Plularque, Caton; Suétone, César
2. Cic. ad. Ait, l, 16 ; DioïT, XXVI, 21.— Cf. Lahoulaye, Ess.s. l. lois Crim. d. Rom,
cacité : elle pesa fort lourdement sur les deux personnages, fort inconnus, qui venaient d'être nommés consuls et dont l'élection fut cassée ; mais ce fut tout. On vit, dès l'année 690, Antoine et Catilina publiquement acheter le consulat.
C'est pourquoi Cicéron, consul en 691, jugea nécessaire de faire une nouvelle loi, la plus sévère qu'on ait encore vue; qui, aux peines d'exclusion, d'incapacité et d'amende, ajoutait l'exil, un exil de dix années ; qui ne punissait plus seulement l'acheteur de suffrages mais le vendeur de votes, et unissait dans une égale réprobation le candidat corrupteur et l'électeur corrompu. Mais que valaient de telles sévérités, — venues de l'orateur qui disait publiquement dans son plaidoyer pro Plancio : « Le Sénat, en portant des lois contre la brigue, n'a pas été assez dur envers le peuple pour défendre qu'on le gagnât par des libéralités modérées », —de l'homme qui écrivait à Atticus : <( Notre cher Messala et son compétiteur Domitius ont été fort généreux dans leurs largesses au peuple ; on leur en a su un gré infini et leur élection est certaine », - de l'avocat qui se faisait au Forum le défenseur de tous les accusés de brigue, si mauvaise que fût leur cause : « Tous les prétendants, écrit-il en l'an 700 à son frère Quintus, sont prévenus de brigue : quatre candidats, autant d'accusés. Ce sont des causes bien diflficiles. Je ferai de mon mieux pour que notre Messala s'en tire, et ce sera pour les autres un bon précédent. Mais ne me demandez pas ce que je dirai en sa faveur. Je veux être pendu si je le sais. Ne vivant, si scio »... L'argument qui lui servait, et à ses confrères en rhétorique : « Comment distinguer.
des largesses faites par générosité et par bienveillance, celles qui n'ont eu d'autre but que d'obtenir des suffrages ? » entendu par des juges complaisants, ruinait la loi de fond en comble.^
Il venait à peine de la porter, que Pompée achetait publiquement le consulat pour Afranius, « une de ses créatures qu'en dépit de tout le monde il avait résolu d'élever à cette dignité ». A la grande indignation de Caton, il faisait distribuer de l'argent dans ses jardins, au vu et au su de tous ; il usait, non pas de sod crédit ni de son influence personnelle, mais « du moyen de Philippe de Macédoine, lequel se vantait de prendre toute forteresse où un âne chargé d'or pourrait trouver accès ^ 0. Les sévérités de Marcus TuUius Cicéron ne l'embarrassaient pas beaucoup.
il faillit être plus ennuyé, quelques années plus tard, par une autre loi sur la brigue,., dont il était luimême l'auteur. Il l'avait portée pour se donner prise sur tous ceux de ses contemporains qui le gêneraient : car elle lui permettait de poursuivre par action rétroactive, et de faire condamnera une peine sévère, toute personne qui, dans les vingt années précédentes, se serait rendue coupable de brigue, — c'està-dire tous les hommes politiques... Or, il se trouva qu'un des premiers accusés fut L. Scipion, le propre beau-père de Pompée. Heureusement, les juges n'étaient pas inaccessibles. Scipion fut absous et, pour le réhabiliter tout à fait, son gendre le prit comme consul avec lui... Après quoi Tacite pouvait écrire du vaincu de Pharsale : Cn. Pompeius, suarum
l.Cic, pro Plancio,iH; ad /1«.,IV, 16; ad Quint., Ul,i et 3; de Orat.,ll, 85. 2. Plut., Cat, J. ; Gicér., ad Att., 1, 16
kgum auctor idem ac mbversor^. Mais il aurait pu l'écrire de beaucoup d'autres.
II. Toutes ces lois rencontraient, d'ailleurs, un autre obstacle que l'ambition des candidats : suivant le mot de Plutarque, le peuple ne voulait pas qu'on lui ôtât son salaire % A défaut même de textes certains, ceci prouverait l'importance du trafic, que son organisation n'était point laissée au hasard, et qu'il s'était créé « une sorte d'entreprise générale et d'administration régulière de la corruption électorale^». Les candidats ne se contentaient point d'acheter en bloc la sympathie des nombreuses associations où les Romains aimaient à se réunir : ils prenaient les électeurs un par un et passaient, pour ainsi dire, avec chacun d'eux, un marché fixe moyennant un prix déterminé.
Ce marché, ai-je besoin de le dire, se traitait par intermédiaires. — « Il y a, dit Quintus Cicéron, dans la longue lettre qu'il adressait à son frère, vrai manuel du candidat, sur la demande du consuiat, il y a, au sein des centuries, des hommes habites, affranchis, adroits et influents, gens à qui l'expérience de la brigue donne un grand poids dans leurs tribus * ». Ces hommes habiles n'étaient autres que les commissionnaires en élections, connus sous le nom de divisores, parce qu'ils distribuaient, aux électeurs dont ils avaient acheté le suffrage, l'argent versé par