‹ La fin d'un peupleChapitre 50 sur 166 · Cic, ad Attic. VI · texte numérisé non relu

Cic, ad Attic. VI

b2 CHAPITRE SECOND

arriver à recouvrer son argent, un Romain ne reculait devant rien, comme le témoigne l'histoire de Rabirius. Ptolémée, roi d'Alexandrie, venait d'être détrôné par ses sujets ; il arrive à Rome et obtient du Sénat, qu'il sera rétabli sur le trône de ses pères avec l'aide des armées romaines. Il manquait d'argent : Rabirius, qui lui en avait déjà prêté « sans le voir lorsqu'il régnait », crut « qu'il n'y avait aucune témérité à se livrer à lui quand personne ne doutait de son rétablissement sur le trône », et lui prêta toute sa fortune. Sur ces entr^aites, le Sénat change d'avis et refuse ses légions à Ptolémée. Cela ne faisait pas du tout l'affaire, on le conçoit, de notre Rabirius. Après avoir essayé sans succès de corrompre le Sénat il s'entend avec un haut fonctionnaire du peuple romain, Gabinius, gouverneur de Syrie, et lui promet, — le chiffre est à peine croyable, — cinquante-deux milliom de francs (dix mille talents), si par son concours le roi déchu est rétabli dans ses États. Marché conclu, les armées romaines sont mises en mouvement ; Ptolémée rentre à Alexandrie. Rabirius se fait nommer diœces regius, c'est-à-dire ministre des finances , et maître du trésor Egyptien, il paye Gabinius et se rembourse de toutes ses avances ^ . .

... L'usure, qui aggravait si lourdement la situation financière des peuples conquis et procurait à Rome le moyen de soutenir son commerce d'importations, facilitait encore une troisième forme d'exploitation de la province : l'exploitation industrielle. Rome, toutes les fois qu'elle faisait une conquête, réservait à son

i. Cïc. pro Rabirio.

l'exploitation de la province 63

ager puhlicus une part du territoire ennemi, et des imeilleures : des champs, des lorêts, des salines, des mines, des carrières.. Tous ces domaines étaient, comme le revenu de l'impôt, affermés aux sociétés publicaines ou aux riches particuliers ; et pour les exploiter avec grand profit, il ne fallait aux fermiers que de la main-d'œuvre à bon marché. L'usure, «n faisant des esclaves, procurait cette main-d'œuvre. Lorsque LucuUus prit le gouvernement de l'Asie, a la^pauvre province était affligée de tant de maux qu'il n'est langue qui le sût exprimer; et ce, par la cruelle avarice des fermiers gabelleurs et usuriers romains qui la mangeaient et la tenaient en telle captivité, que le^ pauvres pères étaient contraints de vendre leurs beaux petits-enfants et leurs jeunes filles à marier, pour payer la taille et l'usure de l'argent qu'ils avaient emprunté pour la payer ; encore à la fin étaient-ils eux-mêmes adjugés comme esclaves à leurs créanciers pour user le demeurant de leurs jours en misérable servitude. » Quelques années auparavant, comme Marins demandait au roi de Bithynie, Nicodème, son contingent de troupes auxiliaires, ce monarque répondait qu'il n'avait plus de sujets valides, que les fermiers chargés de la levée de l'impôt les lui avaient tous pris et emmenés comme esclaves! Telle est la source de ces innombrables familiœ que Cicéron nous montre dans son pro Manilia lege, utilisées par les publicains d'Asie sur les terres et danâ les salines qu'ils exploitent * .

IL Conséquence première et immédiate de l'exploi-

Page 1