‹ La fin d'un peupleChapitre 54 sur 166 · Liv. XLII. 32; cf. XXXVy · texte numérisé non relu

Liv. XLII. 32; cf. XXXVy

les causes de la dépopulation rurale), à la longue liste de ceux qui abandonnèrent la culture afin de courir les mers, ajouter le nombre considérable de ceux qui, ayant réalisé un petit capital par la vente de leurs champs ou par le pillage dans l'armée, menèrent à Rome la vie commode de rentier . La classe moyenne des petits propriétaires qui faisaient la force et assuraient l'avenir de l'Italie, fut ainsi remplacée par une classe moyenne de petits rentiers qui offrit beaucoup moins de résistance. C'est encore une conséquence de la conquête du monde et de la soudaine expansion de Rome : mais la suite de cette étude va nous en montrer bien d'autres.

Les guerres civiles. — Italiens et Romains. -^ L'immigration dans Rome, moyen d'acquérir le djroit. de cité. — La guerre sociale. — Le , triomphe de Sylla et ses conséquences. — L'expropriation de l'Italie par les héritiers de César.

Tant que Rome s'était bornée à faire des conquêtes autour d'elle, la politique qu'elle avait suivie vis-àvis de l'Italie était, comme nous l'avons vu, une politique d'assimilation. Â ses alliés elle accordait de précieux avantages, et elle les appelait peu à peu à la cité romaine. Elle laissait vivre les peuples vaincus, s'ils ne se montraient point trop superbes. Par des envois fréquents de colons . elle comblait les vides qu'avait faits la guerre. Elle travaillait ainsi, sans y songer peut-être, à l'unification de l'Italie. . . Aujourd'hui que la péninsule est entièrement conquise, que les colonies de citoyens et de latins la sillonnent dans

tous les sens, qu'Italiens et Romains Font ensemble défendue contre Annibal, et qu'ensemble ils s'en vont par delà les mers lui conquérir des provinces, l'assimilation ne doit-elle pas être complète ? Il n'en est rien. « Par la raison fort simple que la cité romaine était devenue pour les citoyens un titre, donnant droit directement ou indirectement à des parts de bénéfices très palpables, ils ne se sentaient point enclins à voir augmenter le nombre des actionnaires* )).

Tandis que le droit des Romains s'épure et s'affine avec les progrès de la civilisation, la situation juridique des Italiens reste la même : ayant des rapports de plus en plus fréquents avec les citoyens, ils souffrent de plus en plus de celte infériorité. Au point de vue du droit de propriété, la faculté d'usucaper, c'està-dire de devenir propriétaire, après deux années de jouissance, de toute terre possédée (dans certaines conditions), leur était refusée. Créanciers, ils n'avaient pas d'action contre leur débiteur pour obtenir la prestation déterminée ; débiteurs, ils subissaient toutes les rigueurs que le droit civil met dans les mains du créancier citoyen. Au point de vue du droit pénal, la différence était encore plus sensible. L'homme qui pouvait prononcer ces mots presque magiques : Civis sum Romanm, voyait hors de Rome s'arrêter la justice, et à Rome la loi perdre sa sévérité : coupable des plus grands crimes, il en était quitte pour s'exiler aux portes de la ville. « Enchaîner un citoyen romain, » dit Cicéron dans un de ses plus célèbres plaidoyers, » est un crime, facinus. Le battre de verges est un

Page 1