Cic, CatiL, IV
place d'un homme libre n'est pas dans une boutique »? Tous les écrivains, depuis Salluste jusqu'à Aulu-Gelle, auraient-ils mis sur le même pied les artisans et les esclaves, les travaux d'esclaves et les métiers sordides? L'empereur Claude enfin eût-il ordonné, toutes les fois qu'en sa qualité de grand pontife il offrait devant le peuple convoqué un sacrifice expiatoire, de faire écarter, non seulement les esclaves, mais les artisans*?*... La vérité est que, dans la plupart des cas, le petit fabricant ou commerçant n'a de la liberté que les apparences : c'est un esclave qui gère sur l'ordre et pour le compte de son maître la boutique (institor) ; ou c'est un esclave autorisé (expressément ou tacitement) par son maître à faire fructifier, dans une modeste exploitation commerciale, le pécule qu'il a réussi à amasser.
Entrez dans ce local enfumé, dans ce cabaret graisseux, — uncta popina, — où se réunit le dessus du panier de la pègre romaine.
Esclaves fagitifs, assassins, bateleurs.
Les faiseurs de cercueil, les bourreaux, les voleurs,
Les prêtres de Cybèle assis sous leurs cymbales :
derrière le comptoir s'ouvre un corridor ; et ce corridor communique avec la maison d'un riche Romain, qui fait vendre ainsi, par un esclave institor, les denrées et le vin qui proviennent de son exploitation rurale 2. La taverne de banlieue, « avec ses fraîches tonnelles que tapissent d'ombreuses oseraies », est fréquentée par une clientèle plus aristocratique : les débauchés
1. Cic. de 0/f., I, 42; S&W./Catil., 50; Gell., I, 12; Suét., Claud , 22; Plaut. Cureul, IV, ^; Hor., Sat., II, 3, 227.
2. Hor, Ep., I, 14 ; Juv., VIII, 172 ; Varr. I, 2 ; les ruines de Pompéi.
l'esclavage et le travail 143
de meilleure famille et du rang le plus distingué, un Pison « qui ne ressemble aux portraits enfumés de ses ancêtres que par la couleur », un Damasippe « dont le nom remonte d'âge en âge aux siècles primitifs », rhistorien Salluste, n'ont point honte d'y paraître : mais la cabaretière, cette femme avenante et « savante en l'art d'agiter au son du crotale des hanches qui se tortillent », qui danse après boire des pas lascifs, et lève et tape sur son coude les claquantes baguettes, n'est qu'une esclave syrienne ^ . L'agile circitor, qui étonne de son babil les habitants d'un petit village perdu dans un coin de l'Apennin, vend de vulgaires tuniques de laine eit de lin fabriquées par la familia de son maître^ . L'industriel afnbulant d'au delà du Tibre qui troque des allumettes contre des verres cassés, le prestigitateur qui joue avec des vipères, l'homme qui vend au badaud des pois bouillis, le sale marchands de poissons salés, — c'est un esclave souvent qui fait valoir son modeste pécule. Le fripier qui, dans les rues de Rome, crie ses casaques d'hiver, c'est 1'
Institor hibernœ tegetia ....
dont nous parle Juvénal ; et le gueux à voix rauque, qui colporte des saucisses fumante^ dans les tavernes borgnes, se nomme V institor popinarum ^ . . L'institor purpurarim trône dans cette splendide boutique où se débitent des vêtements de pourpre, tandis que dans son humble échoppe ïinstitor caligarius vend des sandales aux pauvres gens ^. Un barbier loquace dans
i, Virg , Copa; Cic, in Pis , 6 ; Juv., VIII, 158; Suét , de G, I. 15 ; Apul. VlII.