‹ La fin d'un peupleChapitre 91 sur 166 · Mart., VU, Oi · texte numérisé non relu

Mart., VU, Oi

î. Dig. II, 13, 4, ^ :<; XIV, 3, o, ,^ :{ ; rinul., Curctti. III, 1.

'•i. Plutarq., Caton l'ancien.

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que Rome soit devenue comme une immense boutique, s'écrie :

Abstulerat totam temerarius inatitor Urbem » !

V. — Les professions d'élite, celles. qui exigent une fatigue plutôt intellectuelle, ou qui du moins supposent quelque instruction, sont, aussi bien et plus peut-être, le monopole des esclaves, que le commerce ou l'industrie.

Ainsi tout le personnel dont le citoyen de l'Italie triomphante s'entoure, pour satisfaire aux besoins intellectuels que l'influence de la Grèce conquise a fait naître, est un personnel d'esclaves. . . Les nombreux secrétaires chargés de recueillir les paroles du maître ou de rédiger sa correspondance, — tel ce Démétrius a dont la main confidente de ses vers était si utile à Martial », et que Martial affranchit in extremis « pour qu'il ne descendît point esclave aux enfers »... Les bibliothécaires : celui, que Cicéron avait préposé à la garde de ses manuscrits, le vola doublement, « en s'enfuyant d'abord et en emportant de nombreux livres »... Ces lecteurs, qui lisaient à Pline l'oncle tout ce qui paraissait, « car il n'y a pas de si mauvais ouvrage où l'on ne puisse apprendre quelque chose », ou qui charmaient par une lecture agréable le repas de Pline le neveu... Ces fabulatores, de qui l'empereur Auguste, pour égayer les heures d'insomnie, se faisait dire la nuit des contes bleus... Et les onze savante de Sabinus, — achetés très chers, car il avait

1, Mart., VIII, 61. — La création des actions quod j'ussu, institoria, tributoria, de peculio, de in rem verso, confirme le témoignage des écrivains.

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fallu les faire sur commande, — qui savaient par cœur, l'un tout flomère> l'autre tout Hésiode, les neuf autres, neuf autres lyriques, et qui se tenaient sous la table aux pieds de leur maître, pour lui souffler, à tout propos et hors de propos, des vers de leur poète respectif ^..

Esclave le pœdagogm auquel le riciie Romain confie l'éducation de ses enfants, et, si nous en croyons Plutarque, ce n'est pas toujours le meilleur de la bande. « Lorsque les riches ont quelques bons esclaves, il les font laboureurs de leurs terres, patrons de leurs navires, facteurs, receveurs, banquiers ; s'il s'en trouve quelqu'un qui soit ivrogne, gourmand et impropre à tout bon service, ce sera celui-là auquel ils commettront leurs enfants » ! Où sont, à l'époque de Plutarque et déjà au siècle d'Auguste, les préjugés du vieux Caton, de ce Caton qui trouvait mauvais « qu'un esclave pût réprimander le fils d'un citoyen romain, et lui tirer les oreilles pour le punir d'avoir été trop lent à apprendre » ? Mais, à l'époque même de Caton, n'étaient-ils point déjà neiges d'antan, puisque ce père de famille, si sévère pour l'éducation de ses propres fils, avait parmi ses esclaves un habile grammairien, nommé Chilon, qui donnait des leçons aux enfants des autres, et dont il touchait les cachets^!... Lorsque l'enseignement cessa d'être donné à la maison et que les écoles s'ouvrirent nombreuses, ce furent le plus souvent des esclaves

1. Mart., I, lOî ; Cic, ad fam., Xin,77 ; Pline Je J., III, 5 et IX, 36 ; Suét., Oc/., 78; Sén., £p, 27.

2. Plut,, de l'Educ. des enf. ; Caton l'ancien, — Cf. Tac., Oral,, 29.

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(voyez le traité que Suétone a consacré aux grammairiens illustres) qui furent mis à la tête de ces écoles, et des esclaves qui profitaient assez à leur maître, pour qu'un riche Romain n'hésitât point à payer l'un deux près de deux cent mille sesterces. . .

Et les médecins ! Le bon vieux temps n'est plus où le père était le médecin de la famille ; mais ce ne sont point les Italiens qui ont profité du changement. Peut-être croiraient-ils déroger, en embrassant une profession dont Cicéron disait qu'elle est « une carrière honorable... pour ceux à qui elle convient», c'est-à-dire 'pour les étrangers et pour les esclaves. Il est venu, depuis. le sixième siècle, des Orientaux, des Grecs, surtout des Egyptiens, appelés spécialement pour traiter les maladies infectieuses. Les vieilles gens s'en défiaient : — « Qu'est-ce que c'est que ces médecins que l'Orient nous envoie, disait Caton, des médecins qui exercent leur profession moyennant salaire, sinon des Grecs qui ont fait le serment de tuer tous les barbares à l'aide de la médecine ». Mais César, au contraire, qui appréciait leurs services, s'efforça de les retenir en leur conférant le droit de cité. ... A ces étrangers, l'esclavage encore fait une concurrence redoutable. Dans tout domaine agricole un peu important, il y a un servm medicus, et toute maison qui se respecte à la ville a son esclave médecin. Préteurs, consuls, généraux ne partent jamais pour la guerre et pour les provinces, — voyez Caton à Utique, Verres en Sicile, Pison en Macédoine, — sans en emmener un au moins avec eux. Il est si commode « d'avoir à sa disposition un homme qui vous accompagne partout, ne soigne que

VOUS, VOUS connaît de longue date, n'osera pas résister à vos caprices de malade ; et tout à l'heure, quand votre vie sera chaque jour à la merci du maître, saura vous ouvrir les veines très doucement, ou vous donner un poison pas trop douloureux ^ » ! Par là, la fleur de la clientèle est enlevée aux docteurs indépendants ; mais cela ne suffit point aux possesseurs d'esclaves qui appliquent, dans la profession médicale, les mêmes procédés que dans les professions commerciales : telle cette riche Sassia, que Cicéron nous montre installant son esclave Straton, à Lari num, dans une boutique «fournie de tout*ce qu'il faut pour exercer la médecine ^ ».

S'il n'est guère fait de distinction entre les services de l'office et les emplois libéraux, à son tour la différence entre l'art et le métier n'est pas de saison. Pour tenir le pinceau ou le marteau, pour broyer des couleurs et manier la pierre, il faut avoir les mains sales. — « Le métier sordide que celui de peintre» ^ disait, en plein siècle d'Auguste, l'écrivain Valère Maxime, sordidum studiuml et il s'étonnait qu'un Fabius, un citoyen d'une si haute noblesse, ait eu l'idée, après avoir décoré de fresques le temple de la Santé, de signer son œuvre, — recherchant ainsi, lui l'homme illustre, une parcelle de gloire dans les plus petites choses, gloria ex humillibm rébus l Et cent années plus tard, au temps des Antonins, Lucien écrivait très sérieusement : « Quand tu serais un Phidias, quand tu ferais mille chefs-d'œuvre, les éloges ne s'adresseront qu'à ton art ; et parmi ceux

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