‹ La fin d'un peupleChapitre 51 sur 166 · Plut., Lucullus; App., B. M. XI; Cic, pro Jiian. ley · texte numérisé non relu

Plut., Lucullus; App., B. M. XI; Cic, pro Jiian. ley

tation industrielle, financière et commerciale de la province : la surveillance des entreprises de production, la perception de l'impôt, le commerce d'argent et de marchandises, occupent l'activité de nombreux Romains et les détournent du travail agricole. Et ainsi, ce ne sont pas seulement ses soldats que Rome éparpille sur tous les rivages, mais aussi sqs negotiatores, la suite nombreuse de ses proconsuls, la foule innombrable des employés des sociétés publicaines. Le même phénomène qui se produisit en Espagne après la conquête de l'Amérique, — « On déserta les métiers , ces offi^ces viles y bajos ; on renonça aux profits modestes qui ne s'acquièrent que par la patience ; on voulut saisir du premier bond la fortune au vol : « Que celui qui veut réussir, dit Cervantes, aille à l'armée, à la cour ou aux Indes' »>, — Rome le vit, et avec plus de force, vingt siècles plus tôt. Transformés par la passion du gain en negotiatores et en mercatores, les Romains délaissèrent l'agriculture et se répandirent dans les provinces. « Une province est à peine conquise, au témoignage de l'historien Diodore, qu'on y voit accourir les négociants romains avec leur activité accoutumée. » Sénèque écrit de même : «Partout où Rome a vaincu, elle a pris domicile : ses fils s'enrôlaient volontiers pour ces changements de patrie, et, quittant ses autels domestiques, le vieillard lui-même suivait ses enfants au-delà des mers. » Moins de dixhuit ans après qu'elle a été soumise, Londinium (aujourd'hui Londres) est déjà célèbre par l'abondance des citoyens romains qui y font le négoce.

1. Paul Leroy-Beaulieii, La Colonisation chez les peuples modernes.

l'exploitation de la province 65

Ceux-ci souvent accompagnent les armées romaines. Qiîe dis-je? les soldats eux-mêmes, au témoignage de Tite-Live, emportent de Targent dans leurs ceintures pour faire lé commerce, negotiandi ferme causa argentum in zonis habent ^

Ajoutez à cette émigration spontanée, la suite que le proconsul emmène avec lui dans son gouvernement. Elle se composait, pour les gouverneurs honnêtes, d'un entourage d'élite, de quelques amis de choix. Un Verres ne dédaignait pas de la former, au témoignage de ses adversaires, n d'une grande foule d'hommes vicieux », de «toute une meute affamée», horum canum : avait-il moyen plus commode de payer les gens que la politique avait faits ses créanciers, que de leur livrer la province en partage? Ils vendaient les faveurs du maître : Cicéron nous laisse deviner le mal lorsque, envoyant ses conseils à un nouveau proconsul, il veut que o tous actes de vénalité fassent tomber la disgrâce du maître sur celui qui donne et sur celui qui reçoit », et que « les influences domestiques, tenues pour si puissantes, soient nulles auprès de lui. » . . Ou même ils trafiquaient pour leur propre compte. Qui ne se souvient du fameux geôlier de Verres : « Sextius était là, Sextius, le geôlier de la prison, le chef des bourreaux, la terreur de nos alliés, mettant un prix à chaque larme, tarifant toute douleur. Pour entrer, tant. Tant pour introduire des vivres. Pour que ton fils ne souffre pas longtemps? pour qu'il ne soit frappé qu'une fois? pour qu'il ne sente point la hache? Ce sera tant. Et les mères

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