Liv. IV
tîDuent d'ailleurs à saisir toutes les occasions d'agiter là question agraire; mais ils ont tout contre eux. Tantôt, c'est la peste et la disette qui viennent détourner les esprits du forum et des luttes publiques ; ou c'est l'ennemi qui fait irruption soudaine sur le territoire de Rome et le souci de la défense qui, après quelques hésitations, réunit toutes les volontés ; ou c'est un siège de ville importante qui, pendant plusieurs années, retient ta partie ta plus aetive et la plus animée d^a eitayeas^. . .
C'est enfin l'habile politique inaugurée par le Sénat depuis la défaite du Mont-Sacré. Les patriciens ont pris leur parti de l'émancipation de la clientèle qui est devenue un fait accompli : ils ne cherchent plus à reprendre, par la rigueur du crédit, leurs anciens clients devenus plébéiens et indépendants^; ils se contentent de les éloigner du Champ-de-Mars et de Rome. Â tous ceux qui se plaignent de manquer déterres, un heredium, un petit foyer est offert dans les colonies, dans ces avancées que le peuple romain sème,, en pays conquis, à toutes les extrémités de sa frontière. . Par là, les patriciens se débarrassent des plus turbulents de leurs adversaires, et, au prix de quelques yu//(îm abandonnées dans une contrée troublée, ils conservent paisiblement la jouissance de leurs vastes possessiones.
Dès 262, nous lisons dans l'historien Denys : « La peine que Rome avait à subsister fit croire aux sénateurs qu'ils la soulageraient en la déchargeant d'une partie de ses habitants : ils se flattaient qu'en même
1. La guerre leur fournit les esclaves dont ils ont besoin pour faire valoir leurs terres.
temps ils étoufferaient les semencps de sédition »... .; En Tan 287, « un conflit terrible allait éclater si le consul Fabius n'eût par un expédient terminé la qyerelle. On avait l'année précédente .enlevé aux Volsques une portion de leur territoire. Antium, ville voisine, située sur le bord de la mer, était tout-à-fait propre à recevoir une colonie : il était donc facile de distribuer des terres sans exciter les réclamations des possessores. »... En 337, -^ la conquête vient de faire entrer dans Vager une partie du territoire des Eques, — le Sénat ne voulant pas laisser aux tribuns du peuple le temps de soulever de séditieuses propositions agraires, décrète qu'on enverra à Lavicum une colonie de quinze cents citoyens qui recevront chacun deux jugerai
La plèbe est loin d'accueillir avec enthousiasme^ même avec plaiisir, ces cadeaux qui> à de fréquentes reprises, lui sont faits par les patriciens; rarement, le nombre des colons volontaires atteignit le chiffre fixé par le Sénat, et l'on dut presque toujours le compléter par des colons forcés ou par des alliés. . . Et ce n'est point que la défiance mette la plèbe en éveil : Timeo Danaos et doua ferentes ; mais le présent de ses adversaires ne répondait nullement à ses désirs. « Cette multitude de solliciteurs aimait mieux demander des terres à Rome que d'en posséder chez les Volsques ! » s'écrie Tite-Live, et il leur en fait un reproche 2. Rien de plus naturel, cependant, ni de plus juste. Des terres ! oui, c'était le désir du citoyen sans héritage, mais pas n'importe où ! Il ne réclamait pas