Hor., Odes, H, 18 ; Sén., Ep. XC, 38 ; Lucain, I
d'avoir su résister à rattraction de la ville et des entreprises commerciales, d'avoir impunément bravé les périls des lointaines expéditions et heureusement échappé aux désastres de la guerre civile, d'avoir par son courage surmonté l'écrasante concurrence qu'une politique imprévoyante et égoïste organisait contre la modeste culture, — puisque tout cela n'a servi qu'à le livrer aux caprices d'un puissant et cupide vpisin !
Les campagnes de l'Italie se dépeuplent. ^ Le mot de Pline : Latifundia perdidere Italiaml ^ Témoignages nombreux. — Les esclaves maîtres de Tltalie. — Pénurie de soldats. — L'Italie diaprés le géographe Strabon.
Sur les ruines de la petite propriété et de la petite culture s'élèvent les latifundia, ces villarum infinita spatia que l'empereur Tibère, dans la lettre fameuse au Sénat romain, dénonçait comme un des fléaux de l'Italie, et qui font encore le mal de la campagne romaine et de la Sicile. « Les puissants du siècle, écrit Columelle, ont des propriétés dont ils ne peuvent même pas faire le tour à cheval en un jour ». — « Un pays qui nourrissait autrefois tout un peuple est trop petit pour vous », dit Sénèque aux riches de son temps ; et Juvénal, un peu plus tard, nous décrit « les coteaux, les champs, les prairies, possédés par une seule personne, et
Qu'un milan ne saurait traverser d'un seul vol. »
Une inscription trouvée près de Viterbe, en plein
LES CAMPAGNES SE DÉPEUPtENT H3
Latium, rappelle l'existence d'un aqueduc qui, long de neuf kilomètres, ne traversait que neuf propriétés. Crassus, au témoignage de Pline l'Ancien, possédait deux cents millions de sesterces, ou quarante-deux millions de francs, en terres : il est vrai qu'il était, après Sylla, le plus riche Romain de son époque. Vers le même temps, un affranchi, « qui a perdu beaucoup par suite des guerres civiles », laisse à ses héritiers, avec quatre mille esclaves, trois mille six cents paires de bœufs, et deux cent cinquante-sept mille tètes d'autre bétail. Au cours de la rivalité entre César et Pompée, l'un des généraux du parti pompéien, Domitius, promet à chacun de ses soldats qmire jugera, c'est-à-dire un hectare de ses propriétés, ex suis possessionibus : il s'adresse à trente- trois cohortes, à plus de quinze mille hommes, et si l'on prenait ses paroles à la lettre, il faudrait lui supposer les moyens de disposer à son gré de quinze mille hectares ^
Aussi bien les pâtres esclaves ont-ils dans leurs mains le sort de l'Italie; et, s'ils pouvaient s'unir pour une action commune, ils dicteraient aux maîtres leurs lois. Ceux-ci les craignent de reste, d Caton l'Ancien, dit Plutarque, procurait toujours par subtils moyens qu'il y eût noise et dissension entre eux, car il avait leur amitié et concorde pour suspecte et la craignait »... Malgré toutes les précautions, il était difficile d'empêcher ce foyer de révolte qui couvait, d'éclater parfois et de s'enflammer. Dès 5.S6, une conspiration d'esclaves avait failli mettre l'Etrurie en feu ; et contre elle on dut faire marcher des légions
1. Tac, Ann., III, 53; Cohim., 1, 3; Sén., Ep. 89 ; Juv., IX, 55 ; PI, A., XXX11I,47; Ces.,/?. G., , 17.
H 4 CHAPITRE SFXOND
de Rome. En 567, c'est en Âpulie que la révolte se porte, où les pâtres infestent les routes et les pâturages publics : près de sept mille furent condamnés et mis en croix. . . Quelques années plus tard, éclate cette sanglante guerre servile de Sicile, qui mit aux prises avec les soldats romains plus de deux cent mille esclaves ; et bientôt la guerre de Spartacus, soulevée par des gladiateurs, soutenue par les pâtres et par les bouviers de l'Italie méridionale... C'est sur les esclaves de l'Etrurie, du Picénum et de l' Apulie, que Catilina avait compté pour faire réussir sa conjuration ; et Antoine, parti de Rome avec une poignée de soldats sans armes, arrive au Nord de l'Italie avec un fort noyau de troupes qu'il a enrôlées dans les ergoMula des campagnes*
Sous l'empire encore, Rome est tremblante devant la multitude de ses esclaves . Un soldat^qui, sous Tibère, les appelle à la liberté et fait afïicher des proclamations incendiaires, soulève en foule les pâtres à demi-sauvages du Bruttium. Un heureux concours de circonstances fait seul échouer ses plans et Rome « demeure épouvantée, au témoignage de Tacite, en pensant àrl'accroissement journalier de la population servile et à la diminution de la race libre». . . Des gladiateurs se révoltent à Préneste : le peuple romain, « qui appelle les révoltes et en même temps les redoute, rêve déjà Spartacus et les désastres des guerres civiles » . . Des femmes, Lépida sous Claude, Agrippine sous Néron, sont redoutées, accusées, condamnées, parce qu'elles tiennent sous
1. LIv. XXXIII, 36; XXXIX, 29 ; Sali. Caiil., 24, 30, 56; Cic, Fam. XI, 10.