‹ La fin d'un peupleChapitre 49 sur 166 · Cic. Ad fam. XIII · texte numérisé non relu

Cic. Ad fam. XIII

ayant fait le vœu de célébrer des jeux magnifiques, profite de ce qu'il est envoyé en Asie comme ambassadeur, pour prélever sur les alliés l'argent nécessaire à la célébration de ces jeux. Pison, gouverneur de Macédoine, exige de ses administrés deux cents talents d'or pour leur remettre leurs dettes et, la somme versée, laisse agir les créanciers. Un client de Cicéron, Fonteius, préteur dans les Gaules, met à son profit des droits de circulation sur les vins de la Narbonnaise ; mais un des adversaires du même Cicéron, Pison, déjà nommé, en met sur toutes les marchandises. Flaccus, préteur en Asie, fait payer aux villes de son gouvernement l'entretien de navires qui n'ont jam?iis navigué que sur le papier, sumtu tantum et litteris navigant ; tandis que Verres, plus ingénieux, après avoir exigé des Siciliens de l'argent pour équiper une flotte imaginaire, en exige d'eux encore pour les dispenser d'y servir ! Combien de proconsuls dont l'entrée dans les villes alliées ressemble, suivant le témoignage de Cicéron, à une « irruption dans une place prise d'assaut », et qui laissent derrière eux de tels ravages, qu'en parcourant le pays qu'ils ont administré, leurs successeurs ne peuvent s'empêcher de dire et d'écrire : On jurerait qu'une bête féroce a passé par là * !

Et quand la province, ainsi pressurée, ne pouvant pas payer, est forcée d'emprunter, — apparaît l'usurier, le même personnage, gouverneur ou publicain, qui tout à l'heure était l'exacteur. Verres, si nous en croyons ses adversaires, prêtait à intérêt l'argent dont

1. Pliitarque, Antoine; Liv. XXXIX, 22; Cic, in Pis., 35; pro Fonteio, %; pro Flacco, 14; in Verr., IV, 24 et 25 ; pro leg. Man., 5 ; ad AtU, V, 16.

l'exploitation de la province 61

on achetait ses faveurs, et le produit de cette usure « était tel que le bénéfice surpassait l'autre ». Les Allobroges devaient, à Fontéius ou à ses prête-noms, plus de trente millions de sesterces, six millions de francs, qu'il leur avait avancés pendant son proconsulat. Nous voyons, par la correspondance de Cicéron, qu'il n'y avait guère en Asie de ville ou de monarque, qui ne fût pour une somme considérable débiteur des chevaliers romains. Nicée doit à un certain Pinnius huit cent mille sesterces. Un agent de Pompée, Cluvius de Pouzzoles, est créancier de presque toutes les villes de la Carie ; Sardes est débiteur d'Annéius ; Salamine doit à Brutus, etc . . . Cicéron, faisant, dans un de ses plaidoyers, l'éloge d'un riche chevalier dit : « Il prêta aux peuples et fit crédit aux rois ^ » ! Des prêts de ce genre, à intérêt superbe, (les plus honnêtes Romains prêtaient à quarante-huit pour cent,) faisaient venir entre les mains des capitalistes de Rome l'argent du . monde entier.

Si bien que les emprunteurs, parfois, ne savaient comment tenir tête à leurs engagements. Ariobarzane, roi de Cappadoce, se débattait entre ses deux créanciers. Pompée et Brutus : il mettait des taxes extraordinaires sur ses sujets, et le produit de ces taxes, — une jolie somme pourtant : trente-trois talents attiques ou près de deux cent mille francs 1 — ne suffisait même pas à payer les intérêts du capital dû à Pompée. . . (i II n'y pas de royaume plus misérable ni de roi plus pauvre », écrit un contemporain* . C'était là pour le capitaliste un risque notable ; mais pour

1 . Cic, in Verr., II, 70 ; pro Rabir., 3 ; Correspondance, pass.

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