‹ La fin d'un peupleChapitre 71 sur 166 · K. Ciiq. Inst.jurid. (/es Romains, p · texte numérisé non relu

K. Ciiq. Inst.jurid. (/es Romains, p

les conflits et à favoriser la petite culture, eut pour effet d'occasionner des troubles et de contribuer à la ruine des petits propriétaires.

Expulser par la force les paysans de leurs champs, et transformer par une possession de deux .ans la force en droit, fut le procédé employé par les capitalistes fonciers, et pour lequel ils utilisèrent sournoisement les services de leurs esclaves. Lisez, dans l'historien Diodorè, les causes de la première guerre servile en Sicile. « Un jour, quatre cents esclaves se présentent presque nus chez leur maître Damophile, se plaignant de leur dénuement. — « Hé » quoi, leur répond Damophile irrité, vous .parcourez » en cet état le pays et vous ne savez pas vous pro- » curer les vêtements et la nourriture qui vous » manquent » ! Et pour bien graver la leçon dans leur mémoire, il les fait fouetter. La leçon profita de reste. Ils commencèrent par assassiner les voyageurs, en se portant sur les routes les plus fréquentées. Puis, comme le bruit de leurs exploits diminuait singulièrement le nombre des voyageurs, ils se mirent à attaquer par bandes les petits domaines des propriétaires trop faibles pour se défendre : ils s'en emparaient par force, les pillaient et égorgeaient ceux qui avaient l'audace de résister. Le préteur se gardait bien d'intervenir : car les maîtres d'esclaves, des chevaliers romains pour la plupart dont l'influence et l'autorité ne laissaient pas d'être redoutables, ne semblaient pas voir d'un œil trop défavorable les débordements de leur personnel. Il ne se décida à intervenir que lorsque, les petits propriétaires com-

mençant à faire défaut, les esclaves se retournèrent contre leurs propres maîtres'. »

La Sicile n'avait pas le monopole de ces brigandages; et nous savons de plusieurs sources, que les gros possesseurs en Italie ne dédaignaient point de se servir de leurs esclaves pour arrondir leurs domaines 2 Quelques fragments qui nous restent d'un plaidoyer de Cicéron sont assez suggestifs. « Marcus TuUius, un homonyme de Cicéron et son client, possède dans le territoire de Thurium un bien qui lui vient de son père : il en avait joui paisiblement jusqu'au jour où un certain Fabius devint, par l'acquisition d'un terrain limitrophe, son voisin. Entre autres terres de ce fonds, il y a une centuria que le père de TuUius avait toujours possédée sans contestation, mais qui ne laissait pas de convenir à Fabius et de lui sembler tout à fait propre à agrandir sa propriété. Profitant de l'absence du propriétaire, Fabius choisit parmi ses esclaves des hommes d'un courage et d'une vigueur à toute épreuve : il les arme et les conduit dans la centuria où ils massacrent les trois ou quatre gardiens. Malheureusement pour lui, TuUius, ayant été prévenu de l'agression, put aussitôt introduire une action en revendication^».

Si les gros propriétaires osaient même s'attaquer à des voisins assez riches pour s'offrir l'éloquence de Cicéron, ils ne devaient [guère se gêner vis-à-vis de

i. Diod. Sic. XXXIV, I

2. Au témoignage de Cicéron, il avait fallu faire une loi pour défendre aux citoyens d'armer leurs esclaves. (Pro Tutl. II).

3. Cic, pro Tullio. Dans le pro Milone, 27, Cicéron dit de Clodius : « II menaça de mort Aponius et Scantia, une femme et un enfant, s'ils ' ne lui abandonnaient leurs terres. Il s'empara du fonds d'Appius, profitant de l'absence du propriétaire ». Cf. encore le pro Cecina,

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voisins « sans importance ». De minimis non curai prœtor. a Un pauvre homme, conte un personnage des Métamorphoses d'Apulée, habitait une petite cabane et cultivait un modeste champ. Son lopin de terre touchait à la grande et magnifique propriété d'un homme puissant, très riche, de naissance illustre, faisant dans la ville tout ce qui lui plaisait. Le riche traitait le pauvre comme un véritable ennemi de guerre : il lui massacrait ses brebis, il emmenait ses bœufs, il écrasait ses blés. Finalement, voulant le chasser de son petit domaine, il souleva une vaine contestation de bornage, prétendit que tout le terrain lui appartenait. Et comme l'autre essayait de résister, il ordonna à ses esclaves de le prendre par les oreilles et de le jeter hors de la baraque' ». Ces procédés de grand seigneur étaient assez usuels pour qu'on fit, sur le thème des réclamations qu'ils soulevaient, des plaidoiries d'école : il y en a une dans les Declamationes de Quintilien qui est fort longue et assez curieuse-.

Mais il ne faut pas avoir fait une étude très approfondie de la justice romaine pour savoir que le

Si nous n'avions pas de juges à Berlin

du meunier Sans-Souci n'était pas de mise ici. On ne s'étonnera pas que, suivant le mot de Columelle, (( beaucoup aient mieux aimé abandonner leurs pénates et fuir leur domicile que de rester exposés aux vexations de leurs voisins'^ ». Le fait fut assez général pour soulever l'indignation, — d'ailleurs toute plato-

• 1. Apulée, Métam., IX.

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