Liv. IV
Ceux-ci sont les riches, et des riches qui tirent profit de leurs richesses, — ce que nous appelons aujourd'hui, d'un mot barbare, des capitalistes.
L'unanimité louchante des écrivains du siècle d'Auguste nous présente, il est \rai, la figure du patricien-laboureur; mais cette figure est purement légendaire. Les poètes qui l'ont chantée, les écrivains qui l'ont Récrite, se sont trompés de siècles et de personnes. Ils ont donné aux patriciens des quatre pre^ miers siècles une physionomie qu'ils ont empruntée aux plébéiens illustres des deux siècles suivants. Cincinnatus, qui a été la colonne de la légende, n'est pas un patricien pauvre mais un patricien ruiné: « on a exigé de lui le payement d'une amende à laquelle son fils était condamné,avec tant de rigueur, qu'il a dû vendre tous ses biens et se retirer comme un banni au delà du Tibre ^ » . .
La vérité se trouve dans cette distinction que l'historien Denys d'Halicarnasse attribue au fondateur de Rome : « Romulus assigna à chaque classe une occupation : les patriciens devaient être prêtres, magistrats et juges, rester attachés aux fonctions qu'on remplit à la ville; les plébéiens dispensés de ces soins devaient cultiver la terre et élever des troupeaux * ». Elle est dans l'apologue, souvent cité, par lequel Ménénius Agrippa résume dans Tite- Live la situation respective des deux partis : « Dans le temps où l'harmonie ne régnait pas encore comme aujourd'hui dans le corps humain, mais où chaque membre avait son instinct et son langage à part,
1. Liv. III, 13. Cf. Belot, Histoire des Chevaliers romains. T. II.