‹ La fin d'un peupleChapitre 85 sur 166 · Petr., 38 et 48 ; Gic, in Pis · texte numérisé non relu

Petr., 38 et 48 ; Gic, in Pis

3. Le Socialisme dans l'Empire romain (dans le Contemporain du l«f août 1875),

gré, une concurrence écrasante Ces légions de

cardeurs, de fileuses, de tisserandes et de foulons, par exemple, qui produisaient sans relâche, remplissent les armoires de vêtements. « Tes presses à étoffe, dit Martial à un riche, sont surchargées de robes brillantes. D'innomibrables synthèses resplendissent dans ta garde- robe. Tu possèdes assez de toges de laine blanche, pour vêtir toute une tribu », c'est-à-dire, en prenant, ce mot à la lettre, la trentç-cinquième partie des citoyens de Rome. Que faire de tout ce surcroît ? On laissait parfois, suivant le mot de Lucien, « les vêtements inutilisés s'amonceler dans les armoires où ils étaient rongés par les mites », Un édile, qui donnait des jeux, avait un certain nombre de figurants à vêtir : il alla trouver LucuUus et lui demanda cent chlamydes (la chlamyde était un manteau d'origine grecque qu'on ne portait guère à Rome). — « Cent chlamydes, répond Lucullus, c'est beaucoup ; mais je ferai chercher ; et tout ce que j'aurai est à vous. » On en cherche et on en trouve, non point cent, mais cinq mille /... Mais d'autres, mieux avisés que LucuUus et plus rapaces, ne laissèrent pas de tirer profit de l'industrie de leurs esclaves : tel ce Remmius Palémon, un des grammairiens célèbres de la collection de Suétone, qui, dans sa jeunesse, avait été ouvrier tisserand, et qui, devenu libre et directeur d'une école très fréquentée, faisait travailler les plus habiles de ses esclaves dans une manufacture de vêtements qui lui rapportait beaucoup d'argent, — plus que son école. Déjà Caton Tancien, l'inventeur de tous moyens honnêtes et malhonnêtes de profits.

l'esclavage et le travail 137

achetait, au témoignage de Plutarque, des terres appropriées pour le métier des foulons *.

Veut-on un exemple plus typique encore : c'est celui de la poterie romaine, dont on a pu reconstituer l'histoire, écrite en marque de fabrique sur les tuiles, les briques, les tuyaux, les dolia, les amphores. Les ouvriers potiers, ou figuli, forment une des huit corporations qui existaient au vieux temps de Rome, au temps de Numa : il n'y a plus à la fin de la République la moindre trace de lejar organisation corporative. C'est que la fabrication de la poterie est devenue, en prenant de l'extension, une industrie d'esclaves. Lorsqu'un propriétaire trouve sur . son fonds de la terre glaise, il y établit des briqueteries et des poteries. Il n'a songé d'abord qu'aux besoins de sa propre consommation ; il a fabriqué des briques pour ses constructions, des amphores pour son vin. des dolia pour son huile. Mais ses besoins personnels ne tardent pas à être satisfaits ; et il se met à fabriquer pour le dehors, pour l'exportation. Aussi voyons-nous l'industrie de la poterie, la plus importante peutêtre qui ait existé en Italie, se monopoliser entre les niains des grands capitalistes, lesquels y emploient une partie importante de leur familia rustica. Non seulement des chevaliers romains, des membres de la noblesse, des fonctionnaires de l'ordre le plus élevé; mais les empereurs euxmêmes, Auguste peut-être, certainement Tibère, Caligula, Claude, Néron, Domitien, Trajan, Adrien;

i. Mart., II, 46 ; Lucien, Saturn., 20 et 21 ; Hor., £p., l, 6, 40-44; Siiét., de G, /.,23.

les princesses de la maison impériale, la belle-fille de Germânicus, l'épouse de Domitien, la veuve de Trajan, la mère d'Antonin-le- Pieux, la sœur de Marc-Aurèle, d'autres encore, possèdent de nombreuses figlinœ dans leurs domaines et tirent de leur, exploitation un profit considérable. Les produits de leurs manufactures, reconnaissables à leurs marques, se retrouvent dans toute l'Italie, à Ferrare, à Milan, à Lucérie, dans la Vénétie, et même audelà, dans ristrie et la Dalmatie ',

A mesure que la puissance des empereurs s'accroît, absorbant toutes les grandes fortunes, l'atelier impérial va s'étendre ; et ce ne sont plus seulement des poteries qu'exploitera le trésor du prince, mais les fabriques d'armes, des ateliers de tissage, des manufactures de tapis, des pêcheries de murex, des mines, des carrières, des salines,

etc On verra, aux troisième et quatrième siècles

l'ouvrier libre chercher, dans ces manufactures impériales, un refuge contre la misère. Mais, les règlements sévères auxquels cet ouvrier libre* sera soumis (il ne peut se soustraire à son métier, et, pour qu'il n'ait point la tentation de fuir, on lui imprime sur la main, avec un fer rouge, le nom de l'empereur), — les peines atroces qui l'atteignent à la moindre négligence ( « le teinturier, dit un article du Code, qui brûlera ou tachera une étofle, sera décapité »), — prouvent à l'évidence que l'atelier n'avait pas été fait pour lui et qu'il occupe la place d'un esclave^.

Page 1