‹ La fin d'un peupleChapitre 93 sur 166 · Juv., m · texte numérisé non relu

Juv., m

4. Cf., sur ce point, un art. de Hirschfeld dans le Philologus (1870).

l'assistance publique 155

La première de ces leges frumentariœ, qui eurent pour objet de mettre à la charge du trésor public l'entretien de la population urbaine, fut portée en Tan 361 par le second des Gracques. Elle ne consacrait pas encore le principe de la gratuité ; elle se contentait d'abaisser le prix du blé à un taux très bas, inféfieur au prix de revient, accessible aux bourses les plus modestes : un peu plus de six as, soit environ trente centimes pour un modius (presque un décalitre de froment). Ce n'était point là un prix de faveur fait à quelques-uns, mais le prix courant auquel l'Etat débitait tout son blé : aussi le sénateur Pison, qui s'était opposé de toutes ses forces aux propositions de Caius Gracchus, se présenta comme les autres devant le distributeur de l'annone, comme les autres profitant de la loi qu'il avait combattue ; et Caîus, qui l'aperçut, l'accusa d'inconséquence, mais point d'impudence ni d'avarice^ ... En 654, une loi du lieutenant de Marins, le tribun Saturninus, allant plus loin dans la voie où s'était engagé le second des Gracques, abaissa le prix du modius au taux dérisoire de cinq sixièmes d'as... Mais la dépense était trop lourde : sur les conseils du quœstor urbanus qui lui remontra que ïœrarium ne pourrait sufïire à de telles largesses, le Sénat écarta l'application de cette loi ; et il écarta de même, dix ans plus tard, celle que proposait Livius Drusus, un enfant terrible du parti aristocratique, et qui manifestait des tendances analogues... Il accueillit au contraire avec faveur, et vers le même temps, une loi de réaction portée par le tribun Octavius, qui

i. Cic, TuscuL, III, 20.

diminuait les charges du trésor, ou eni élevant le prix de vente, ou en limitant la quantité vendue, ou en restreignant le nombre des acquéreurs favorisés. Sylla ne laissa rien debout de la législation frumen taire. « Sous sa dictature, dit un orateur populaire cité par Salluste, le peuple romain fut dépouillé de sa puissance, de sa gloire et de ses droits, et on* ne lui laissa même pas les aliments qu'on donne aux esclaves ». A sa mort, Lépidus, d'une illustre famille patricienne, qui s'était un des premiers déclaré pour Sylla et avait fait avec les biens des proscrits une fortune considérable, mais que toutes ces circonstances n'empêchèrent point de jouer au démagogue ni de copier Mari us, proposa le rétablissement de la kx frumentaria, sans succès. Ce fut seulement quelques années plus tard, en 681, que la loi Terentior- Cassia, due à l'initiative consulaire, la fit revivre, limitant à cinq modii par mois pour chaque citoyen la distribution, et en portant le prix, suivant les bases de Caïus Gracchus, à six as le modius. Un sénatuseonsulte, rendu dix ans plus tard, eut pour effet d'accroître fortement les dépenses que causait la législation frumentaire : il appelait à la distribution des preneurs qui jusque-là n'avaient pas pu y prendre part, « disetteux, écrit Plutarque, gens sans feu ni lieu, multitude famélique, merveilleux instrument pour les ambitieux, et qu'il fallait nourrir pour les empêcher de se faire des satellites de César ». La mesure fut à son comble, en 696, lorsque Clôdius, le rival célèbre de Cicéron, eût fait décider la gratuité des distributions * .

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