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ans... Au dernier moment, rien de fait !.…
La jeune personne s’est mise à sangloter, à crier, et a fini par se sauver... Elle s’est mariée, l’autre jour, avec un-jeune homme qui n avait rien... Maintenant, celle-là, je
la comprends, et je n’ai rien à lui repro-
cher, Elle ne voulait pas venir, et sa mère
Py-avait forcée. Elle a eu raison de faire comme elle a fait... Mais il y en a d’autres que personne ne force. Elles viennent parce qu’elles le veulent bien. Alors, pourquoi celles-là viennent-elles, si c’est pour faire des grimaces ?
Elle nous disait aussi :
— Je supplie tous les jours de rester chez
elles des femmes de trente-cinq et trente-
huit ans, qui ont une situation, un mari,
de la famille, qui devraient cependant se tenir tranquilles, et qui s’obstinent à vouloir faire des affaires, parce qu’elles ont des
«gigolos» qui leur mangent tout leur ar-
gent... Je ne peux pourtant pas leur dire qu’elles n’ont plus l’âge, qu’elles nesont plus bien, qu’ellessont laides, qu’elles sont finies, que mes amis aiment les jeunes femmes, et qu’ils ne voudraient pas d'elles... Alors, je les raisonne, et je leur fais la morale. Je leur dis : « Vôyons... Des femmes comme vous !.. Laissez donc ça... C’est bon pour nous... » Mais elles n'écoutent rien. Des affaires, des affaires, elles veulent absolument faire des affaires !.… Et leurs prétentions! Mme Une Telle, naturellement, s'imagine toujours qu'elle vaut très cher, uniquement parce qu'elle est Mme Une Telle.
Elle vous demande tout de suite des cent et des deux cents louis ! Il faudrait prendre un miroir, le lui mettre sous la figure, et lui dire : « Mais regardez-vous donc ! »-Ca, seulement, ça ne se peut pas... Alors, je lui dis simplement qu’une femme comme
elle ne vient pas chez une femme comme
moi... Mais elles sont toutes les mêmes, elles sont enragées. Et tout ça, encore une fois, parce qu’elles entretiennent des « gigolos » | C’est le «gigolo », toujours le « gigolo » !
Et elle nous racontait, en faisant de temps à autre un petit effet de bras nu dans sa robe de mousseline bleue :
— Il m'arrivait, il y a à peu près deux mois, une dame qui avait au moins trente-cinq ans, et qui étaitcourte etempâtée..…. Pas jolie du tout, mais très élégante... Je luidemande de la part de qui elle vient, et elle me répond que c’est de la part d’une femme du monde de ses amies, dont elle me donne le ‘HO CL qui avait. fait, en eflet, deux ou trois affaires chez moi. Elle me dit en même temps qu’elle est Mme Une Telle, la femme de l'industriel, qu'elle a son hôtel dans tel endroit, toutes ses relations dans Île grand monde, et qu’elle est décidée à faire
des affaires, mais pas à moins de vingt mille
francs. J'en suis tellement stupéfaite, que Je lui réponds simplement : « Madame, vous pouvez rester chez vous. Jamais on ne vous paiera ce prix-là. » Sur quoi, ellesort furieuse, et sans même me saluer... Deux ou trois jours après, nouvelle visite, où elle arrive m'annoncer qu’elle se contentera de dix mille francs. Je lui réponds encore :
« Madame, c'est inutile. On ne vous paiera pas plus dix mille que vingt miile. Vous pouvez vous en aller, » Elle s’en va encore furibonde, ettoujours très grossièrement...
La semaine suivante, troisième visite, etelle. me demande, cette fois, d’un: air piqué :
«Mais,enfin, madame; vous ne voulez donc pas me faire faire des affaires ?:> Jeu réponds : « Mais, madame, vous demandez des prix fous! — Eh ! bien, cinq mille?
— Mais c’est encore beaucoup trop ! — Eh !
bien, deux mille ? — Mais c'est toujours
trop! — Eh!bien, mille?.. » Elle insistaittel-
lement que je finissais par céder. J'avais pris mes renseignements, elle était bien en effet la femme d'un industriel, et je lui disais que je voulais bien la recevoir, qu’elle pourrait venir chez moi l'après-midi, que je lui présenterais mes amis, et que nous verrions sit l’un d’eux voudrait la payer mille francs. Elle revenait dès le lendemain, et jela mettais en rapport avec ces messieurs; mais la femme seule aurait déjà suffi à leur faire horreur, et le prix les faisait tous éclater de rire... Personne ne la prenait. Le lendemain, le surlendemain, elle continuait à revenir, maison ne voulait tou- | jours pas d'elle. Alors, elle baissait encore son prix de cinq cents francs... À cinq cents francs, seulement, comme à mille, on n’en voulait toujours pas !.. Enfin, elle revenait ainsi depuis une semaine, sans parvenir à | trouver amateur, quand elle arrivait me
dire, un jour, tout en fureur : « Madame,
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je viens de voir une personne descendre l'escalier, et cette femme a fait une affaire, j'en suis sûre ! » Je lui réponds : « Mais parfaitement, madame... Savez-vous seulement pour combien? Pour cént'francs Re bien, ‘e veux bien pour cent francs, mais faites-moi faire des affaires !... Je veux faire des affaires, je veux faire des affatres. » Je ne sais pas comment les choses se sont passées, mais elle n'a même pas pu trouver quelqu'un pour cent francs. Elle est revenue encore pendant huit jours, elle faisait des toilettes extraordinaires, des frais inimaginables. Personne !... A la fin, elle en est devenue comme folle. Elle s’est mise à crier, à faire des scènes... Et elle est
partieen me disant des injures et en faisant
claquer les portes. Alors, je me suis doutée
qu’elle avait dû me faire des sottises… Je suis montée, j ai cherché, et je ne m'étais
pas trompée... Savez-vous ce qu'elle avait
fait °... Elle m'avait emporté une brosse d'argent...
— Mais, demandais-je à la T... M..., cette femme-là est-elle bien vraiment la femme d'un industriel sérieux ?... Est-ce qu’elle ne serait pas plutôt, en fait de femme d'industriel, une chevalière d'industrie ?
— Pas du tout !
— Vous avez bien vérifié où elle habitait ? | L
— J’envoie toujours Mme A..., ma «coursière », vérifier les adresses et les domiciles.
— Et c'était bien la femme d’un industriel important ?... Elle avait bien son hôtel où elle le disait ? |
— Parfaitement.
— Alors, c’est une folle.
— Pas folle le moins du monde !.. Ou plutôt si, mais d’une folie bien simple...
Elle a tout bonnement un « gigolo » !…
Pour la T... M...,le « gigolo » expliquait
tout, mais seulement chez les femmes müres. Pour les autres, elle variait les
explications, et nous en donnait une d'une
étrangeté singulière...[l s'agissait, cette fois,
d’une jeune femme mariée depuis peu, jolie, et ne rentrant plus, par conséquent, dans la catégorie des personnes sur le retour, perdues et exploitées par desamants plus jeunes qu’elles. Cette jeune femme était de famille riche,avaitépousé un mari également riche,
d'aussi bonne famille qu’elle, et le ménage
vivait en commun, avec le père et la mère
du mari, sans luxe, et d'une vie fort bourgeoise..… Comment donc cette femme riche, mariée richement, et vivant en bourgeoise, pouvait-elle bien faire des affaires... ? Pour l'argent, toujours pour l'argent !.…. Mais comment pouvait-elle en avoir besoin ? … Parce Que) d'après lab. M... son mari, son beau-père, sa belle-mère, et ses propres
parents à elle, étaient tous l’avarice même !
: L'existence en commun du jeune et du ieux ménage, dans le même appartement, n'était même qu un effet de cette avarice, et tout y était si strictement réglé, avec une suppression si sévère de tout ce quireprésentaitl'imprévu ou le superflu, que la jeune femme, tout en ne manquant de rien au point de vue du nécessaire ou de l’honorabilité, et malgré toute sa fortune, n'avait pas même de quoi prendre une voiture. Alors, elle faisait des affaires pour avoir de l’argent de poche. Elle venait chez la T... M... pour s'y faire un boursicot !
N'était-ce pas un peu là un conte fantastique ?... Cela y ressemblait beaucoup, comme aussi ce qu’elle me déclarait, à propos des clients et des amis de sa maison.
Je lui demandais quiils étaient, et elle me répondait :
— Desjeunesgens de famille, et beaucoup
d'étrangers... Les maisons de rendez-vous
viennent d’être interdites en Angleterre, et beaucoup d’Anglais de l'aristocratie, des Lords,des membres du Parlement, viennent chez moi depuis l’interdiction. Il font même
le voyage exprès. Pour les jeunes gens de
famille, ils viennent me demander des mafî-
tresses, mais quelques-uns me demandent
même aussi des femmes, lorsque leurs
familles sont ruinées.
— Des femmes pour les épouser ?
— Oui, pour les épouser !
— Mais dans quel but ?
— Mais pour s’en faire des revenus !
— C'est bien sérieux?
— lrès sérieux !
— Vous en avez beaucoup comme ça ?
— Pas beaucoup, mais j’en ai...
Et elle nous disait tout à coup :
— Savez-vous ce qu’on devrait faire? On devrait fermer les maisons de rendez-vous.
On les a fermées à Londres, on les a fermées
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à Berlin, on les ferme maintenant partout à
l'étranger, on devrait aussi les fermer à Pa-
s...Ou plutôt, à Paris,on devrait seulement en autoriser cinq ou six, les cinq ou six plus chic, en leur interdisant les femmes mariées, mais en leur permettant les mineures... On fait beaucoup d’histoires avec les mineures, mais il vaudrait infiniment mieux pour elles qu’elles puissent venir dans des maisons comme la mienne, plutôt que d'aller perdre leur santé dans de mauvais endroits... Ainsi, j'ai reçu hier la visite d’une Espagnole qui venait me proposer ses filles. Il y en avait une de quatorze ans, une de seize, une de dix-huit, et toutes les trois jolies comme des amours! Cette femme a été lâchée par son mari, gagne trois francs
par jour, et elles sont quatre, mère et filles,
à manger sur ces trois francs ! Comment
voulez-vous qu’elles vivent ?.. Eh ! bien, je
lui ai refusé ses filles, et je le devais, mais
| elles seront allées, lesoir même, dans toutes sortes de caboulots, où elles auront fait la noce avec des rien-du-tout, pour fe pas gagner grand’chose ! Ici, au contraire, elles auraient tout de suite gagné de jolies sommes, tranquillement, avec des hommes bien élevés, et dans une maison comme il faut. Oui, on devrait n'autoriser que cinq ou six maisons frès chic, avec permission - 53 des mineures, et interdiction des femimes mariées. Ah | les fernmes mariées. C’est une peste... lous mes amis m'en demandént, et je leur en donne... Mais s'ils savaient ce que je leur donne!... Je n'irai pas le leur dire, mais toutes les fois qu'une femme mariée leur plaît, ça n’en est pas une, c’est une cocotte... Tenez, demandez à Mme À ..!
La «coursière» était encore rentrée depuis 3 une minute, et certifiait avec un signe de
tête énergique:
— Parfaitémient !
* Puis, elle s'exclamait, scandälisée :
— Ah! Monsieur... Nous voyons vénir ici des mères de familles !.. Est-ce que c’est leur placé 2. Mon märi n’ést qu'un ouvrier, monsieur, mais jé lui dis biéñ souvenit; lé soif, en rentrant : « Ah! mon pauvre homme, toutes lés femmes que j'ai éncore vues là-dedans âujourd'hui, j'aurais mieux aimé ne pas y être allée... »
Cetté « coursière » piquait ma curiosité, et je finissais par lui demander :
— Mais, enfin, qui voyez-vous donc ?...
Est-ce qué vous pourriez citer des noms ? . se
— Des noms ? s'écriait-elle, dés noms P.…..
Et ellé me lâchait, violétnment, toute uhé kyrielle de noms, y joignait dés adresses, ajoutait même certains détails sur dés particularités de famille, sur les cérélés où allaient les hommes, et s'en fetournait
ensuite, avec indignation, aux affaires de
la maison.
— Et celle-là? demandais-je dans la rue à l'agent en retraite.
Celle-là, me répondait-il, elle ment peutêtre bien un peu fortement... Mais, cependant, pas toujours. Ily a du vrai, même dans ce qu'elle dit. |
Rentrée chez moi, une heure plus tard, Je prenais mon Tout Paris.
Parmi les dix ou douze noms de femmes mariées ou du monde, ou soi-disant monde, ou soi-disant mariées, lancées par la « coursière», la plupart ne m’avaient absolument rien dit, mais deux ou trois m'avaient cependant frappé | Il me semblait encore les voir, dans les journaux de la veille ou de l’avant-veille, figurant dans un bal ou
une réunion sportive, et je les cherchais
dans l'Annuaire de la Société Parisienne.
Eh ! bien, la « coursière » ne m'avait pas Hope, ét cétait Pren, en eflet, -àux adresses indiquées par elle, Mme Une Telle, née Une Telle... C'était bien la rue,
le cercle du mari, et c'était bien la famille !