Liv., XLII
i. Val. Max., IV, 4, H.
LA COîîQUÊTE DU MONDE ' 53
leur à venir, le texte qui défendit (sous l'Empire) le mariage aux soldats.
Mais je parle de sagesse ; et en vérité c'est bien de sagesse que le vétéran des légions romaines prenait conseil. . . Le monde vaincu s'est vengé de Rome en lui donnant ses vices ! a dit Juvénal : ceux qui avaient été les instruments de la conquête furent les premières victimes de la vengeance. En Grèce, le dur paysan italien avait connu les bains, le théâtre, les vêtements somptueux, les belles courtisanes. Avec Manlius, avec Sylla, avec LucuUus, « il campe et promène son brigandage dans la voluptueuse Asie. Sous les long portiques de marbre précieux, entre les tableaux d'Apelles, il s'asseoit à une table chargée d'argenterie ciselée, emplit son estomac de carpes, de surmulets, de vins de Chio et de Chypre, fait danser devant lui des eunuques et des farceurs, commande à son hôte de lui amener les jeunes filles et les femmes libres du gynécée * ». Plus que les flèches empoisonnées, les Irails légers, qui partent de la main de Vénus et n'ont jamais fait couler le sang, firent aux cœurs romains de cruelles blessures.
Pénétrés par la corruption, ies fils laborieux de l'Italie en vinrent, suivant le mot du poète, à abandonner les mœurs et à perdre jusqu'au souvenir même de la patrie. César en Egypte se heurte à une armée de vingt mille soldats; c'était le reste des légionnaires que Gabinius y avait menés, pour rétablir sur le trône des Pharamonds Ptolémée Aulétès : (( accoutumés à la vie et aux mœurs d'Alexandrie,
1. Taimi : Essais de critique et d'histoire, 4« édit., p. 284.
ils y étaient demeurés, s'y étaient mariés, et avaient perdu la mémoire du peuple romain ^ ». S'ils consentaient à s'arracher aux voluptés de l'Orient pour suivre leur général à Rome, c'est souvent qu'ils étaient si convaincus d'avance qu^on les menait au pillage de l'Italie, que, comme les vétérans de Sylla, ils oflraient de l'argent à leur général, ne demandant pas mieux que de faire à leur frais une guerre si lucrative... En vérité, ils songeaient bien à reprendre la pioche et la bêche, et les travaux de tous les jours, et la sobriété de tous les instants, à se confiner dans les délices fades de la vie de famille ! Dépenser dans les tavernes de Rome l'argent rapporté de leurs campagnes ; quand ils n'en ont plus, se mettre à la remorque et vivre aux crochets de leur chef ; quelquefois vivre de rapines en s'imposant par leurs violences ; toujours saisir la première occasion qui se présente de dédommager leurs' chères épées de Voisivelé qui les ronge par un hachis d'ennemis - : voilà le souci du plus grand nombre. Et ceux même qui sont restés sages, auxquels les habitudes des camps et du luxe oriental n'ont pas fait perdre le vieux fonds d'avarice qui sommeille en tout bon Romain, ne retournent plus aux champs, délaissent le labeur ingrat de la terre : le commerce, qui a pris depuis la conquête du monde un développement considérable, offre un moyen plus lucratif d'exercer son activité et de faire fructifier ses économies.