Suét., César
i. Ovide, Art d'aimer, î, ISO.
l'attraction de ROME 87
Calpurnius, « être un esprit borné et plus dur que le chêne pour préférer la contemplation des vieux hêtres aux merveilleux spectacles de l'arène I »
Quels sentiments, dans l'âme de l'humble villageois qui avant de venir à Rome <( ne savait même pas ce que c'était que l'or », quels sentiments éveillait la vue de ces magnificences? Le premier jour, il restait, devant les merveilles de l'amphithéâtre, « étourdi, immobile et la bouche bée ». La honte bientôt commençait à le gagner, de la rusticité de ses manières et de la grossièreté de ses vêtements :
O utinam nobis non rustica vestis inesset I
Il comparait sa situation avec celle du plébéien de Rome : « Pour tous les bestiaux de la Lucanie, je n'échangerais pas la joie que m'ont fait éprouver les plaisirs de la ville * ! » Et, s'il n'était pas trop attaché au petit coin du sol arrosé jusque-là de ses sueurs, il se faisait Romain . Ainsi s'accomplissait la transformation que décrit Varron : « Les chefs de famille ont, pour émigrer dans l'enceinte de Rome, abandonné la faux et la charrue ; et les mains, qui applaudissent dans les théâtres et dans le cirque, laissent reposer les vignobles et les guérets^ ! »
1 Calpurnius, Egl. VII.
2. Varr.,* de Re rust., II, prœ. — Cf. ce que dit Salluste : « Les paysans qui n'avaient, pour tout salaire de leur travail, que l'indigence à supporter, attirés par l'appât des largesses publiques et privées, avait préféré l'oisiveté de Rome à un travail ingrat. » Catil., 37. — Voir aussi Suélone, Auguste, 42.
La politique économique du Sénat romain. — La concurrence étrangère ruine la culture italienne du blé. — Transformation des champs en prairies. — Conséquences funestes de cette transformation.
Et voyez comme tout s'enchaîne, comme les conséquences néfastes et les causes mauvaises se mêlent, s'entrecroisent, se confondent presque. Cette population qui déserte les campagnes pour s'entasser dans les villes, il faut se préoccuper de la nourrir ; comme elle est oisive et à la charge de ce que nous appelons aujourd'hui l'Assistance publique, on cherche à la nourrir au meilleur marché ; on prx)fite de la supériorité que donne la conquête, pour faire venir de tous les pays du monde du blé à très bon compte. Et les petits propriétaires qui résistaient, par ignorance ou par dignité, à l'attraction de la ville, et continuaient d'arracher péniblement à la terre quelques mesures de froment, sont impuissants à soutenir la concurrence, ruinés par l'avilissement des prix.
Dans les premiers siècles de Rome, la question des subsistances ne se posait qu'aux jours de mauvaise récolte ou de guerre prolongée : on nommait alors un magistrat, le prœfectus annonœ, spécialement chargé de faire des achats de céréales chez tous les peuples avoisinants, en Etrurie, en Ombrie. en Sicile, et de ramener ainsi le prix du blé à un taux normal. Ainsi fut fait, d'après les indications de Tite-Live, en l'an 246, en 262, en 314, en 321, en 343.. Lorsque la capitale grossit au détriment des campagnes et s'emplit d'une plèbe urbaine qui ne ressemblait en rien à