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qui pourra peut-être s'occuper de vous.
Dans tous les cas, elle vous donnera tou-
jours des conseils. Elle est très bonne, très
complaisante, elle vous tirera d’affaire si vous levoulez... » Et je vois arriver la Russe. Elle me raconte pourquoi elle vient, qui est
son mari, l'embarras où elle est, et qui lui
‘a parlé de ma maison. Naturellement, je Ja suppose au courant, et je lui dis qu’en
effet je peux lui louer une charnbre, qu'elle
prendra ses repas à la table d’hôte, que je lui ferai faire des affaires, et que nous ré-
glerons à la fin du mois. Elle accepte, je lui
donne un appartement, et elle s'y installe
en me remerciant beaucoup... Seulement, elle n’en sortait jamais. Elle en descendait pour les repas, y remontait, et ne le quittait plus... Au bout de trois ou quatre jours, je finissais par lui dire : « Mais, madame, si vous voulez faire des affaires,
il faudrait cependant vous remuer un peu,
192 LA FIN D UNE SOCIÉTÉ et ne pas toujours rester dans votre chambre !... Comment voulez-vous que je vous présente, si vous ne bougez pas de chez vous ? » Alors, elle se mettait à sourire, et me répondait simplement, avec un air un peu drôle : « Bien, madame, je ne remonterai plus, je resterai en bas, et vous me direz ce qu'il faut faire. » En effet, elle ne remontait plus chez elle, je la présentais à mes amis comme vous leur avez vu présenter d’autres dames, ilsétaient enchantés d’elle, et, à la fin du mois, je lui réglais son compte. Je lui retenais le prix de la pension sur la somme qui lui revenait, et elle m'avait encore beaucoup remercié, quand tout à coup, deux ou trois jours plus tard, elle m'annonçait qu’elle avait enfin reçu des nouvelles de son mari, et qu'il arrivait la chercher ! Puis, elle me disait, en même temps, qu’elle n'avait pas bien vu,
d’abord, en arrivant chez moi, dans quelle
LES MAISUNS D ILLUSION 192
maison elle était entrée, mais que cela ne faisait rien, que je l’avais tirée d’embarras, qu’elle m'en était très reconnaissante, et qu'elle me suppliait seulement de ne rien Jaisser soupçonner à son mari. Elle me demandait de tout arranger de façon à lui faire croire, au moment où il viendrait la prendre, qu’elle se trouvait dans une pension defamille.….
. Quelques instants après, la R... était encore retombée dans ses confidences et ses épanchements romanesques,etnous ouvrait les aperçus les plus étranges sur les étourdissements que certains clients venaient chercher dans ses salons. L’un y pleurait près d'elle sur les infidélités de sa maîtresse, un autre sur celles de sa femme, et s’en consolaient, l’un et l’autre, par les consolations de la maison. Des pères de famille venaient
même, à l’entendre, lui confier lessoucis que
leur causaient les folies de leurs fils, et des veufs désespérés ne pouvaient trouver que chez elle la diversion réclamée par leur cha- 4 grin! | | Puis, baissant tout à coup la voix :
— Je sais bien le métier que je fais, je fais tout ce qu’il y a de plus bas, et j'ai des remords, oui, J'en ai, et surtout depuis que 4 je suis riche... Mais je purifierai ma vie, et mon testament est fait... Je fonderai, en mourant, une rente pour deux vieillards. .
Là-dessus, nous nous levons pour nous
en aller, et elle me glisse alors à part, der-
CES Pur
rière son binocle d’or :
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— Maintenant, monsieur, que je vous dise un tout petit mot... Si jamais vous avez besoin de mes services, comptez sur
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