‹ La fin d'un peupleChapitre 96 sur 166 · Salluste, orat. Licin · texte numérisé non relu

Salluste, orat. Licin

Jusqu'à la fin de la République, le citoyen se contenta de vendre, à chaque élection, sa part de souveraineté, sa voix ; et si violente fut la concurrence entre les acheteurs, qu'il en put vivre.

I. — tt Les gens du peuple, disait Cicéron dans un de ses plaidoyers, n'ont d'autre moyen de mériter ou de reconnaître nos bienfaits, que les marques de dévouement qu'ils nous donnent, quand nous briguons les honneurs. Nous; devons souffrir que des gens, qui mettent en nous toute leur espérance, puissent avoir aussi quelque chose à nous donner : ils rie peuvent pas plaider pour nous, ni nous servir de caution, ni nous recevoir à leur table ; ils n'ont rien, Unon leurs suffrages^ ». Ils n'avaient que leurs suffrages, mais ils en usèrent ; et l'on vit suivant les paroles de Lucain,

... les faisceaux à prix d*op arrachés, Ëi le peuple mettant sa faveur aux enchères.

Et la brigue, fatale à Rome, tous les ans, Troubler le Champ de Mar^ de ses luttes vénales ?.

Les mesures prises au temps de Cicéron pour enrayer la corruption élrctorale, leur gravité croissante, leur inefficacité constante, montrent à quelle profondeur le mal existait. *

C'est Caton, — l'homme que ses amis accusaient de n'être point de son temps, — qui fit rendre par le sénat un décret, en vertu duquel les candidats nommés aux charges devaient se présenter devant les juges, et, après avoir juré de dire la vérité, leur rendre compte des moyens qu'ils avaient employés

1. Pro Murena, 34. — Cf. Dicl. des ant. gr. et rom. ^Saglio), V© Ambitus, i. Phars., I, 175.

pour être élus. Médiocre garantie ! Un serment ne devait pas arrêter les candidats, qui osaient passer des marchés comme celui dont Cicéron nous a conservé la teneur î « Memmius et Domitius, candidats au consulat, ont fait avec les consuls sortants un traité que j'ose à peine confier à la plume. Ils s'engagent, s'ils sont élus, à fournir à leurs prédécesseurs, trois augures et deux consulaires, qui affirment que les formalités nécessaires pour le partage des provinces, (une loi votée par les curies, un décret rendu par le sénat), ont été remplies, — ce qui est faux : ou. s'ils ne peuvent tenir leur parole, si les augures complaisants et les consulaires achetés ne se trouvent point, à payer aux dits consuls sortants un dédit de 400.000 sesterces. Cette convention a été faite par écrit ^ ». En vérité la mesure était insignifiante et n'arrêta même pas son auteur. Nommé tribun, il avait solennellement juré de poursuivre en justice quiconque aurait acheté les suffrages ; et, malgré ce serment, il se garda bien de poursuivre Silanus, son beau-frère, réservant toute sa sévérité pour Muréna, qui s'était fait nommer consul avec Silanus et par des moyens communs. Et plus tard lorsque César, briguant le consulat, s'était attaché un homme de peu de crédit mais de grande fortune, et que ses ennemis, persuadés qu'avec un collègue tout à lui. César ne mettrait pas de bornes à son audace, lui opposèrent Bibulus, et se cotisèrent pour acheter des votes, — Caton, lui-même, reconnut que,

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