‹ La fin d'un peupleChapitre 74 sur 166 · LES CAMPAGNES SE DÉPEUPLENT H · texte numérisé non relu

LES CAMPAGNES SE DÉPEUPLENT H

la main des milliers d'esclaves turbulents qu'elles peuvent armer contre Rome'.

Non moins que les guerres serviles, le brigandage prouve le désolement de l'Italie. En l'an 363, Scipion l'Africain, qui se trouvait à sa villa de Literne, reçut la visite inattendue de plusieurs chefs de bande qui, loin d'avoir de mauvaises intentions, « s'inclinèrent religieusement devant le seuil de sa maison comme devant le plus auguste des temples, et lui présentèrent des offrandes comme celles qu'on dépose sur l'autel d'un Dieu ». Avec les troubles civils, les voleurs de grand chemin prirent plus d'audace ; et on les vit piller par bandes le voisinage même de Rome. « Auguste, dit Suétone, eut à réprimer de pernicieux abus qui étaient nés des guerres civiles, et que la paix même n'avait pu détruire : les voyageurs de condition libre ou servile étaient enlevés sur la route par des brigands, et enfermés sans distinction dans les ergastula. Il s'efforça de contenir les brigands, en plaçant des postes là où il en était besoin,. et en faisant visiter de temps à autre les ergastula)). Mais quelques années plus tard, sous le règne de Tibère, il fallait prendre de nouvelles mesures : insuffisantes, car de son temps encore, Juvénal criait gare « aux brigands qui, le soir venu, délogeant des marais Pontins ou de la forêt Gallinaire, accouraient à Rome comme à la curée^ ».

Mais cherchez les hommes libres, cherchez les soldats, dans l'Italie : vous n'en trouvez plus. Le tableau que Tibérius Gracchus faisait de l'Etrurie : « ce beau pays presque désert, et ceux qui y labourent

1. Tac. Ann., IV, 27 ; XV, 46 ; XII, 65 ; XIV, 7. —Cf. Wallon, t. II.

2. App., ^. C, V, 132 ; Suél., Avg., 32 ; Ttb., 37 ; Juv., III, 307.

la terre ou y gardent les bêtes, pour la plupart esclaves barbares venus des pays étrangers )), est vrai des autres régions. Cicéron, parlant de la Campanie, dit : « C'est le seul territoire cultivé par des hommes libres! »

— La charrue est partout sans honneur :

Veuves de leurs colons, les campagnes languissent,

écrit Virgile au premier livre de ses Géorgiques . . Tite-Live, lorsqu'il décrit l'opiniâtre résistance opposée par les Volsques au peuple romain, et les vides dans leur armée toujours comblés par de nouvelles recrues, Tite-Live ne peut s'empêcher de s'écrier : « Il y avait donc une multitude d'hommes libres dans ce pays où nous trouvons à peine quelques soldats, et qui serait sans nos esclaves une solitude ! » Plus loin, rappelant que le peuple romain avait pu, dans son territoire fort restreint, lever, à l'approche de l'ennemi, une armée de quarante-cinq mille hommes, il dit : « Lever aujourd'hui une pareille armée, au premier bruit d'une invasion étrangère, ne serait pas chose facile, même en réunissant les forces de cette puissance romaine que l'univers contient à peine : tant il est vrai que nous n'avons grandi qu'en ce qui nous ruine, en richesses et en luxe. »... Et le désespoir s'emparait d'Auguste à la nouvelle de la défaite de Varus; car « déjà il se figurait, dit son historien, voir les hordes germaniques aux portes de Rome ». — Hélas ! Elle n'était vraie que des siècles écoulés, l'invocation du poète :

Salve, magna parens frugum, Saturnia tellus, Magna çiruml^

1. Plut., Tiberius; Cic, de leg. agr. H, 32; Viig., Gcorg. I, 506, II. 173 ; Liv., VI, 12; VII, 25; Suét., Auguste.

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