

Malgré le rang élevé auquel ils parviennent, les étrangers continuent d'être à Rome méprisés. On

1. Siiêt., César, 70; Tue, Aniu, XI, 1\; XII, :i3; III, 5o; VI, iO. — Cf. PI. lA., XXIX, s.

continue à dire du provincial ce que Cicéron disait d'un habitant de la Gaule Narbonnaise, la partie la plus romanisée des Gaules pourtant : a Le provincial le plus cossu peut-il être comparé au dernier des citoyens romains»? Les premiers Gaulois que César introduisit dans la curie furent chansonnés, ridiculisés, bafoués. Dans un placard affiché sur les murs, on invitait les particuliers à s'abstenir de montrer aux nouveaux sénateurs le chemin du Sénat; et, dans les rues, le peuple s'en allait chantant : a Les gens qu'en triomphe il traînait naguère à sa suite* il les introduit dans la curie : hier, ils portaient des braies; ils revêtent aujourd'hui le laticlave » ! . . . Claude, lorsqu'il voulut nommer des sénateurs originaires de la province, rencontra de très vives résistances. « L'Italie, disait-on, est-elle si malade qu'elle ne puisse fournir un Sénat à sa capitale? Est-il besoin d'y faire entrer un ramassis d'étrangers? Ces richards, dont les pères ont été vaincus par nos armées, vontils prendre possession de toutes les places? Quel privilège restera donc aux rejetons de l'ancienne noblesse? Ils jouissent du droit de cité : qu'ils le conservent. Mais qu'on n'aille pas jusqu'à ravaler, en les prodiguant aux étrangers, les distinctions sénatoriales, les dignités des magistrats » ! . . . Même sous le règne des empereurs de sang provincial, le mépris ne désarme pas. Juvénal s'indigne, Trajano impemtore, « qu'un étranger signe avant lui dans les' testaments, soit, dans un festin, plus honorablement placé que lui ». — « N'est-ce donc rien, ajoute-t-il, que d'avoir dans son enfance respiré l'air de l'Aventin et savouré l'olive de la Sabine * »?

1. Cxc, pro Fonteio, 12; Suél., César, 76 et «0; Tac. Ann , XI, 23; Jiiv., III, si.

Vanité mal placée! La plupart de ceux qui exhalaient ainsi leur mépris contre les « gens de province » — et Ju.vénal en particulier, — n'avaient pas une goutte de sang italien dans les veines. Ils étaient Gaulois, Africains, Espagnols, Grecs, Syriens; mais ils avaient perdu leur nationalité par la servitude. On ne les avait pas vus débarquer de leur barbare pays pour dépenser leurs richesses ou exercer leur habileté dans la ville éternelle : ils y étaient venus, eux ou leurs pères, enchaînés; ils y étaient demeurés, esclaves. Si, dans leur enfance, ils avaient « respiré l'air de la campagne romaine et savouré l'olive Sabine », ils n'en étaient pas pour cela plus Romains. S'ils portaient un nom latin, c'était celui de leur maître... Ils n'avaient acquis la cité qu'avec la liberté.

Combien d'affranchis vous compteriez dans cette tourbe mendiante de Rome, dans cette populace qui vit de tout, sauf de ses bras! Combien de ces flers citoyens qui, à la fin de la République, vendaient leur vote, leur témoignage ou leurs bras, et qui, sous l'Empire, vivent aux crochets de l'Etat, de l'empereur ou des riches, combien ont été esclaves avant de figurer le peuple-roi! Sous les débris de toge qui les couvrent, vous pourriez voir la trace encore récente des coups de fouet ou des fers. Ils étaient si nombreux déjà, dans la vieillesse de Scipion-Emilien, que le vainqueur de Carthage criait à la foule du Champ-de- Mars. un jour qu'on l'interrompait avec violence : (( Vous ne me ferez pas peur, cous que f ai amenés ici enchaînés, encore qu'aujourd'hui on vous ait enlevé vos fers ». Mais leur nombre depuis ce temps n'a pas

cessé de s'accroître. A la faveur des guerres civiles, beaucoup d'esclaves se sont enfuis de leur ergastula. D'autres ont été libérés par leurs maîtres,afin de participer aux distributions publiques de blé, ou pour fournir une voix de plus aux comices. Et Denys d'Halicarnasse, à l'époque d'Auguste, se révolte dp voir « des affranchis indignes, une foule de scélérats et d'impurs, partager les droits de la cité souveraine, faite pour commander au monde ' » !

Mais il n'importe guère, en somme, pour l'avenir

de l'Italie, que le sang esclave vienne se mêler au sang latin dans cette multitude stérile, et sans cesse renouvelée, de parasites. Voici qui est plus dangereux. Les esclaves artisans, boutiquiers, commerçants, dont j'ai montré en un précédent chapitre le nombre immense, achètent leur libération : sur les débris de cette classe moyenne de libres ncgotiatores et de petits rentiers italiens, que la concentration des capitaux et des affaires a ruinés, ils élèvent une nouvelle classe moyenne, exclusivement composée d'affranchis. Les fiers descendants d'Enée qui « méprisent la canaille du Vélabre et du marché Toscan », qui raillent « les gens assez vils pour entreprendre, à prix d'or, la réparation d'un édifice, le nettoyage d'un port, d'un fleuve, d'.un cloaque, pour prendre à ferme les bains, les fours, les latrines publiques o, ne devraient pas s'étonner que « la fortune se plaise parfois à élever du rang le plus abject au faîte des grandeur3,

ex humili magna ad fastigia rerum Exlollit »...

Us ne devraient pas murmurer, si leur barbier,

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