I^A CONQUÊTE DU MONDE
Cependant le peuple romain respire et, comme dit rhistorien Florus, semble sortir du tombeau^ quasi ah inferis emergere ^ Il était sans armes : on en tire des temples. Il n'avait plus de soldats : on enrôle les esclaves. Son trésor public était vide : les matrones apportent leurs bijoux, les sénateurs offrent leurs richesses, les soldats abandonnent leur solde, les tuteurs déposent la fortune de leurs pupilles a ne voyant pas de dépôt plus sûr et plus sacré que la caisse publique », les hommes d'argent eux-mêmes consentent à faire l'avance des fournitures de l'Etat; telle est laf multitude des dons particuliers que ni les registres ni les scribes ne peuvent suffire à l'inscription de ces largesses. . .
Grâce à la confiance et au dévouement de ses citoyens, Rome triomphe enfin; et de son triomphe elle tire d'autant plus d'orgueil qu'il a été plus difficile. L'amour-propre fait dire à chacun des Romains ces paroles que le poète met dans la bouche de Scipion: « Quoil un jeûne Carthaginois à la fleur de l'âge aura » pu parcourir les campagnes du Latium, boire à la » source sacrée du Tibre, dévorer dans une longue » guerre toutes les forces vives de l'Italie, — et nous » n'irions point, pour faire trembler sur leurs bases » toutes les demeures tyriennes, porter nos étendards » en Afrique! Rome conserverait sur ses remparts » les marques honteuses du bras ennemi, tandis que » Carthage, libre d'inquiétude, jouirait, ses portes » ouvertes, de l'abondance et de la paix -» 1 . . . Ce n'est pas seulement^ l'amour-propre national qui