Cic, Philipp., n, 17 et 39; V, 7; VI
qui sortent vaitiqueurs de la nouvelle lutte pour les terres publiques. Mais la partie n'était plus ^le pour les tenants de la petite propriété. Ils n'étaient plus soutenus par une armée de paysans opiniâtres qui luttent pour leur développement; la populace, pour laquelle ils travaillaient, ne se souciait guère du cadeau qu'ils lui voulaient faire, ayant perdu le goût du labeur agricole et le désir de la propriété foncière.
Comment, d'ailleurs, ces cultivateurs improvisés eussent-ils résisté, — alors que les autres n'y résistaient même pas, — non pas seulement aux influences générales qui désagrégeaient la vieille race des laboureurs italiens, mais aux procédés spéciaux et directs de vexations , dont les gros propriétaires usaient vis-à-vis de leurs humbles concurrents?
L'usure qui, aux temps anciens, leur avait été si utile, rendait encore quelques services. Si le principe odieux que la personne répond des dettes a disparu de la législation romaine, il faut toujours (c'est la loi même du crédit) que la créance s'appuie sur les biens. Il est vrai qu'en limitant le maximum de l'intérêt à un taux très bas, — on avait même essayé d'interdire toute prestation d'intérêt, — le législateur s'est efforcé d'enrayer le mal de l'usure. Vain espoir. « En l'an de Rome 519, écrit Tite-Live, le fléau de l'usure dévorait l'Etat. On avait par des lois nombreuses enchaîné la cupidité : la cupidité avait trouvé moyen de les éluder. Les usuriers avaient imaginé de se servir de prête-noms, des alliés qui n'étaient point soumis à la législation de Rome. Des déclarations, exigées de tous ceux qui avaient prêté de l'argent aux citoyens romains, firent
connaître la somme énorme à laquelle se montait le chiffre des dettes ; et l'on vota, sur la motion du tribun M. Sempronius, une loi qui obligeait les Latins à se conformer en matière de prêts à la jurisprudence romaine ù. Mais cette mesure empêchat-elle rien? Comme le dira presque à la même époque un personnage de Plaute : « Les législateurs qui se succèdent ont beau porter, contre les usuriers, une foule de lois; ils trouvent toujours quelque porte de derrière par laquelle ils font passer leurs usures, aliquam rimam reperient * ».
Mais, si l'usure est pour la petite propriété un mal rongeur, il y a quelque chose qui ne vaut pas mieux, qui est pire que l'usure : c'est le refus de crédit. « Une nouvelle lutte s'engage entre le capital et les classes rurales. La première guerre avait été bien funeste : elle semblera douce et humaine auprès de la seconde. Les financiers ne prêtent plus au paysan -». A quoi bon subir tous les délais du prêt hypothécaire, et passer par toutes les formalités de la procédure de saisie? n'est-il pas plus simple et à la fois plus avantageux, pour le capitaliste, de forcer les petits propriétaires à se dépouiller eux-mêmes? Et surtout, lorsqu'il avait affaire à des colons improvisés, — à ces vétérans de Sylla, par exemple, dont Cicéron n(jus dit « qu'enivrés de leur soudaine prospérité, ils ont consumé en de folles dépenses les dons de la fortune et creusé sous leur pas un abîme si profond, qu'il leur faudrait pour en sortir évoquer Sylla du