De petit, consul
j LE TRAFIC DES SUFFRAGES 165
le candidat. Ils gagnaient à ce courtage un joli bénéfice : tel dioùor, dont parle Cicéron, a laissé à son fils une assez belle fortune, qui lui permet de se faire nommer tribun. Leur métier, il est vrai, était assez peu considéré ; mais comme aucun homme politique ne pouvait se passer de leurs services, les plus grands personnages avaient des ménagements à leur égard, et on vit le Sénat décréter des peines sévères, contre les consuls qui recevraient dans leur maison les divisoresK.. La confiance n'apparaissait guère dans les rapports qu'avaient entre eux ces différents personnages : le candidat ne voulait pas que la somme convenue fût remise aux électeurs avant le vote, et les diviseurs exigeaient, pour commencer leurs opérations, que \e candidat la tirât de sa bourse ; on la déposait donc en attendant chez une personne riche et connue, à laquelle on donnait le nom de sequester, et qui en répondait.
Cette somme, — la dépense du candidat et la recette des électeurs, — n'était pas très considérable lorsqu'elle s'appliquait aux degrés les plus bas de l'échelle des honneurs : elle ne dépassait guère alors le chiffre modeste de 500,000 sesterces, un peu moins de cent mille francs de notre monnaie. C'était le prix de l'édilité, une magistrature qu'on n'eût guère recherchée, s'il n'avait fallu y passer avant de briguer les autres ; car elle coûtait lourd et ne rapportait rien. Verres, lorsqu'il voulut y faire échouer Cicéron, réunit pendant la nuit les dioisores : il leur rappelle avec quelle libéralité il les a traités, lorsqu'il sollicitait
l. Cic, ad Att, I, 16; I, 18.
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la préture, et aux dernières élections consulaire et prétorienne; enfin il leur promet tout l'argent qu'ils voudront, pourvu qu'ils écartent Cicéron de Tédilité. Les dwisores hésitent. Fort influent et difficile à renverser, futur candidat aux charges suprêmes, l'avocat des Siciliens est un homme à ménager. L'un d'eux finit par consentir et, moyennant 500,000 sesterces, promet de mener l'entreprise à bonne fin ^
Et ce doit être à peu près le même prix pour le tribunat. Les candidats à cette fonction en Tan 699 ont fait entre eux un compromis : ils ont consigné, entre les mains de Caton, chacun 500,000 sesterces, et sont convenus que cette somme serait perdue pour tous ceux d'entre eux que Caton déclarerait coupables de brigue. . « Si, comme on s'en flatte, écrit Cicéron en rapportant le fait, les élections tribunitiennes se font sans que l'argent y soit pour rien, Caton aura plus fait que toutes les lois et que tous les juges - ».
Mais lorsqu'il s'agit des magistratures suprêmes, et surtout du consulat, le tarif ne connaît plus de bornes. Pouvait-on payer trop cher « l'honneur d'être le premier magistrat de Rome et de l'univers, de résumer* en soi le plus grand et le plus glorieux de tous les peuples, de commander ses armées, de diriger sa politique, de faire les affaires de tout le monde civilisé » ? Et plus encore, — car l'époque héroïque avait fait place depuis longtemps à l'époque pratique, — que ne devait-on point