Grand, et déc. des Romains, ch. I
pouvaient mettre en ligne après chaque défaite des recrues nouvelles, — fait que l'historien du vieux peuple romain constate avec surprise* , — c'est d'abord que les défaites n'étaient pas très meurtrières ; c'est encore, suivant le langage de Malthus, que l'habitude était née chez les nations guerroyantes de l'Italie, de « n'assujettir le principe actif de la population à presque aucune gêne». Il en était de même à Rome où, si l'on veut parodier un mot célèbre, une nuit de paix compensait avec avantage la plus néfaste journée de guerre.
 partir du sixième siècle la situation change.
Rome ne doit plus combattre un ennemi faible, divisé, éparpillé; c'est avec un f>euple aux armées inépuisables, riche en argent, fertile en généraux, qu'elle engage la lutte : elle se heurte à Annibal, (( la plus formidable machine de guerre dont parle l'antiquité » . Il ne lui suffit pas de mobiliser toutes les troupes de terre disponibles ; elle doit créer une flotte, improviser des équipages,fabriquer des marins. Elle se voit à la veille de la débâcle. Après le désastre de la Trébie, où périrent trente mille romains, après Trasimène, où « l'acharnement des combattants fut tel que dans ce moment m^me un tremblement de terre détruisit des villes, renversa des montagnes, fit refluer des rivières, sans qu'aucun d'eux s'en aperçût », après Cannes ensanglantée, selon Polybe, du sang de soixante-dix mille Italiens, — on a pu croire un moment que l'Italie était morte,
ac slare Ausoniœ vacuum sine corpore nomen :J.